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Наполеоновские войска В 1812 году на территории Курляндии
Война 1812 года в Латвии
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Mémorial du régiment des Fusiliers Grenadiers
N° Nom Prénom , Taille , Date et lieu de naissance , Date d’arrivée au corps
Affectation au régiment , Campagne et fin d’appartenance au corps
N°1 HUE Louis Victor, 1m.73cm , 20 juillet 1787 , Eure , 13 janvier 1807, 1er bat. 1ére comp.
1807 Prusse et Pologne , 1808 Espagne , 1809 Autriche
Passe caporal au 2éme Tirailleurs Grenadiers le 11 juin 1809
N°2 LITTRE Jean Jacques , 1m74cm , 7 août 1787, Eure , 13 janvier 1807, 1er bat. 2éme comp.
1807 Prusse et Pologne , 1808 Espagne , 1809 Autriche
Passe sergent au 2éme bataillon le 1er août 1810
N°3 JOSSE Estienne , 1m70cm , 13 juillet 1787 , Eure , 13 janvier 1807 , 2éme bat. 3éme comp.
Réformé le 16 février 1808
N°4 MORLET Victor , 1m76cm , 29 mars 1787 , Eure , 13 janvier 1807, 1er bat. 4éme comp.
Mort par maladie le 4 mai 180?
N°5 AUBE Jean-Pierre , 1m70cm ,3 décembre 1787, Eure, 13 janvier 1807 , 2éme bat. 1ére comp.
Meurt le 29 novembre 1808
N°6 MORETTE Pierre ,1m71cm, 8 novembre 1787, Eure , 13 janvier 1807, 2éme bat. 2éme
compagnie
1807 Prusse et Pologne , 1808 Espagne , 1809 Autriche
Passe sergent au 1er tirailleur le 1 avril 1811
N°7 DELONGUEVILLE François , 1m70cm21 février 1787, Eure, 13 janvier 1807,
2éme bat.3éme comp.
Mort à Friedberg, Prusse, le 11 novembre 1807
N°8 GONDARD Jean Pierre , 1m68cm, 13 septembre 1787, Eure, 13 janvier 1807,
2éme bat 4éme comp. , 1807 Prusse Pologne
Réformé le 11 août 1808
N°9 CHATEL Pierre , 1m73cm, 18 mars 1787, Eure, 13 janvier 1807, 1er bat 1ére comp.
Passe au 19éme régiment d’infanterie de ligne le 1 juillet 1807
N°10 AUBIN Louis , 1m 70cm, 17 septembre 1787, Eure, 13 janvier 1807, 1er bat. 2éme comp.
Passe au 2éme régiment d’infanterie de ligne le 6 juillet 1807
Deux de ces fusiliers, Louis Hue et Jean Pierre Gondard, sont toujours vivants et décorés de la médaille de Sainte Hélène en 1857 ; ils ont alors 70ans.
Sur ces 10 premiers « braves », 7 ne font pas la taille exigée d’1m 73cm, Gontard fait même 1m 68, comme quoi bien des exceptions sont faites !
Février 1807 Courbevoie (France) -Dépôt du corps des grenadiers de la Garde.
1ere situation des officiers du régiment :
Venant des grenadiers et des vélites, ce sont tous des hommes d’expérience.
Friederichs : major ,officier de la légion d’honneur
Il est alors en Allemagne, et rejoint en mars
Chef de bataillon : lieutenant colonel Harlet, chevalier de la légion d’honneur
(Le chef de bataillon Harlet est nommé le 16 février)
Chef de bataillon : lieutenant colonel Hennequin, officier de la légion d’honneur
Adjudant major : Capitaine Martenot, chevalier de la Légion d’honneur
Adjudant major : Lieutenant Leroy, chevalier de la Légion d’honneur
Adjudant major : Lieutenant Maigrot
Sous adjudant major : Delaitre, chevalier de la Légion d’honneur
Quartier maître (1) : Lieutenant Villemeureux, chevalier de la Légion d’honneur
2é porte drapeau (2) : Lieutenant Gosserat
Chirurgien de 1ére classe Mouton
Chirurgien de 3é classe Caïn
A la suite :
Capitaine Mosnier, chevalier de la Légion d’honneur
Lieutenant en premier Rouillier, chevalier de la Légion d’honneur
1er bataillon
1ére compagnie
capitaine Lamotte, chevalier de la Légion d’honneur
Lieutenant en premier Deleage, chevalier de la Légion d’honneur
Lieutenant en second Deleuze, chevalier de la Légion d’honneur
Lieutenant en second Guy
2é compagnie
Capitaine Baraige, chevalier de la Légion d’honneur
Lieutenant en premier Desmoulins, chevalier de la Légion d’honneur
Lieutenant en second Courtin, chevalier de la Légion d’honneur
Lieutenant en second Poulmant, chevalier de la Légion d’honneur
3é compagnie
capitaine Joré, chevalier de la Légion d’honneur
Lieutenant en premier Leroy, chevalier de la Légion d’honneur
Lieutenant en second Folley, chevalier de la Légion d’honneur
Lieutenant en second Morioux, chevalier de la Légion d’honneur
4é compagnie
Capitaine Gillet, chevalier de la Légion d’honneur
Lieutenant en premier Castanier, chevalier de la Légion d’honneur
Lieutenant en second Vaude, chevalier de la Légion d’honneur
Lieutenant en second Taquet, chevalier de la Légion d’honneur
2éme bataillon
1ére compagnie
Capitaine Leroy, chevalier de la Légion d’honneur
Lieutenant en premier Bouhour, chevalier de la Légion d’honneur
Lieutenant en second Bureau, chevalier de la Légion d’honneur
Lieutenant en second Barrois
2éme compagnie
Capitaine Cicéron, chevalier de la Légion d’honneur
Lieutenant en premier Guillemain, officier de la légion d’honneur
Lieutenant en second Gauthier, chevalier de la Légion d’honneur
Lieutenant en second Vaillant
3éme compagnie
Capitaine Brousse, chevalier de la Légion d’honneur
Lieutenant en premier Deneuilly, chevalier de la Légion d’honneur
Lieutenant en second Mazas
Lieutenant en second Piette, chevalier de la Légion d’honneur
4éme compagnie
Capitaine Trappier
Lieutenant en premier Lacroix, chevalier de la Légion d’honneur
Lieutenant en second Crousse, chevalier de la Légion d’honneur
Lieutenant en second Epailly
(1) Le quartier maître est gérant de la comptabilité du régiment et officier d’état civil . Il est
également chargé de tenir l’enregistrement des actions d’éclat et est le plus souvent lieutenant
ou capitaine . Avec l’apparition des officiers payeurs, les quartiers maîtres ne quitteront plus le dépôt du régiment .
Source : « Dictionnaire de la grande armée » A. Pigeard, Tallandier, 2002
(2) Le colonel major Friederichs nomme un 2éme porte drapeau, étonnant à plusieurs titres :
- le régiment des fusiliers grenadiers appartient au corps des Grenadiers de la Garde, qui n’a qu’un seul emblème, celui du 1er régiment de Grenadiers de la Vieille Garde .
- le règlement de 1791 prévoit pour la garde du drapeau : un sergent major porte
drapeau entouré de 8 caporaux fourriers.
- Jusqu’au 18 février 1808, chaque bataillon se voit remettre un drapeau et une aigle.
Est ce à dire que le colonel Friederichs espérait au moins un drapeau pour le
régiment , ou qu’il prévoyait un de ses hommes dans la tête de colonne des grenadiers
du 1er régiment de la vieille garde ?
En tout cas il ne sera plus jamais question de porte drapeau dans les
années qui suivent.
Biographie d’un chef de bataillon : Jean François Hennequin
1774 3 janvier, naissance
1807 chef de bataillon au régiment de fusiliers grenadiers de la Garde Impériale
1810 11 juin, nommé baron d’Empire
1811 24 juin, nommé colonel major du 5é régiment de tirailleurs de la Garde Impériale
1813 25 novembre, nommé général de Brigade et commandeur de la légion d’honneur
1832 décède le 22 mai
Un Chef de bataillon bonapartiste: Louis Harlet
Nous avons la chance de bien connaître la biographie d’Harlet, et elle est riche ! De 19 à 44 ans,
Louis Harlet est dans toutes les guerres de la révolution et de l’empire, et connaît la carrière typique, mais aussi très remarquable, des officiers de la Garde. « Bonapartiste » convaincu, il sera bien sur des 100 jours et un des héros de Waterloo. Plus tard il sera un comploteur sous les bourbons, mais devra attendre leur fin pour atteindre les siennes.
1772 né le 15 août à Broyes (Marne) de Louis Harlet
1791 le 4 septembre, élu lieutenant au 3é bataillon de volontaires nationaux de la Marne.
1792 à l’armée du Nord
1793, le 21 mai passe au 8é bataillon de volontaires nationaux de la formation d’Orléans
1793, le 4 juin, nommé capitaine
1793 blessé par coup de feu à la jambe gauche, le 22 décembre à l’affaire de Savenay
1793 à 1796 à l’armée des côtes de l’océan
1796, le 14 novembre, passe à la 64é demi brigade d’infanterie de ligne (devenu régiment)
1797 et 1798 à l’armée d’Italie
1798 blessé par coup de feu au bras gauche le 27 novembre à l’affaire de Terni, ou il se distingue
1799 campagne de Naples, se distingue le 10 janvier à la prise de Capoue
1799 se distingue le 23 janvier à la prise de Naples - 1800 et 1801 à l’armée de l’Ouest
1804 à l’armée des Côtes, le 6 août, chevalier de la légion d’honneur
1805, 31 août, passe aux grenadiers à pied de la garde impériale
1805 à 1807 à la Grande Armée
1807 , 16 février chef de bataillon dés la formation des fusiliers grenadiers de la garde
1808 campagne d’Espagne, le 4 septembre, officier de la légion d’honneur
1809, 6 juillet, passe au 1er régiment de grenadiers à pied de la garde – Armée d’Allemagne
1810, le 4 juin, nommé baron d’empire
1811, nommé major au 2é régiment de grenadiers à pied de la garde
1812 campagne de Russie
1813, 13 avril, nommé général de Brigade et à disposition du vice Roi d’Italie
1813 campagne de Saxe, le 28 septembre, commandant de la légion d’honneur
1813, 19 octobre, prisonnier de guerre à la bataille de Leipzig
1814, 1er juillet, retour de captivité , 20 août , chevalier de St Louis, en non activité le 1er septembre
1815, 19 mai, nommé major du 4é régiment de grenadiers à pied de la garde impériale
1815 campagne de Belgique, le 18 juin à Waterloo, blessé par coup de feu à la cuisse droite
1815, 1er août, sur ordre du Maréchal Davout, passe au 3é régiment de chasseurs à pied de la garde
1816, 1er février, mis en non activité - 1825, 16 février, mis à la retraite, il a 53 ans
1830 Impliqué dans la révolution de juillet, on lui demande de réintégrer l’armée
1831, 4 avril, commandant supérieur des places de Stenay et de Montmédy
1831, 4 août, commandant la 1ére brigade de la 1ére division d’infanterie de l’armée du nord
1831 à 1833 à l’armée du Nord - 1833, 9 janvier, grand officier de la légion d’honneur
1834, 16 novembre, de nouveau mis à la retraite - 1853, 2 mars, décès à Sézanne (Marne).
Commandeur de l’ordre de Léopold de Belgique (date non connue)
Mars 1807 Courbevoie (France) - Dépôt du corps des grenadiers de la Garde –
Depuis décembre, puis en janvier et février, les conscrits rejoignent le nouveau régiment. L’instruction commence et se poursuit jusqu’en mars.
Les uniformes viennent du dépôt des grenadiers de la garde, tandis que les pièces spécifiques (aigle de shako et de giberne, cordon de shako, shako et aigles de retroussis de l’habit veste) sont fabriqués, puis livrés au régiment.
8 mars 1807 Osterode (Allemagne) –
« A M. Cambacérès
Mon cousin, je vous envoie, par le major Friederichs, qui se rend à Paris pour prendre le commandement du 2é régiment des fusiliers de ma Garde, les drapeaux pris à la bataille d’Eylau. Ces drapeaux sont déstinés à être placés dans le temple qui va être fait. Je vous laisse le maître de faire, pour la réception de ces drapeaux, ce que vous jugerez convenable . Napoléon ».
Le major fait donc peu de temps plus tard une entrée triomphale à Paris avec les emblèmes ennemis, et fait enfin connaissance de son unité « constituée clé en main » . Friederichs retrouve en fait son unité de vélite enrichie de conscrits, les officiers étant les mêmes .
12 avril 1807 Courbevoie (France) – Dépôt du corps des grenadiers de la Garde.
Lettre d’un nouveau conscrit arrivé chez les fusiliers grenadiers, Jean Michaud. Il est issu du contingent que le département des Charente fourni en vertu du décret du 3 août 1806.
Lettre de Jean Michaud, né le 4 mars 1787 à Villognon, « taille 1m74cm, visage rond, front
haut, yeux bleus, nez bien fait, bouche moyenne, menton pointu, cheveux et sourcils châtain ».
Michaud, conscrit, est incorporé dans le régiment des fusiliers grenadiers en 1807.
Source : Revue de l’institut Napoléon n°135, 1979 , pour les 11 lettres.
Jean Michaud découvre la vie militaire et ses éternels préoccupations : la nourriture et l’argent :
« Courbevoie le 12 avril 1807. Mon cher Père, mère et frère,
J’ai reçu les 2 autres lettres que vous m’avez envoyées, l’une daté du 7 mars et l’autre du 17 du même mois qui m’ont fait un sensible plaisir d’apprendre que vous jouissez d’une bonne santé ; je vous en souhaite la continuation. Tant qu’a moi, grâce à Dieu, je me porte bien.
Vous me dites que nous avons eu une toute petite affaire à Poitiers, avec les conscrits du département des Deux Sèvres, mais cela est faux. Il y a eu un petit brouillamini de la troupe de ligne avec les jeunes gens de la ligne, mais il n’y a pas eu de mal ; tant qu’à moi je m’en suis pas aperçu.
Je vous dirais que je n’ai pas assez de mon étape (ration journalière), car l’on nous donne un petit pain de 3 livres pour 2 jours. Le vin n’est pas trop cher, il ne vaut que 5 sols la bouteille et le pain 4 sols la livre. J’ai reçu l’argent que vous m’avez envoyé : j’ai reçu 23 francs, l’on m’a retenu 2 sols pour un louis que vous m’avez envoyé.
Je vous dirai que nous allons partir de Courbevoie sous huit jours pour aller joindre la Grande Armée ; c’est pour cela que je vous ai demandé de l’argent. Nous sommes tous habillés, nous avons tout l’équipement, prêts à partir.
Nous avons la soupe le matin et la viande, et le soir des pommes de terre. Tant qu’a la paye nous avons 12 sols par jour, mais l’on nous retiens 6 sols pour l’ordinaire et puis 3 sols à la masse et l’on nous fait encore d’autres retenues sur le reste. Je vous dirai que l’on va faire la levée de 1808 ; (elle est publiée à Paris) ; et puis, depuis l’an 11, toute la réserve et peut-être bien le dépôt. Aussi je suis bien étonné comment Pierre Lurand, dit Levallon, n’a pas écrit à chez lui ; cela m’inquiète beaucoup.
Vous assurerez bien mes respects à M. Loris ainsi qu’à Madame son épouse. Vous ferez bien mes compliments à chez Pichon, de Xambes, ainsi qu’a son gendre Bouquet et toute sa famille. Bien mes compliments à tous ceux qui s’informeront de moi et à tous mes voisins. Rien autre chose. Je finis en vous embrassant du plus profond de mon cœur.
Jean Michaud votre fils pour la vie.
Vous me ferez réponse de suite, vous me marquerez ce qu’il y a de nouveau.
Jacques Juin vous fait bien des compliments. »
Le sergent Bourgogne (qui était à Courbevoie quelques mois plus tôt) nous confirme que la nourriture est insuffisante à la caserne de Courbevoie, obligeant les hommes à se ravitailler sur leur propre pécule :
« La mère aux bouts était une vieille femme qui venait tous les jours à 6 heures du matin à la caserne de Courbevoie, ou nous étions, et qui, pour 10 centimes, nous vendait un morceau de boudin long de 6 pouces et dont on se régalait tous les jours avant l’exercice, en buvant pour 10 centimes de vin de Suresnes, en attendant la soupe de 10 heures : quel est le vélite ou le vieux grenadier de la garde qui n’ait connu la mère aux bouts ? »
16 avril 1807 Courbevoie (France) - Dépôt du corps des grenadiers de la Garde.
Ordre est donné au régiment de fusiliers de se rendre à Mayence, c’est le premier départ en
campagne. L’agitation est fébrile, la guerre fait rage en Prusse et chacun sait ce que cela implique.
20 avril 1807 Courbevoie (France) . Friederichs reçoit 37 520 francs pour le voyage ,
il sera remboursé à Berlin, avec de l’argent prussien.
21 au 28 avril 1807 Courbevoie (France) –Début du voyage en voiture de
Courbevoie à Mayence , à une moyenne de 70km par jours, en passant par Reims et Metz..
30 avril 1807 Mayence (Allemagne) - Le conscrit Jean Michaud en route vers la
grande armée . On déchante vite, le pays est ravagé par la guerre et la nourriture maigre, il en sera
de même pour toute la campagne :
Mayence compte à l’époque 22 325 habitants.
Description des conditions du voyage :
« Mayence le 30 avril 1807
…Je vous dirai que nous sommes en route pour aller à la grande armée. Nous avons encore 300
lieues à faire. Voilà 10 jours que nous sommes partis de Courbevoie. Nous sommes partis le 20.
Nous avons été en voiture 8 jours.
Je vous dirai que la chaleur nous fatigue beaucoup, car il fait de grandes chaleurs et même qu’il
est mort (d’insolation) un chasseur et un grenadier.
Je vous dirai que nous sommes dans un mauvais pays car nous avons peine à trouver du pain et
encore il est bien noir ; et du vin, il n’y en à point ; nous buvons de la bière, mais elle n’est pas
chère, elle ne vaut que 4 sols la bouteille, et les bouteilles sont très grandes.
Mes camarades sont partis aussi, mais nous nous voyons pas souvent car il n’y en a aucun dans ma compagnie. Nous avons passé à Metz, en Lorraine. Il y en passe tous les jours à Mayence qui vont à la grande armée… ».
Avril 1807 Mayence (Allemagne) - A peine arrivés en Allemagne, les fusiliers grenadiers (2é régiment de fusiliers), sont intégrés dans la grande armée :
Division d’infanterie de la garde impériale général Hulin, puis Soules
Adjoints et aides de camps : Buchet, Grabensky, capitaine Barnot, lieutenant Lanel
Général Dorsenne
Grenadiers à pied (4 bataillons), 1773 hommes
Chasseurs à pied (4 bataillons), 1845 hommes
1er régiment de fusiliers (2 bataillons), 1268 hommes
2é régiment de fusiliers (2 bataillons), 1268 hommes
Marins de la Garde, 81 hommes
Source : « les campagnes napoléoniennes » A. Pigeard, Editions Quatuor, 1998, tome 1
1 au 10 juin 1807 Mayence (Allemagne) -Voyage à pied de Mayence à Heilsberg (260km) à une moyenne de 26km par jour.
10 juin 1807 Heilsberg (Pologne) - première bataille des fusiliers grenadiers.
Napoléon avait à nouveau prévu de détruire Benningsen en le coupant de sa base de Königsberg. Il
divise ses forces après avoir repoussé une offensive russe et chassé Benningsen de son camp retranché
d’ Heilsberg …
Ordre de bataille français, pour la victoire d’Heilsberg, 10 juin 1807
IV corps : Maréchal Soult
Détachement de moyenne garde : général Savary
Garde à pied : général Roussel
1er régiment de fusiliers chasseurs : Boyer
-1er bataillon
-2éme bataillon
1er régiment de fusiliers grenadiers : Friederichs
-1er bataillon
-2éme bataillon
2 compagnies d’artillerie à cheval (8 £) : Grenier
source : site Internet : « www.histoire-empire.org/1807/heilsberg-fr.htm »
La bataille d’Heilsberg
« Pendant que Napoléon prenait ses quartiers d’hiver derrière la Passarge et couvrait le siége de
Dantzig, les russes se renforcèrent de leur côtés et fortifièrent leur camp principal sur les hauteurs
de Heilsberg ; mais ils ne firent que des tentatives partielles pour secourir Dantzig . Après la chute
de la ville, Napoléon décida de faire marcher une partie de son armée contre Heilsberg ou
l’armée russe était réfugiée . Murat et sa cavalerie, Soult (4é corps), Lannes avec la réserve,
Davout (3éme corps), Ney (6é corps), etc, convergèrent vers cette position . Dans un premier
temps, Murat engagea sa cavalerie contre la cavalerie russe d’Ouvarov pendant que Soult se
déployait en face des redoutes et que la cavalerie se formait entre les 2 routes appuyant au bois .
La droite de Soult (Saint Hilaire) se présenta contre la 1ére redoute ; malgré l’intervention
des fusiliers de la garde, l’artillerie russe repoussa les français . Legrand tenta alors une
manœuvre identique, mais il fut également ramené . Lannes arriva vers 17 heures et se forma entre
la réserve de cavalerie et le corps de Soult . Ensuite la division Verdier attaqua la même redoute
que Legrand mais n’eut pas plus de chance . L’armée russe, craignant d’être coupe de ses
magasins évacua finalement le camp retranché dans la nuit du 11 au 12 et prit le chemin
de Barstenstein . Par une seule menace stratégique, elle perdit le bénéfice d’une belle position
fortifiée . »
Forces françaises : 50 000 hommes, pertes 9500 tués et blessés
Forces russes : 90 000 hommes, pertes 3000 tués, 7000 blessés
source : « Dictionnaire de la grande armée » A. Pigeard, Tallandier, 2002
La bataille d’Heilsberg vue par les fusiliers grenadiers :
Les fusiliers de la garde, commandés par le général Savary, furent alors mis en mouvement pour soutenir la division Saint Hilaire. Savary prit position entre Legrand et Saint Hilaire. Celui-ci fut forcé de se retirer avec de lourdes pertes derrière le Spinbach.
Une seconde fois, la division du général Legrand formée en carrés par régiments et en échiquier, aidée des fusiliers de la garde, repoussa, entre le bois de Lawden et les redoutes, les charges successives de la cavalerie russe et de la cavalerie prussienne du général Zieten.
le général Roussel, chef d’état-major de la garde impériale, qui conduisait un des régiments de
fusiliers, eut la tête emportée par un boulet à l’attaque soutenue par la division Legrand .
Source : « la garde impériale » Henry Lachouque -Lavauzelle, 1982
Le régiment des fusiliers grenadiers à 5 officiers blessés, l’affaire à été rude, et les pertes dans la
troupe certainement importantes.
11 juin 1807 Heilsberg (Pologne) – Entrée dans le camp retranché abandonné par l’armée russe .
« Heilsberg, ou Alersberg, Heisprega, petite ville de l’Ermeland, dans le royaume de Prusse, sur la rivière d’Aller, avec un château ou est la résidence de l’évêque, passât sous la domination du Roi de Prusse en 1773. » Source « Dictionnaire géographique portatif », Vosgien, 1806 .
14 juin 1807 Friedland (Prusse orientale) – Ce bourg est aujourd’hui dans l’enclave de Kaliningrad, et russe.
Ordre de bataille
Garde – Maréchal Jean Baptiste Béssiéres
Infanterie de la Garde :
Général de division Hulin
1er régiment de grenadiers 1er régiment de chasseurs à pied
1er régiment de fusiliers grenadiers 1er régiment de fusiliers chasseurs
La bataille de Friedland
« Le maréchal Lannes, qui conduisit l’avant garde française, engagea les hostilités contre les russes, mais ceux ci ne surent pas tirer avantage de leur immense supériorité numérique . Vers 8h, le maréchal Mortier arriva alors en renfort, suivi par la grosse cavalerie de Nansouty . A 11h du matin, l’armée russe, forte de 56 000 hommes, faisait face à 25 000 français, mais les russes, en activité depuis minuit, marquèrent une pause . Vers midi, Napoléon arriva sur le champ de bataille et prit de nouvelles dispositions : Ney, qui venait d’arriver, fut lancé sur Friedland, bouillonnant d’ardeur et partant au galop . « Cet homme est un lion » lança alors Napoléon . Vers 16h, le reste des troupes du 1er corps et l’infanterie de la Garde prirent position . A 17h, 3 salves régulières annoncèrent le feu de toutes les batteries . La garde à cheval russe chargea et bouscula les divisions Bisson et Marchand et jeta le trouble dans l’armée ; le général Dupont contre attaqua et porta alors secours à Ney . L’artillerie de Sénarmont, qui se positionna judicieusement devant les russes, les foudroya à bout portant (entre 400 et 120 mètres !) ; en 3 heures cette artillerie tira 2 600 coups de canons . Les russes furent refoulés et abordés de partout . Ils durent fuir pour échapper aux français en passant 3 ponts sur la rivière Alle derrière la ville ; là encore ils furent pourchassés . La victoire était complète et effaçait le mauvais souvenir d’Eylau . »
Forces françaises : 66 800 hommes, dont plus de 10 000 de la Garde non engagés ;
Pertes 3011 tués, 20 806 blessés, 2426 prisonniers
Forces russes : 84 000 hommes ; pertes 6438 tués et 2566 blessés
source « Dictionnaire de la grande armée » A. Pigeard, Tallandier, 2002
La bataille de Friedland vue par les fusiliers grenadiers
Au nord de la rivière du moulin, Gortchakov et ses 45 000 hommes combattent toujours, et sans espoir, adossés à l'Alle. Ils n'ont aucun moyen de traverser la rivière, alors que les renforts français affluent pour les accabler (Fusiliers de la Garde sous Savary, dragons du général Espagne). Un gué est découvert, presque par miracle, à Kloschenen. Grâce au sacrifice de quelques bataillons, formés en carré, le reste des hommes de Gortchakoff passe alors la rivière, abandonnant en vrac armes, bagages et canons.
Source : « la garde impériale » Henry Lachouque -Lavauzelle, 1982
3 juillet 1807 Arrivée au régiment du célèbre sergent Bourgogne, dont les carnets rédigés après la campagne de Russie, seront publiés . Extrait du registre matricule :
Numéros d’enregistrement et signalement des sous officiers et soldats :
N° 3105 Bourgogne
(prénoms) (illisible)
fils de Jean Baptiste Adrien et de Françoise Mounier
né le (barré et remplacé par « âgé de ») 20 ans à Nord Libre (aujourd’hui Condé)
canton de Douai département du Nord
taille d’un mètre 77 centimètres
visage ovale front élevé yeux roux
nez alcalin bouche petite menton rond cheveux blond sourcils blonds
marques particulières
Dates de l’arrivée au corps des recrues, leur qualités, leur dernier domicile, et leur profession :
Arrivée au corps le 13 juillet 1807 en qualité de caporal
Enrôlé volontaire (barré)
Incorporé, venant de
Conscrit de l’an
Remplaçant un conscrit de l’an
Du département de
Compris sur la liste de désignation du canton
De sous le n°
Son dernier domicile était à
Département de
profession
Numéros des bataillons ou escadrons, et des compagnies :
2é bataillon – 1ére compagnie
Grades et dates des nominations à ces grades ; actions d’éclat et brevet d’honneur :
Caporal le 13 juillet 1807
Sergent le 4 avril 1811
Dates et motifs de sortie du corps. Décès. Service antérieurs. Blessures, et campagnes de guerre :
Entré au service le 24 janvier 1806 en qualité de vélite de grenadier à pied de la garde impériale jusqu’au 13 juillet 1807. Venu au fusilier grenadier comme caporal. A fait les campagnes de 1806 et 1807 en Prusse et Espagne 1808 1809 en Autriche 1810 1811 Espagne 1812 en Russie. A reçu une blessure à l’affaire (illisible).
Passé le 16 mars 1813 officier dans la ligne.
Bourgogne fait la campagne de Pologne en 1807, celle d’Autriche en 1809. Il est blessé 2 fois à Essling à la jambe et au cou. Il est ensuite envoyé en Espagne et au Portugal, puis en Russie, il est alors sergent. Il fera partie des rescapés de la débâcle et en mars 1813 il est nommé sous lieutenant au 145é de ligne. Il combat en Prusse et après une nouvelle blessure, à Dessau, il est fait prisonnier. C’est alors, semble t-il, dans les longues semaines de captivité qu’il commence à rédiger ses mémoires
Après l’abdication de l’Empereur, il démissionne et se marie le 31 août 1814 à Condé. Veuf en 1822, il se remarie, ayant eu avec ses deux femmes 4 enfants. Marchand de drap, il reprendra du service dans l’armée. Il meurt en 1867.( voir aussi : 1830 )
7 au 13 juillet 1807 Le régiment stationne à Königsberg. La garde impériale quitte la ville les 14, 15 et 16 juillet
Aujourd’hui Kaliningrad , «cette ville capitale du royaume de Prusse, a 53 000 habitants . Son commerce est considérable, et consiste en savon, bas de soie, bière et cuirs tannés, elle est sur la rivière Prégel, proche de la mer »(Baltique) – Source « Dictionnaire géographique portatif » Vosgien, 1806
Eté 1807 Berlin (Allemagne) - Le régiment passe 8 jours à Berlin (Voir lettre de J. Michaud du 30/09)
« Berlin, forte et belle ville d’Allemagne, capitale de l’électorat de Brandebourg ; le roi de Prusse y fait sa résidence. Le palais est magnifique, … on y compte 164 000 habitants.. »
Vosgien, 1806 . Nos fusiliers y entrent en vainqueurs, tâchons de croire qu’ils ne s’y sont point ennuyés.
Le régiment était il à Berlin pour la Saint Napoléon, fêtée le 15 août ? Quoiqu’il en soit il y eu au minimum un bon repas et une parade. Les jeunes conscrits se donnent ils déjà des airs « d’anciens » après les 2 batailles ?
25 août au 12 octobre 1807 Hanovre (Allemagne) - Après les réjouissances berlinoises, les fusiliers sont envoyés à la sage Hanovre, beaucoup (trop ?)calme . Les compagnies sont logées dans de petits bourgs aux alentours.
Hanovre « belle et forte ville d’Allemagne, au cercle de la basse saxe, occupée par les français depuis 1803, est dans une plaine sablonneuse, ou il y a de belles prairies sur la Leyne, qui la partage en deux, et que les vaisseaux marchands peuvent remonter jusque la . Elle a 15 000 habitants . » Source « Dictionnaire géographique portatif », Vosgien, 1806 .
30 septembre 1807 Prés d’Hanovre (Allemagne) –
Lettre du fusilier Jean Michaud, d’Essorj, dans la région d’Hanovre . (Essorj est écrit phonétiquement et n’est pas localisé) .
Pudique, Michaud ne parle pas des batailles d’Heisberg et Friedland à ses parents, ils les rassure sur ses conditions de vie en Allemagne, mais a besoin d’argent . Seule bonne nouvelle dans ce pays rendu misérable par la guerre, il loge chez un paysan bien pourvu en viande :
« Essorj le 30 septembre 1807.
…Je vous dirai eu j’ai eu la gale depuis Königsberg mais je sort de l’hôpital pour me la guérir, dont je crois fort que j’en suis guéri. Il y en a beaucoup de notre régiment qui le sont (galeux). Voilà 1 mois que je suis dans le Hanovre et aussitôt que j’y arrivais j’ai été à l’hôpital pour la gale.
Nous sommes en cantonnement dans le Hanovre et même je crois que nous y passerons pour un quartier d’hiver. Nous faisons l’exercice 2 fois par jour : 2 le matin et 2 heures le soir ; nous sommes chez les paysans. Nous avons notre étape (ration journalière) et le paysan nous met, pour nous faire la soupe, de la viande de cochon avec la notre ; ensuite il nous donne du beurre et du café le matin pour déjeuner ! Tant qu’a la paye, nous avons reçu depuis Königsberg que 4 francs.
J’ai passé à Berlin ; j’y suis resté 8 huit jours. J’ai passé aussi à Magdeburg ; nous y avons fait séjour. De Magdeburg, nous sommes venus à Brunswick. Nous sommes venus à Hanovre, capitale du Hanovre et ensuite nous avons été dans notre cantonnement.
Mes camarades ne sont pas avec moi. M. Melot est à une demi lieue de moi. Jacques Juin est à une lieue et demie.
Je vous dirai que je suis sans le sou et ça n’est pas surprenant que je n’en ai pas car après avoir fait une si longue route et avoir si peu d’argent comme j’avais (cela ne pouvait) durer longtemps. J’ai emprunté de mon camarade 6 francs et je vous prie, si vous pouvez m’en faire passer, vous me ferez un grand plaisir. Faites moi savoir des nouvelles de M. Fetis Philibert s’il est possible et de Pierre Lorand. Vous assurerez bien mes respects à Madame Philippet ainsi qu’à tous mes parents et amis et tous ceux qui s’informent de moi. Je les embrasse de tous mon cœur. Faites moi savoir si la maison de Cassot est finie et s’il reste dedans et si vous avez fait faire des réparations à la notre. Rien de nouveau à vous communiquer pour le présent.
Mon adresse est :
A monsieur Michaud, fusilier du 2é régiment du 1er bataillon, 4é compagnie – garde impériale.
Présentement à son corps.
Je vous prie de me répondre aussitôt la présente reçus. »
12 octobre 1807 Hanovre (Allemagne) - Le régiment part de Hanovre pour la France, pour un voyage d’environ 900 km, en passant par Mayence.
12 au 25 octobre 1807 (Allemagne) - Voyage à pied de Hanovre à Mayence (Mainz), en passant par Kassel et Frankfurt, soit une distance de 380km faite à 29km par jours.
25 octobre 1807 Mayence (Allemagne) En route vers la France, le régiment y est signalé .
28 octobre au 17 novembre 1807 (France) Voyage à pied, en passant par Metz et Reims à une moyenne de 27km par jours , pour un total de 490 km. La campagne de Prusse est terminée et toutes les économies bonnes à faire, disparues les voitures ou l’on voyage sinon confortablement, du moins sans se fatiguer !
17 novembre 1807 Meaux (France)Le régiment y passe. Le grand uniforme y est mis avant l’entrés dans la capitale.
25 novembre 1807 Paris (France) - Le régiment arrive à Paris et défile sous un arc de triomphe élevé pour la circonstance, prés de la barrière Saint Martin, dans le village de la Villette.
Décembre 1807 Courbevoie (France) - Le Régiment part en caserne à Cherbourg. Le voyage Paris Cherbourg est de 360 km environ, soit 13 à 14 jours de marche.
28 décembre 1807 Cherbourg (France) – Le régiment cantonne à Cherbourg en hiver 1807. Le colonel Friederichs reçoit certainement des ordres pour le prochain départ vers l’Espagne, aussi il n’est pas question de congés de semestre, à la grande déception de tous (Michaud n’est pas encore au courant), aussi ce sont les familles des soldats normands qui font le voyage.
Cherbourg, ville maritime de Normandie, à une population de 11 389 habitants, « il s’y fabrique des glaces, de la verrerie et du drap . Cette ville fournit au commerce du bœuf et du lard salé, et de la soude de Varech ». Source « Dictionnaire portatif de Vosgien, 1806 .
Lettre du fusilier Jean Michaud, de la caserne de Cherbourg.
Michaud, toujours à cour d’argent, décrit la vie à Cherbourg, et espère une « perm » :
« Cherbourg le 28 décembre 1807.
… Je vous dirai que nous sommes encasernés à Cherbourg, sur un port de mer. Je crois que nous y sommes pour quelques temps, car on parle de donner des permissions pour aller au pays. On attend des ordres du général pour cela, et aussitôt que l’ordre sera venu, je ferai en manière d’en obtenir une et j’irai vous voir, M. Melot et moi ; nous en avons parlé d’aller vous voir ensemble et nous irons le plus tôt possible.
Tant qu’a l’argent que vous m’avez envoyé, je ne l’ai pas encore reçu et je ne sais quand je le recevrai. Vous aviez adressé votre lettre à Hanovre ; c’est pourquoi je ne l’ai pas encore reçue et dans la lettre que je vous avais envoyée, je n’avais pas mis mon adresse pour Hanovre ; j’avais mis seulement : présentement au corps, et si vous aviez mis comme était mon adresse (la lettre) n’aurait pas été à Hanovre et j’aurais reçu l’argent maintenant.
Je vous dirai que nous sommes dans un vilain endroit ; il est dans un trou et tout ce qu’il y a de beau, c’est le port et des forts qui sont à une lieue en mer, qui sont construits nouvellement.
Les vivres ne sont pas trop chers. Le pain blanc vaut 6 sous la livre et le cidre 3 sous la bouteille ; de vin, il y en à très peu, et il vaut 30 sous la bouteille. Mon cher frère tu me dira si ton mariage va en avant ; je serai bien aise de le savoir car je sais que c’est une jeune fille de mérite et qui est assez gentille.
Rien d’autre à vous communiquer pour le présent ….etc
Monsieur Michaud, 4é compagnie du 1er bataillon, 2é régiment. Garde impériale à Cherbourg.
Je vous prie de ma répondre de suite… »
1 janvier 1808 Cherbourg (France) - Le régiment est intégré dans l’armée d’Espagne, les ordres de départ arriveront en février.
Lors du soulèvement de Madrid, le 2 mai, une unité du 2é régiment de fusiliers s’y trouve, tandis qu’une autre est à Burgos, cela indiquerait-il qu’un échelon du régiment part rapidement en Espagne ?
Composition de l’infanterie de le Garde devant se rendre en Espagne :
1er régiment de fusiliers (2 bataillons), 1970 hommes
2ém régiment de fusiliers (2 bataillons), 1680 hommes
Chasseurs à pied (2 bataillons), 1513 hommes
Grenadiers à pied (2 bataillons), 1238 hommes
Marins de la Garde
8 février 1808 Cherbourg (France)
Lettre du fusilier Jean Michaud, de la caserne de Cherbourg.
Michaud rassure son jeune frère, et donne son consentement d’aîné à des fiançailles . Très fier d’être dans une unité de la Garde, il envoie l’emblème du corps à sa famille, reproduit sur les boutons de sa veste :
« Cherbourg, le 8 février 1808.
…Mon cher frère , tu me demande si nous sommes bien habillés ? « voui » nous sommes très bien vêtus ; on nous as donné des capotes neuves et qui sont d’un fort beau drap. Nous sortons tous les jours avec et nous avons une culotte neuve et des guêtres neuves ; il nous manque que des chemises. Si j’avais de l’argent j’en achèterais, mais je n’ai pas encore reçu l’argent que vous m’avez envoyés et je ne sais quand je le recevrai.
Il y a le vaguemestre qui à reçu une lettre du grand bureau de Paris et qui avait fait une réclamation à la Grande Armée, mais ça demande encore du temps. Ainsi si vous pouviez m’envoyer encore quelques sous, vous me feriez un sensible plaisir.
Mon cher frère, tu me demande si j’ai une montre, que sur le cachet de la lettre que je vous ai envoyée…c’était le vrai cachet d’une montre. Je t’assure que j’en ai point. Le cachet que je vous ai envoyé c’était un bouton qui a un aigle dessus comme nous en portons au pourtour de nos habits.
Mon cher frère tant qu’à la fille que tu fais la cour je ne l’ai pas vue très souvent, mais je sais que c’est une jolie fille et une fille qui paraît avoir du mérite, mais la dessus je ne peux pas t’en dire davantage, car je ne connais pas son talent ni sa fortune.
Je crois que l’on délivrera des congés de semestre sous peu… Tant qu’a la paye que nous avons, nous avons 12 sous par jour. Nous mettons 3 sous à la masse et 6 sous à l’ordinaire et puis l’on nous retient, pour le pain blanc, 6 centimes par jour, mais nous ne recevons rien parce que nous avons perdu des fusils dans notre campagne et l’on a fait réparer nos habits. »
12 février 1808 Cherbourg (France) – Une terrible tempête fait rage, et les constructions (surélévation de bastions) au port souffrent. Les ouvriers de l’arsenal et les fusiliers grenadiers sont envoyés bien stupidement à des travaux de protection des installation et 246 d’entre eux périssent noyés ! Dans quelle proportion les fusiliers sont touchés ? L’événement est d’autant plus fâcheux que le régiment est en plein préparatifs de départ, qui est alors sans doute retardé. Les travaux très importants de modernisation et de défense du port de Cherbourg sont commencés dés 1783 et se termineront en 1853.
18 février 1808 Paris (France) -Parution du décret annulant l’obligation d’un drapeau et d’une aigle par bataillon . Le commandant du corps des grenadiers avait t-il déjà fait respecter le règlement (le régiment n’a pas de drapeau en propre, et respecte celui du 1er régiment de grenadiers de la vieille garde), en tout cas, le 2é porte drapeau lieutenant Gosserat disparaît !
19 Février 1808 Cherbourg (France) - Le régiment part pour Burgos, en Espagne. La première partie du voyage est de 670km, à pied , en passant par Rennes, Nantes, Bordeaux et Bayonne, la moyenne est de 27,5km par jours . Les hommes sont habillés de neuf et ont 4 paires de chaussures. Le régiment est commandé par Harlert, major par intérim.
De Bayonne, ou ils arrivent le 30 mars, il restera 400 km environ.
30 mars 1808 Bayonne (France) Arrivée du régiment.
Bayonne compte à l’époque 13 190 habitants, « port riche, fort et commerçant »
-Source « Dictionnaire géographique portatif » de Vosgien, 1806
Lettre du fusilier Jean Michaud, en route vers l’Espagne.
Désespérer de n’avoir pu toucher son mandat, Michaud ne parle pas de ses inquiétudes quant à l’Espagne à son père :
« Bayonne, le 30 mars 1808.
…Mon cher père, je vous renvoie la reconnaissance que vous m’aviez envoyée, puisque je ne peut pas toucher d’argent. Pour le présent je le toucherai bien, mais ça demande trop de temps et moi…j’en aurai besoin sous peu de temps, car nous voilà dans un pays qu’il fera très cher à vivre.
Aussitôt que vous aurez reçu la reconnaissance, vous direz au directeur de la poste de Mansle de réclamer au grand bureau de Paris et vous l’aurez plus tôt reçu que moi et je vous prie de me le faire passer aussitôt la présente reçue.
M. Melot et moi nous nous portons bien ; nous nous voyons tous les jours et même les trois quarts du temps nous vivons ensemble.
Bien des choses de ma part à Mademoiselle Rougier ainsi qu’a son oncle et tante.
Bien mes compliments à mon ami Perrot ainsi qu’à toute la famille… »
30 mars au 2 avril 1808 (Espagne) - Voyage de Bayonne à Burgos en voiture, fait à une moyenne de 70km par jour, pour un total de 180km.
2 avril 1808 Burgos (Espagne) - le régiment est cantonné à Burgos, Espagne : « la seconde partie de ma garde, composée des fusiliers et d’à peu prés 500 hommes à cheval, attendra à Burgos, ou je pense qu’elle arrivera le 2 ou 3 avril ». Napoléon.
« Burgos, grande et belle ville d’Espagne, capitale de la vieille Castille . Les places, les édifices publics et les fontaines méritent l’attention du voyageur. Ses environs produisent du blé, du vin et du miel. Il y a une fabrique de drap fin. On y voit un monument qui rappelle la naissance du Cid, la cathédrale est un des plus beaux édifices gothique d’Europe » Source « Dictionnaire géographique portatif » Vosgien, 1806
29 avril 1808 Burgos (Espagne)
Lettre du fusilier Jean Michaud, en cantonnement à Burgos
Toujours empêtrer dans ses problèmes d’argent, et sentant bien qu’en campagne il lui sera difficile de recevoir du courrier, Michaud à vendu une montre :
« Burgos, 29 avril 1808.
Mon cher père, si je ne vous ai pas dit là ou j’avais joint mon bataillon, c’est que monsieur Melot avait écrit à chez lui de Bordeaux, et je croyais que monsieur Melot père vous aurait fait part de la lettre. C’est pourquoi je ne vous l’avais pas expliqué. Je vous dirai que nous n’avons pas couché à Angoulême. Et nous n’avons pu joindre qu’a Bordeaux.
Mon cher père, je vous ai demandé de l’argent, c’est vrai, mais comme vous m’aviez dit que, si je ne pouvais toucher l’argent de ma reconnaissance, de vous l’envoyer, que vous me la feriez passer de suite ; mais c’est pas le besoin qui m’a obligé de vous le demander. Vous savez, sur l’argent que vous m’aviez donné…j’ai acheté une montre que j’ai vendue avec profit à Burgos ; et puis je devais 12 francs que j’ai payés… ».
(la fin de la lettre manque)
2 mai 1808 Madrid (Espagne) - la population se soulève contre la présence française. Un détachement de 50 fusiliers grenadiers, autant de fusiliers chasseurs, et de chasseurs et grenadiers de la vieille Garde s’y trouvent.
Des soldats français se font malmenés puis massacrés. Le maréchal ayant disposé ses troupes autour de Madrid, les fait entrer. Les fusiliers grenadiers du colonel Friederichs, affectés à la garde du palais, arrivent par la rue de la Plateria, en direction de la place Mayor. La répression de la révolte se continue le lendemain..
Source : « la guerre d’Espagne » Jean Thiry -Berger Levrault, 1965, P.191
8 juillet 1808 Burgos (Espagne) - Le régiment quitte Burgos
C’est peu après Burgos qu’un chien est recueilli, adopté, puis avec l’accord du colonel Friederichs, nommé mascotte du régiment : le caniche Mouton :
« Mouton était avec nous depuis 1808 ; nous l ‘avions trouvé en Espagne, prés de Benavente, sur le bord d’une rivière dont les anglais avaient coupé le pont. Il était venu avec nous en Allemagne ; en 1809, il avait assisté aux batailles d’Essling et de Wagram, ensuite il était retourné en Espagne en 1810 et 1811. C’est de là qu’il partit avec le régiment, pour faire la campagne de Russie, mais en Saxe, il fut perdu ou volé, car Mouton était un beau caniche : 10 jours après notre arrivée à Moscou, nous fûmes on ne peut plus surpris de le revoir ; un détachement composé de 15 hommes, parti de Paris quelques jours après notre départ, pour rejoindre le régiment, étant passé dans l’endroit ou il avait disparu, le chien avait reconnu l’uniforme du régiment et suivi le détachement ». Sergent Bourgogne
Mouton fera bravement toute le campagne de Russie, courant d’une compagnie à l’autre et gâté par tous. Lors de la retraite, il suit le détachement de plus en plus clairsemé. Malheureusement, le 10 décembre, peu avant l’arrivée à Wilna, il eu les pattes gelées en marchant dans la neige à –28°. Il est recueilli par le fusilier Daubenton , qui bien qu’affaibli l’accroche sur son sac à dos. Lors d’un accrochage avec des cavaliers hessois, Mouton aboie et défend son maître, mais peu après le chien mascotte disparaît définitivement, perdu dans la cohue de la retraite.
14 juillet 1808 Medina de Rio Seco (Espagne), le régiment n’a pas de pertes d’officiers lors de cette bataille , située à 40km de Valladolid :
Bataille del Rio Seco
« Avant que Bessières pût réunir l’ensemble de ses troupes, Blake opéra sa jonction avec la Cuesta à Benavente . Ce dernier, prenant le commandement en chef, laissa une division à Benavente pour protéger ses magasins et s’avança, contre les désirs de Blake, dans la direction de Palencia . Le 14 juillet 1808, Bessières arriva vers 9 heures en face de Rio Seco ou l’armée de Cuesta était rangée . La 1ére ligne espagnole était postée sur le bord du plateau, ayant en avant, du coté français, un escarpement très raide ; les meilleurs troupes formaient la 2éme ligne à grande distance de la 1ére . Bessières ordonna à Lassalle de faire une fausse attaque sur le front tandis qu’il poussait avec ses divisions rapidement contre la 1ére ligne espagnole, qu’il rompit facilement . Cuesta toma sur les français avec sa 2éme ligne ; il chargea hardiment avec son aile droite et enleva 6 pièces, mais cette manœuvre sépara ses 2 ailes et laissa son flanc droit à vide . Bessières fit charger Merle et les grenadiers à cheval sur cette position, tandis que le 14é régiment d’infanterie de ligne attaquait de front . Les espagnols furent accablés, rompus et dispersés . Ce succès permit aux français de se rendre maîtres du nord de l’Espagne et ouvrit à Joseph la route de Madrid dans laquelle il entre le 20 juillet au milieu d’une froide curiosité . »
Forces françaises : 15 000 hommes, pertes 70 tués, 300 blessés
Forces espagnoles : 25 000 hommes ; pertes 900 tués et blessés
Source « Dictionnaire de la grande armée » A. Pigeard, Tallandier, 2002
Eté 1808 Santa Maria (Espagne) . Les fusiliers grenadiers font partie des troupes poursuivant l’armée espagnole en déroute depuis la bataille de Médina Del Rio Seco. Arrivée à Saint Jacques de Compostelle, les espagnols ont trouvés des renforts, qui poursuivent à leur tours les fusiliers de la Garde. Arrivés à Santa Maria, le régiment bivouaque prés de l’armée espagnole, dans un statu quo commun. Pendant ce temps, le 20 juillet, Joseph et l’armée française sont de retour à Madrid .
15 août 1808 (Espagne) – Jour de la Saint Napoléon, si le régiment était toujours en campagne, à Santa Maria, la fête et le repas traditionnel ont dut être bien maigres.
21 août 1808 Le maréchal Bessières décide de la création d’une musique pour la brigade des fusiliers . Cette musique fera partie des rangs des fusiliers grenadiers . Il semble que le maréchal lui même fait les dépenses, la musique n’étant pas « officielle », et essayera plus tard de s’en faire rembourser les frais !
2 septembre 1808 Burgos (Espagne) –
Lettre du fusilier Jean Michaud, en cantonnement à Burgos
Pour la première fois, Michaud parle de combats à sa famille, il a aussi rencontré un « pays » :
« Cher frère,
Je te dirai que je suis parti de Burgos le 8 juillet pour aller en avant, dont nous avons marché jusqu’au 14,et , le même jour nous avons fait la rencontre de 35 000 ennemis dont nous nous sommes battus depuis huit heures du matin jusqu’à quatre heures du soir et nous étions 15 000 français contre eux ; mais nous avons gagné la bataille nommée Rio Seco. De là nous avons poursuivis l’ennemi jusqu’à Saint Jacques en Galice. Là il ont trouvés un renfort considérable ; même nous avons eu de la peine de nous reculer jusqu’à Santa Maria, là ou nous sommes campés maintenant en attendant du renfort. Je te dirai que j’ai fait la rencontre de Blanchon « le petit monsieur » ; je l’ai trouvé à Palencia (Vielle Castille) lorsque nous avons été arrivés. Comme vous lui avez dit que j’étais dans les fusiliers, il s’est informé de moi à …des camarades, à un surtout qui était de ma compagnie ; il lui à demandé s’il me connaissait ; il lui à été répondu qu’il me connaissait fort bien et il l’a conduit à mon logement, là ou il m’a trouvé. Dont nous sommes été bien contents de nous revoir, deux pays ensemble, car c’est le plus grand plaisir que l’on puisse avoir dans la vie militaire de se voir deux du même endroit ; et nous avons bu ensemble. Même le jour que nous nous sommes battus nous avons déjeuné ensemble et en déjeunant nous voyions l’ennemi. Il a été bien content de me voir, et moi aussi. Tu me demandes si j’ai reçu mon argent ? « Voui », je l’ai reçu avant de partir de Burgos. Je suis fâché que vous n’avez pas touché l’argent de la reconnaissance que je vous ai renvoyé. Même c’est bien étonnant attendu que Monsieur Melot a touché l’argent d’une reconnaissance que son fils a laissé lorsqu’il est passé chez lui, il a touché huit jours après.
…Mon adresse est toujours la même.
Excusez moi si je ne vous écrit pas mieux, c’est que je suis obligé d’écrire sur mon
genou … ».
1er octobre 1808 Vitoria (Espagne) – Après une série de revers, Joseph dut abandonner Madrid, et regroupe l’armée française à Vitoria .
Lettre du fusilier Jean Michaud
Les pires rumeurs courant en France sur la guerre d’Espagne, Michaud rassure son jeune frère, et ne lui parle pas des combats :
« Vittoria, le 1er octobre 1808,
J’ ai reçu ta lettre en date du 17 septembre, laquelle m’a fait un sensible plaisir en apprenant que vous jouissiez tous d’une bonne santé ; je vous en désire la continuation du meilleur de mon cœur.
Cher frère il me paraît que vous êtes fort inquiet de ma personne.. Je vous prie de ne pas être aussi inquiet comme vous l’êtes et de ne pas perdre patience car je crois que cela ne durera pas longtemps. Il nous arrive tout les jours du renfort et lorsque nous serons en force, nous irons en avant, nous les poursuivrons avec rigueur. Je me porte bien pour le présent. Rien d’autre chose à vous communiquer car la présente sera interceptée.
Michaud.
Melot a eu la fièvre pendant deux mois. Maintenant il se porte assez bien à l’exception d’une hernie qui lui est survenue. Vous en ferez part à son frère lorsque vous le verrez.
Cher frère, comme j’espère te revoir bientôt, il faut que tu fasses un bocal de pruneaux pour notre passage au pays ».
15 octobre 1808 « Devis estimatif des fournitures de 1ére mise » :
Habit :
1m59 de drap bleu, 1,15m de largeur : 14 francs
0,09m de drap écarlate pour parements, liserés et pattes d’oies, largeur 1,19m : 22,85 francs
0,20m de drap blanc pour revers, liserés et pattes d’oies, largeur 1,19m : 13,35 francs
2,08m de serge écarlate, largeur 0,50m :3,75 francs
0,89m de toile pour manches et dos, largeur 1,04m : 1,51 francs
0,33m de toile pour poches, largeur 1 ;04m : 1,51 francs
0,22m de toile pour droit fil, largeur 1,04 m : 0,90 francs
11 gros boutons, la douzaine : 80 centimes - 22 gros boutons, la douzaine : 55 centimes
façon : 2,75 francs
Prix de l’habit : 41,32 francs
Veste :
0,59m de tricot blanc, largeur 0,69m : 4,50 francs - 0,80m de cadis blanc, largeur 0,50m : 1,65 francs
0,59m de tricot blanc pour dos , largeur 0,69m : 2,50 francs
0,05m de toile pour droit fil, largeur 1,04m : 90 centimes -
12 petits boutons, la douzaine : 55 centimes - façon : 1,25 France
prix de la veste : 7,31 francs
Culotte :
2,08m de tricot blanc, largeur 0,69m : 4,50 francs
0,40m de toile pour garniture, largeur 1,04m : 1,51 francs - façon : 1,13 francs
prix de la culotte : 11,09 francs
Bonnet de police :
0,30m de drap bleu : x francs - 0,15m de toile à doublure : 1;51 francs
drap blanc pour aigle : x francs - 0,84m de tresse en laine, de 15 lignes : 1,01 francs
2,38m de cordonnet en laine pour schako : 0,04 francs
façon : x - prix du bonnet de police : 5,67 francs
prix du schako : 9,25 francs - prix du pompon : 80 centimes
prix des aigles de schako et de giberne : 70 centimes
prix de la banderole de giberne : 4,25 francs - prix du bouton de bretelle de fusil : 10 centimes
prix du baudrier de sabre : 4 francs - prix du cordon : 2 francs
prix de la bretelle de fusil : 90 centimes - prix de la giberne : 4 francs
4 novembre 1808 Extrait d’une lettre de Napoléon :
« Bayonne le 4 novembre 1808.
Monsieur le général Clarke, j’ai fait faire des baraques pour les 500 fusiliers de la garde, dont 150 sont déjà arrivés. J’ai trouvé ces hommes parfaitement habillés, et je les aurais pris pour de vieux soldats.
J’ai organisé avec de vieux soldats fatigués de la garde, un fond de 4 compagnies, et comme la garde ne doit recevoir que 500 hommes à Bayonne, cela ne fera que 120 hommes par compagnies, le nombre de sous officiers et de vieux soldats qui s’y trouve, est assez considérable pour former 1000 hommes.
Mon intention est donc qu’au reçu de la présente, vous fassiez choisir parmi les 2500 hommes que les chasseurs de la garde reçoivent cette année, 2500 hommes, et autant parmi ceux des grenadiers, que 500 soient reçu fusiliers bien habillés, et dirigés sur Bayonne, ou ils seront incorporés dans ces 4 compagnies, et qui portera ces compagnies à plus de 500 hommes.
Mon intention est que les fusiliers soient de beaux hommes d’une bonne constitution et sachant bien lire et bien écrire ; et comme les 5000 hommes que doit recevoir la garde n’arrivent que successivement, vous ferez aussi l’opération successivement.
(la suite manque dans ma documentation)
Napoléon »
5 novembre 1808 Vitoria (Espagne) – Napoléon arrive à Vitoria et prend le commandement, avec sous ses ordres Bessières, Mouton et Lasalle, pour reprendre Madrid et battre l’armée anglo espagnole. Il inclus ses fusiliers grenadiers dans son corps de bataille.
8 novembre 1808 Vitoria (Espagne) - La vieille garde à pied et à cheval arrive à Vitoria Napoléon presse Bessières de reprendre Burgos et sa citadelle.
« Lors de la retraite, 43 fusiliers grenadiers ont désertés » quelle date ? novembre ?Mai ?
10 novembre 1808 Vitoria (Espagne) – Départ en campagne, les fusiliers grenadiers prennent la route de Madrid avec l’armée, les effectifs ne sont certainement pas au complet.
29 novembre 1808 Somo Sierra (Espagne) –sur la route de Madrid -
Ce jour là, marchant en avant garde, les fusiliers grenadiers sont retirés de la ligne de feu par Napoléon dés le début des combats, pour être mis derrière l’infanterie de ligne. L’Empereur ne veut pas que sa garde donne, la gardant en réserve pour la reprise de Madrid.
La bataille de Somo Sierra
La route qui conduisait de Burgos à la capitale passait par le col de Somo Sierra et la junte en avait confié la garde au général San Juan . Le 29 novembre 1808, Napoléon était à Boceguillas ou il apprit que le col était occupé et qu’une avant garde était à Sepulveda . L’infanterie espagnole s’était retranchée et étagée sur les 2 flancs et l’artillerie avait pris position sur la route elle même (4 batteries de 4 pièces protégées par des parapets et des embrasures) . Napoléon disposait alors d’une partie du corps de Victor (divisions Villatte, Ruffin et Lapisse), de la cavalerie de la Garde et de la division de cavalerie de La Tour Maubourg ; la division Lapisse devait enlever Sepulveda, la division Ruffin le versant nord de la Guadarrama . Vers 9h Victor entama l’attaque ; vers 11h Napoléon arriva avec la cavalerie de la Garde ; ce jour là le 3éme escadron des chevaux légers polonais était de service auprès de l’Empereur . L’infanterie de Victor, gênée par les tirs espagnols, ne progressa pas comme le souhaitait Napoléon ; celui ci retourna et lâcha un ordre sec aux cavaliers qui le suivaient « Enlevez moi cela » . Kozietulski commanda alors la charge et les chevaux légers enlevèrent alors les batteries . L’effet moral fut tel que les espagnol s’enfuirent et massacrèrent leur chef, San Juan . A la suite de cet exploit, les chevaux légers polonais entrèrent dans la garde impériale . »
Forces françaises : 33 427 hommes , mais seulement 5 839 hommes engagés, pertes des polonais 57 tués et blessés.
Forces espagnoles : 12 476 hommes , dont 8359 hommes engagés ; pertes 2000 hommes
Source « Dictionnaire de la grande armée » A. Pigeard, 2002
La bataille de Somo Sierra vue par les fusiliers grenadiers
Voulant marcher sur Madrid, Napoléon doit passer par la gorge de Somo Sierra avec le 9é régiment d’infanterie légère, le 24é régiment d’infanterie de ligne, le 96é régiment d’infanterie de ligne, les fusiliers et les cavaliers de la garde. 12000 espagnols commandés par Benito San Juan, et possédant de l’artillerie les y attendent.
L’armée française se bat et force le passage, ouvrant la route de Madrid.
Source : « la guerre d’Espagne » Jean Thiry -Berger Levraut, 1965, P.288-289
Les fusiliers de Friederichs et de Lanabére, sous les ordres de Savary, étaient à l’avant garde et ont reculés devant les paysans armés.
Source : « la garde impériale » Henry Lachouque -Lavauzelle, 1982, P.148
2 décembre 1808 Madrid (Espagne) La ville a 156 000 habitants.
bataille de Madrid
« L’armée française paraissait sous les murs de Madrid . Après une sommation restée sans réponse, l’attaque fut immédiatement commencée et le général Sernamont fit pleuvoir les boulets sur le par cet le fort de Buen- retiro ; en même temps l’héroïque Maison, bien que blessé, restait 21h sous le feu de l’ennemi pour diriger les sapeurs qui attaquaient les portes à coup de haches . Avant de donner l’ordre d’un assaut général, Napoléon somma une 2éme fois le ville de se rendre et comme les délégués des madrilènes demandaient une capitulation honorable, il fit entendre de dures paroles à Don Thomas de Morla, un de ceux qui avaient le plus contribué à la violation de la capitulation accordée au général Dupont à Baylen »
Source « Les campagnes napoléoniennes – tome 1 » A. Pigeard, Editions Quatuor, 1998
4 décembre 1808 Madrid (Espagne) – Prise de la ville
Les défenseurs de Madrid se rendent au général Belliard et Napoléon établit son quartier général à Chamartin, aux portes mêmes de la capitale .
Après la prise de la ville, la garde bivouac « prés des bois », les fusiliers sont de suite envoyés, avec un détachement de Polonais, vers Guadalaxara et Santa Cruz.
A Madrid, « un fusilier de la garde » qui a volé un matelas, est exécuté en présence de 50 hommes de chaque corps. « 12 hommes, soit 4 sergents, 4 caporaux et 4 fusiliers sont chargés de faire feu sur le condamné, l’ordre étant donné par un adjudant, les troupes défilent ensuite devant de cadavre » (A. Pigeard).
6 janvier 1809 Madrid (Espagne) - Napoléon donne l’ordre de replier à Vitoria tout les dépôts de la garde de Madrid.
14 janvier 1809 L’empereur regretterais t’il d’avoir formé les fusiliers ? Napoléon : « les fusiliers ont déjà un mauvais pli, c’est d’être entre la garde et la ligne, un corps intermédiaire qui coûte le double de la ligne . Il faut mieux former un corps de tirailleurs qui ne coûte pas plus que la ligne. »
source : Napoléon « Correspondance », tome 18 page 243, n°14 702, cité par Alain Pigeard.
16 Janvier 1809 L’uniforme est modifié . Désormais, il sera le même que celui des grenadiers de la vieille garde, mais en conservant le shako, les épaulettes et les aigles de retroussis propres aux fusiliers grenadiers . Le galon blanc distinctif placé autour de la calotte du schako est supprimé, seuls subsistent les galons blancs latéraux. Le schako se garnit de jugulaires à écailles et rosaces à la grenades . Sont également distribués un plumet rouge et un couvre schako de toile cirée .
Les pattes d’épaules sont remplacées par des épaulettes à franges blanches à 2 raies rouges .
La capote bleue est remplacée par la couleur gris de fer . Une dragonne sera désormais portée sur le sabre, elle sera composée d’un cordon blanc et d’un gland rouge .
Si l’uniforme est changé, cela peut impliquer que les fusiliers aient porter le même depuis 1807 . Après la Prusse et l’Espagne, les culotte, gilets, habits vestes et schakos doivent être dans un triste état, et manquent même certainement à beaucoup .
Le régiment prend officiellement le nom de « Fusilier Grenadier », nom utilisé jusque la de façon officieuse .
Article 4 du décret du 16 janvier 1809, réorganisant l’infanterie de la Garde impériale : « Les régiments de fusiliers seront traités pour la solde et les masses, comme les fusiliers de la Garde le sont actuellement. L’admission dans ces 2 corps sera une récompense des services rendus dans la ligne . Pour être admis dans ces corps, il faudra avoir au moins 2 ans dans les tirailleurs de la Garde et savoir lire et écrire . Tout fusilier ayant 4 ans de service, tant dans celui des fusiliers que dans celui ces tirailleurs, est susceptible d’entrer dans les grenadiers ou les chasseurs de la Garde . » napoléon .
De Valladolid, l’Empereur ordonna la création du 1er régiment de tirailleurs grenadiers destiné à former ce que l’on appela la Jeune Garde. Il fut composés de conscrits robuste et … sachant lire et écrire.
Un certain nombre de fusilers grenadiers seront mutés pour la création de cette unité, comme caporaux, sergents et officiers (voir 29 03 1809) .
23 janvier 1809 Paris (France) - Napoléon est de retour à Paris. La compagnie de dépôt des fusiliers grenadiers, de 200 hommes, à fort à faire avec1100 conscrits des classes 1818 et 1809, destinés à la brigade des fusiliers (voir aussi 13 mars 1809).
De nombreux fusiliers grenadiers montent en grade (ceux ayant au moins fait la campagne de Prusse)et quittent le régiment, pour aller vers la jeune garde, dont de nouvelles formations voient le jour.
2 février 1809 (Espagne) - Le colonel major Friederichs est nommé baron d’empire, évènement fêté par un bon repas dans tout le régiment.
21 février 1809 Béssiére reçoit l’ordre de faire renter à Paris toute la garde à pied présente en Espagne.
13 mars 1809 Courbevoie (Paris) – Dépôt du corps des grenadiers. Des conscrits passent en flot continu à Courbevoie ; la jeune Garde des grenadiers se constitue.
Selon le conscrit Bahuaud de 1809, nantais, Courbevoie est « une jolie caserne », bien qu’il doit coucher à 3 dans le même lit !Habillé par le corps il n’est finalement par retenu dans la Garde (il mesure 1m63) et est mené à Château-thierry par des grenadiers à une allure de 12 à 14 lieues à pied par jours (environ 50km) . N’entre pas dans la Garde qui veut.
Bulletin de la société d’archéologique et historique de Nantes, 1998, T.33
24 mars 1809 (France) - Ordre est donné à la garde à pied de faire route vers Strasbourg. Déception générale dans les rangs, après l’éprouvante année 1808, beaucoup d’hommes attendaient un congé semestriel. Le régiment arrivera le 9 avril à Versailles, le voyage est on beaucoup plus confortable qu’aller. Nos fusiliers sont transportés en chariot, à une moyenne de 60 –70km par jour.
Des fusiliers grenadiers serviront à former les vélites de Turin, mais aussi des grenadiers et des tirailleurs sont réclamés . Les vélites n’étant véritablement constitué que le 28 mai 1810, cela montre que le colonel Friederichs n’est pas pressé de se séparer de bons éléments alors qu’il part en campagne. Le contingent réclamé ne partira qu’en automne, après, sans doute, quelques réclamations.
29 et 31 mars 1809
116 fusiliers doivent quitter le régiment pour aider à la formation du régiment des Conscrits grenadiers , la encore Friederichs attendra avant d’envoyer de ses hommes :
Deux décrets (29 et 31 mars 1809) portent la création de 2 régiments de conscrits grenadiers, régiments formés hâtivement en vue de la campagne contre l’Autriche. Il est prévu qu’un major commande 2 bataillons de 4 compagnies (à 100 hommes chacune), soit 1600 hommes. La moitié des hommes sera des conscrits de la garde, l’autre de la réserve de 1810.
Le major, les 2 chefs de bataillons et les 8 capitaines viendront du 1er régiment de grenadiers de la garde, dont ils continueront à porter l’uniforme. Les sous lieutenants, à raison de 2 par compagnies, et 1 en plus par bataillon (faisant fonction d’Adjudant major), viendront de l’école militaire de Saint Cyr.
Le régiment des fusiliers grenadiers donnera les sous officiers et caporaux : 1 sergent major, 4 sergents, 1 caporal fourrier et 8 caporaux par compagnies ; et 2 adjudants sous officiers par bataillon. Le régiment fourni donc 116 hommes.
Le 18 mai 1811, les 1er et 2é régiments de conscrits grenadiers deviennent 3é et 4é régiment de tirailleurs grenadiers.
9 avril 1809 Versailles (France) - Arrivée à Versailles, et venant d’Espagne, des fusiliers grenadiers, qui suivaient les fusiliers chasseurs à une étape. Pour raison d’économie, ils doivent rejoindre Paris à pied.
Avril 1809 Paris (France) - Les hommes sont fatigués du voyage et ne pensent qu’à se reposer…à peine arrivés , l’ordre de départ pour l’Autriche est confirmé. On prend tout de même le temps de renouveler les équipements au dépôt du corps des grenadiers, à Courbevoie.
Lors de cette opération, un nouveau modèle de shako est touché . Celui ci n’a plus de chevrons de cuir sur les côtés, mais conserve tout de même les chevrons de fils blancs qui les recouvraient, signe distinctif du régiment (voir aussi octobre 1806 pour les shakos).
Départ de Paris pour Strasbourg, puis pour l’Allemagne, par Strasbourg, Pforzheim, Stuttgart, Ulm, Zusmarhausen et Landshut à Freising.
Le régiment met 15 jours pour parcourir 855 km, il voyage donc par voitures à une moyenne de 57 km par jours…après que les billets de transport aient été remis par le chirurgien major Mouton.
25 avril 1809 (France) - création du 2é régiment de tirailleurs grenadiers (voir 29 03 1809) .
27 avril 1809 Freising (Allemagne) - Les fusiliers grenadiers suivent les fusiliers chasseurs, et sont à Freising , prés de Munich (München).
1 mai 1809 (Allemagne) - La brigade des fusiliers (grenadiers et chasseurs) sera commandée par le général Gros (division du général Curial) sur ordre de Napoléon.
7 mai 1809 (Allemagne) - La division Curial doit se porter à Amstetten (entre Linz et Vienne, en Autriche). La distance Freising Amstetten est de 276 km , à 30km à pied par jour de moyenne l’arrivée est située le 15 mai environ.
Les hommes toucheront 4 jours de vivre et prendront leur cantonnement au bord de la rivière Ips (ordre de Napoléon).
17 mai 1809 Amstetten (Autriche) – date approximatives -à peine arrivé à Amstetten, le régiment reçoit l’ordre de se diriger vers Vienne soit une distance de150km, à marche forcée, les fusiliers arrivent à Vienne le 19 ou le 20 mai .
20 mai 1809 Ile de Lobau (Autriche) – De Vienne, les fusiliers grenadiers ont ordre, toujours au sein de la division Curial, de se placer sur l’Ile de Lobau . Les hommes sont épuisés . Malgré cela, on s’aperçoit bien vite dans les rangs qu’une grande bataille est imminente . Les quelques heures de repos sont appréciées, dans le brouhaha des derniers préparatifs .
21 mai 1809 Essling, prés de Vienne (Autriche) La bataille d’Essling va être une défaite, les fusiliers grenadiers y combattent durement :
1ére division (Jeune Garde ) : général Curial
1ére brigade : général gros (le 22 mai, le général Mouton commande la brigade)
Fusiliers chasseurs, (2 bataillons) 1272 hommes
Fusiliers grenadiers, , (2 bataillons) 1313 hommes
2é brigade : général Roguet
Tirailleurs chasseurs, , (2 bataillons) 1334 hommes
Tirailleurs grenadiers, , (2 bataillons) 1116 hommes
La bataille d’Essling
« L’armée française se trouvait coupée en 3 tronçons (rive gauche, rive droite du Danube et île Lobau) . L’archiduc Charles, disposant d’une supériorité numérique et d’une artillerie écrasantes, décida alors d’attaquer les français . Cette sanglante bataille va durer 2 jours . Le 21, Molitor résista dans Aspern, secondé par la cavalerie de Marulaz et les charges de Béssiéres ; seule la nuit sépara les combattants . Ainsi se termina la 1ére journée de bataille . Les français au nombre de 30 000 (dont 8 000 cavaliers environ) avaient résisté aux efforts d’une armée de plus de 100 000 hommes (dont 15 000 cavaliers), soutenue par une artillerie prés de 3 fois supérieure à la leur (264 contre 90) . Napoléon pouvait dire sans exagération que le champ de bataille lui était resté car partout, sauf à Aspern, l’ennemi rétrograda pour aller prendre ses bivouacs jusqu’à 3 ou 4 portées de canon de la ligne française ; l’archiduc Charles était à Breitenlee . »
Forces françaises : 30 000 hommes
Forces autrichiennes : 90 000 hommes
Source : « dictionnaire de la grande armée » A. Pigeard, Tallandier, 2002
21 mai 1809 Essling, prés de Vienne (Autriche) – 2é journée de la bataille.
La bataille d’Essling (suite)
«Le 21 ce fut une nouvelle bataille dans laquelle les français, qui avaient obtenu des renforts de Lannes et Masséna, firent des prodiges de valeur, mais les munitions manquèrent et Napoléon dut ordonner la retraite dans l’île Lobau . La garde impériale sauva la situation et permit à l’armée française de se replier en bon ordre . Les autrichiens exultent de joie et l’archiduc Charles devient le « héros » d’Aspern . »
Forces françaises : 55000 hommes
Forces autrichiennes : 90 000 hommes
Pertes pour les 2 jours : -français :5000 tués et 14 000 blessés
-autrichiennes : 4000 tués, 16 000 blessés
Source : « dictionnaire de la grande armée » A. Pigeard, Tallandier, 2002
La bataille d’Essling vue par les fusiliers grenadiers :
La division Curial se rassemble en avant des ponts , ayant l’ordre de reprendre Essling, « C’est Aspre avec ses grenadiers qui attaque et infiltre les lignes françaises prés du fameux grenier; mais les fusiliers et les tirailleurs de la Garde, commandés par Mouton, futur comte de Lobau, vont les refouler par une magnifique charge à la baïonnette . » « Le général Gros fit passer au fil de l'épée 700 Hongrois, qui s'étaient déjà logés dans le cimetière du village d'Essling. » Le général Gros est blessé à Essling, à la tête des fusiliers de la garde .
Source : « Wagram », F. G. Hourtouille, Histoire et Collections, 2002, page 7
-Le régiment des fusiliers grenadiers à 2 officiers blessés durant les combats du 21, 2 tués, 6 blessés et un mort de ses blessures le 22. Les hommes ont du certainement beaucoup souffrir, le sergent Bourgogne est blessé à la jambe et au cou.
-Le sergent Bourgogne, nous donne une anecdote dans ses mémoires : alors que les fusiliers grenadiers sont en ordre de bataille, le sous officier Vachin (futur Lieutenant en second, puis capitaine), porte une gourde remplie de bon vin, et un de ses collègue lui demande la rasade. Lorsque le buveur se penche pour boire, un boulet autrichien emporte sa tête et la gourde. Alors que ces deux amis s’étaient fait promesse d’hériter du premier qui tomberais, Vachin fut tellement pris d’effrois qu’il laissa intact les affaires de son pauvre ami. Le sergent Vachin en parla longtemps, car cela n’était pas habituel.
Le général Mouton se couvre de gloire à la tête de la brigade des fusiliers
Mouton Georges, comte de Lobau
21 février 1770 (Phalsbourg) - 27 novembre 1838 (Paris)
Elu lieutenant par les volontaires de la Meurthe, capitaine dès novembre 1792, aide de camp du général Meynier un an plus tard, Mouton quitte l'armée du Rhin en 1795 pour l'Italie et y sert à l'état-major de Joubert. Il se distingue au siège de Gênes mais n'est promu colonel qu'en 1803. Général de brigade au début de 1805 et aide de camp de Napoléon, il fait avec lui les campagnes de 1805-1807, est grièvement blessé à Friedland. Général de division peu après, il part pour l'Espagne, où il se distingue à Medina del Rio Seco (14 juillet 1808). Rappelé en novembre par l'Empereur, il reprend auprès de lui ses fonctions d'aide de camp et le suit dans la campagne contre l'Autriche, accomplit un fait d'armes à Landshut (21 avril) en franchissant le pont en flammes à la tête de ses grenadiers, charge à la baïonnette et reprend Essling avec les fusiliers de la garde (22 mai 1809), couvre la retraite sur l'île Lobau et a la main traversée par une balle. Comte de Lobau une semaine plus tard, il est à Wagram. Il suit l'Empereur en Russie et revient avec lui à Paris. Aide major général de la garde en juillet 1813, il est fait prisonnier à la capitulation de Dresde (Il novembre 1813). Rallié à Napoléon durant les Cent Jours, il est à nouveau son aide de camp et commet un dernier acte d'héroïsme à Waterloo, couvrant la retraite de l'armée par une défense stoïque de Plancenoit. Il est capturé le 19 juin 1815 alors qu'il essaie de rallier les traînards. Farouche républicain, Mouton n'avait accepté qu'à contrecœur les "simagrées " du sacre. Il ne cache pas son hostilité aux Bourbons. Proscrit jusqu'à la fin de 1818, il est élu par la Meurthe en 1828 et siège à la Chambre des députés parmi les opposants libéraux. Louis-Philippe le fera maréchal le 30juillet 1831 et pair de France le 27 juin 1833. Estimé pour sa bravoure, son sang-froid, sa loyauté, Mouton figure sur l'arc de triomphe de l'Etoile.
- Voir aussi la lettre du 8 août du fusilier grenadier Faiseau Sauloy, donnant quelques détails de la bataille, et le bulletin n°10 de la grande armée, du 31 mai.
23 mai 1809 Ile de Lobau, sur le Danube (Autriche) – On dénombre les victimes de la bataille d’Essling : 243 hommes de la Garde sont morts, 934 ont été blessés, 100 vont mourir de leur blessures . La moitié des blessés vont se rétablir, d’autres jugés transportables seront dirigés vers Paris . Après la bataille on creva de faim, les soldats appellent Lobau « l’île de misère ».
Le chirurgien Larrey et le grenadier Pils nous disent que l’on en est réduit à tuer les chevaux et faire la soupe dans des casques et des cuirasses, puisque les soldats éxédés de fatigue par une bataille de 18 heures avaient abandonnés les bidons vides et les lourdes marmites.
24 mai 1809 Ile de Lobau, La garde est toujours sur l’île. Après l’évacuation des blessés, les fusiliers de la Garde, sur la brèche depuis le départ d’Espagne, se reposent de leurs fatigues .
27 mai 1809 Ile de Lobau, sur le Danube (Autriche) – Après plusieurs tentatives de réparer les ponts, l’Ile de Lobau est enfin évacuée .
31 mai 1809 Paris (France) – Le régiment est à l’honneur dans le journal « Le Moniteur », qui donne le 10é bulletin de l’armée (description détaillée de la bataille d’Essling) :
« Les fusiliers de la Garde, commandés par le général Mouton, se couvrirent de gloire et culbutèrent la réserve, composée de tous les grenadiers de l'armée autrichienne, les seules troupes fraîches qui restassent à l'ennemi. Le général Gros fit passer au fil de l'épée 700 Hongrois, qui s'étaient déjà logés dans le cimetière du village d'Essling. »
(voir l’intégralité du 10é bulletin en annexes, à la fin de l’ouvrage).
1 juin 1809 Prés de l’île de Lobau, sur le Danube (Autriche) - Le major colonel Friederichs est nommé colonel . Sa belle conduite lors de la bataille d’Essling lui vaut des honneurs : il passe général de brigade en juillet.
D’autres, comme le chef de bataillon Louis Harlet , sont nommés dans la vielle garde (son départ aura lieu le 6 juillet) .
5 juin 1809 Prés de l’île de Lobau, sur le Danube (Autriche) - Le colonel Friederichs est nommé commandeur de la légion d’honneur, tandis que des fusiliers (combien ?) sont nommés chevaliers de la légion d’honneur. Les décorations, cela se fête, la nuit à dut être rude…
1 juillet 1809 Ile de Lobau, sur le Danube (Autriche) – Retour sur l’île,
en même temps que l’empereur. La garde s’installe autour du quartier général .
2 juillet 1809 Ile de Lobau, sur le Danube (Autriche) - Après avoir accueillis le nouveau commandant du régiment, Pierre Bodelin (qui entre en fonction la semaine suivante), le colonel Friederischs fait des adieux émouvants au régiment qu’il à créer. Il entre en fonction dans son grade de général de brigade et dans sa nouvelle unité le jour même.
4 juillet 809 Ile de Lobau, sur le Danube (Autriche) – Les troupes de Napoléon se rassemblent sur la rive droite du Danube, la garde impériale est sur l’île, entourant les tentes de l’Empereur .
5 juillet 1809 Wagram (Autriche) – Début de la bataille de Wagram : « Le Danube est passé sur des ponts lancés durant la nuit . En vue de la future bataille, Napoléon a précisé les missions dévolues à chaque corps et les axes de marches . Les fusiliers grenadiers sont avec la garde , en 3é ligne, derrière elle vont venir progressivement se réunir les cavaliers lourds de Béssiére . La progression sur l’immense plaine, commence .
Au soir, la Garde bivouaque avec l’Empereur à Graschdorf . »
Source : « Wagram », F. G. Hourtouille, Histoire et Collections, 2002
1ére division (jeune garde) : général Curial
1ére brigade : général Dumoustier
Fusiliers chasseurs : Lanabére, 1029 hommes
1er bataillon : Rousseau
2ém bataillon : Vrigny
Fusiliers grenadiers :
major Bodelin ( ?) , 1059 hommes (Bodelin n’entre officiellement en fonction le 9)
Selon A. Pigeard, il n’y a pas de colonel en titre à Wagram, les chefs de bataillons
Assurant le commandement.
1er bataillon : Harlet (nommé au 1er régiment de grenadiers le 6 juillet)
2ém bataillon : Hennequin
2éme brigade : général Roguet
1er régiment de tirailleurs chasseurs : Rosey, 1294 hommes
1er bataillon : Mallet
2ém bataillon : Cambronne
1er régiment de tirailleurs grenadiers : Longchamps, 1190 hommes
1er bataillon : Poret de Morvan
2ém bataillon : Vautrain
6 juillet 1809 Wagram (Autriche) - Le régiment est à la bataille de Wagram :
La bataille de Wagram
« Début juillet 1809, l’armée française se concentra dans l’île Lobau et le 4, à 9h du soir, Napoléon fit commencer le passage de ses troupes vers Enzerdorf, tandis que les batteries françaises balayaient la rive gauche du Danube . Le 5, l’armée française occupa une partie de la plaine et se positionne face à l’armée autrichienne . Napoléon tenta alors de faire enlever les villages d’Aderklaa, Baumersdorf et Wagram, mais ces attaques échouèrent et les 2 armées reprirent leurs positions . Le 6 juillet eu lieu la principale bataille : c’est Davout qui supporta la 1ére violente attaque du corps de Rosenberg . Bernadotte, au centre, eut quant à lui les plus grandes difficultés à se maintenir ; il en fut de même pour Masséna qui lutta à 1 contre 3 dans Essling . Napoléon reprit en main la situation en faisant donner l’artillerie de la Grade sous les ordres de Drouot, tandis que l’armée d’Italie, sous Macdonald, s’avança au centre . Davout enleva alors la position de Neusiedl, et Oudinot enleva Wagram . Les autrichiens battirent en retraite en abandonnant le champ de bataille qui fit penser aux journées d’Eylau et d’Essling . Les pertes furent importantes dans les 2 armées . Charles se retira en direction de la Bohême ou son arrière garde fut écrasée à Znaim le 11 juillet . Le prince Jean de Liechtenstein demanda alors un armistice . »
Forces françaises : 180 490 hommes ; pertes 33 854 tués et blessés
Forces autrichiennes : 161 467 hommes ; pertes 5 631 tués et 18 113 blessés.
Source « Dictionnaire de la grande armée » A. Pigeard, Tallandier, 2002
La bataille de Wagram vue par les fusiliers grenadiers :
La brigade des fusiliers grenadiers et chasseurs est sous le commandement d’un aide de camp de l’empereur, Reille :
« les fusiliers et les tirailleurs de la Garde seront plus directement engagés, formant le 3é échelon de la colonne qui doit attaquer au centre, une fois que la grande batterie aura neutralisée les canons autrichiens qui leur font face . Napoléon semble avoir demandé à Reille d’agir avec prudence car derrière, il ne reste qu’un contingent limité de dernière réserve . Aussi Mac Donald qui progresse en tête de cette colonne fera l’essentiel avec les divisions Lamarque et Broussier . Le 2é échelon, formé par la division des bavarois, arrivera à temps pour pouvoir relancer l’attaque au delà de Süssenbrunn de façon brillante . »
« La cavalerie regroupée devant Napoléon a été poussée en avant, à la droite des fusiliers de Reille et ce sont, conduits par Guyot, les chasseurs de la garde et les lanciers polonais qui sont en tête . La direction générale de ces forces du centre est Aderklaa, comblant ainsi l’espace entre Pacthod et Macdonald . »
« Reille se contentera de suivre et prendra une position solide en avant et autour de Süssenbrunn, si bien que leur engagement plus en avant sera inutile, les ennemis reculent alors sur toute la ligne . Ce n’est pas le rôle de la garde d’assurer la poursuite, mais la base solide installée par les fusiliers consolide la ligne générale dans cette vaste plaine au milieu de laquelle les divisions paraissent bien minuscules .
Les pertes du groupement de Reille seront insignifiantes . »
Source : « Wagram », F. G. Hourtouille, Histoire et Collections, 2002, pages 54 et 64.
Le chef de bataillon Louis Harlet, présent aux fusiliers grenadiers depuis 1807, est muté au 1er régiment de grenadiers de la vieille garde .
9 juillet 1809 Prés de Wagram (Autriche)
Le major Bodelin prend officiellement le commandement du régiment . Il hérite d’une réputation de rigueur donnée par Friederichs, et s’efforcera d’en être le digne successeur. Il semblerait qu’il ai été aimé de ses hommes, qu’il connaît de nom pour la plupart, certain depuis longtemps, comme le fusilier Elliot, qui était aussi en Egypte .Bien que soucieux de chacun , il le montrera en Russie, il n’hésite pas à approuver des peines de mort pour indiscipline (au Portugal). Il est surnommé familièrement « Bodel par le sergent Bourgogne. Fortement marqué par la retraite de Russie, il demandera à partir en retraite dés que possible, il le fera après avoir « recrée » de toute pièce un régiment de fusiliers grenadiers, en 1813.
Pierre BODELIN
Né le 9 juin 1764 à Moulins (Allier), rue des Tanneries, de Jean Gilbert Bodelin et de Jeanne
Jacquillot, accoucheuse
Entre dans l’armée en 1782, âgé de 18 ans. Caporal en 1791, sergent en 1793.
1794 Sous Lieutenant, à 30 ans, blessé en mai, passe lieutenant la même année.
1ére campagne d’Italie
1798 Egypte - Blessé le 24 juillet 1799 lors de la victoire de Bonaparte à Aboukir (Egypte).
Blessé le 21 mars 1801 lors de la défaite du général Ménou à Canope (Egypte).
Reviens de la campagne d’Egypte en 1801
Chevalier de la légion d’honneur le 14 juin 1804 (la même promotion que Friederichs)
Campagne contre l’Autriche, la Prusse et la Pologne en 1805-1807
Campagne d’Espagne en 1808, y obtient une rente de 2000 francs par an et est décoré :
Chevalier de l’Empire le 20 août 1808, officier de la Légion d’honneur le 16 novembre 1808
Major colonel du régiment des fusiliers grenadiers le 9 juillet 1809
Baron d’Empire le 11 juin 1810
Obtient une rente de 2000 francs par an en 1811, puis de 4000 en 1812
Campagne de Russie
Général de brigade le 13 avril 1813 , quitte le régiment des fusiliers grenadiers et est admis à la
Retraite à ce grade, a l’age de 49 ans.
Meurt à Versailles le 13 janvier 1828 , ou sa sépulture est conservée
A plusieurs reprises dans les années qui suivent sa mort en 1843 puis en 1848, ses parents interviennent auprès du ministre de l’intérieur et du ministre de la guerre pour que son nom soit inscrit sur l’Arc de triomphe. Leur requête ne pourra aboutir faute de place.
30 avril 2000, inauguration d’une plaque commémorative en l’honneur de Pierre Bodelin à Moulin, place du théâtre.
(renseignement complétés par une plaquette annonçant les « grandes fêtes napoléoniennes » à Moulin les 28,29et 30 avril 2000).
Un nouveau chef de bataillon royaliste: Louis Joseph Vionnet
Bodelin arrive avec un de ses hommes, qui remplace le chef de bataillon Harlet.
Ce fils de laboureur finit Vicomte et châtelain ! Vionnet est un homme contradictoire, instituteur et chef de guerre, officier de la Garde Impériale et dans le même temps ne cachant pas ses opinions royalistes ! Fervent catholique il méprise la troupe, et son attitude après la 2é restauration lui vaut le surnom de « boucher de Lyon ». Il est, selon André Lévi, qui découvrit son journal de guerre (« bien vieux, bien jauni, mais soigneusement recouvert de maroquin rouge ») une figure des plus curieuses de la fin de l’Empire .
Il faut souligner aussi que cet homme aura toujours de la compassion et des gestes d’humanité pour les civils victimes de la guerre ou des ennemis blessés, ce qui est rare à l’époque. Nous suivrons cet homme au jour le jour à partit du 23 juin 1812, et y découvrirons, malgré ce portrait contrasté, un excellent officier, qui à, par sa droiture et son honnêteté, sa place dans la Garde Impériale. (Voir aussi « 1816 »)
1769 naissance à Longueville, Doubs, d’un père cultivateur et d’une mère dentellière.
1786, à 17 ans, instituteur à Métabief, prés de Longueville
1792 élu par les troupes sous lieutenant au 6é bataillon du Doubs, lieutenant le 1er décembre
1793 à l’armée du Rhin en Allemagne, devient officier d’artillerie, se distingue Wissembourg
1794 22 juillet, nommé capitaine à la 170é demi brigade
1796 29 juillet, bataille de Rivoli, se distingue et est blessé à la jambe gauche
Il recevra un sabre d’honneur pour ce fait d’arme
1798 1er octobre, capitaine à la 12é demi brigade
campagnes de Rome et Naples, se distingue 4 fois et est blessé à la main et la poitrine
1800, 26 novembre, campagne des Grisons, blessé d’un coup de baïonnette
1804 Camp de Bruges - 14 juin, officier de la légion d’honneur dans la 1ére promotion de cet ordre
1806 1er mai, capitaine au 1er régiment des grenadiers à pied de la Garde Impériale
1806 campagne de Prusse et Pologne
1808 campagne d’Espagne, reçoit 1000 francs de rente, capitaine au 1er rég. de tirailleurs grenadiers
1809 9 juillet, promu à Wagram chef de bataillon aux fusiliers grenadiers
1811 campagne d’Espagne
1812 campagne de Russie
1813 nommé major commandant le 2é régiment de Tirailleurs de la Garde
1813 campagne de Saxe, blessé à la bataille de Dresde et de Wachau
1813 reçoit le titre de Baron de Maringoné et la couronne de fer, cdt de la Légion d’honneur
1814 campagnes de Belgique et de Flandres
1815 se marie avec mademoiselle de Beuzelin, lui apportant fortune et le château des Ternes
1815 15 novembre, Maréchal de Camp et commandant le département du Rhône
1817 1er mis en non activité sur rapport défavorable sur son commandement
1820 1er avril, replacé à la tête de la 3é subdivision de la 7é région militaire
1822 7 août, fait par le Roi vicomte de Maringoné
1823 13 février, commande une brigade dans le 4é corps de l’armée des Pyrénées
1823 campagne d’Espagne. - 3 octobre, nommé lieutenant général, commande l’armée de Catalogne
victoires de Puycerda et de Figueras
1824 22 septembre, mis en disponibilité
1831 admis à la retraite, il meurt le 29 octobre 18134 au terme d’une longue carrière.
17 juillet 1809 Enzersdorf (Autriche) - Installation du régiment à Enzersdorf (un
bourg situé au nord de Vienne et à 13km du bourg Wagram) , ou des baraquement en dur sont construits par la troupe. Après la construction des baraques, l’entraînement reprend, il y a séance de tir 3 fois par semaine. Ceux qui peuvent ramenés des boulets tirés sur le champ de bataille sont payés 5 sous pièce. Des tambours de fusiliers, nommés tambours maîtres, enseignent les batteries aux tambours de la ligne, « qui doivent battre comme dans la garde ».
Source : « la garde impériale » Henry Lachouque -Lavauzelle, 1982, P.172
Des hommes sont récompensés et décorés pour leur comportement à Wagram, ainsi le sergent Beaulieu, ancien des vélites, devient lieutenant dans l’infanterie de ligne. Capitaine en 1812, il sera fauché par un boulet à Dresde, en 1813 . Sergent Bourgogne
8 août 1809 Enzersdorf (Autriche)
Le régiment est en cantonnement à Enzersdorf (le fusilier Faiseau Sauloy écrit : « Lijindolphe »).
Enzersdorf est un bourg situé sur le champ de bataille de Wagram, à 10 km au nord de Vienne .
Lettre de 1809 envoyée d’Autriche par le fusilier grenadier Faiseau Sauloy, qui à participé à la bataille d’Essling :
« Du camp de Lijindolphe, prés de Vienne, le 8 août 1809.
Je profite du peu de temps que j’ai pour m’informer de l’état de votre santé et vous donner des nouvelles de la mienne qui est très bonne. Dans ce moment ci nous sommes campés à une bonne lieue de Vienne depuis 20 jours à peu prés et nous sommes occupés à faire nos baraques qui nous ont donné beaucoup de peine, car nous avons d’abord été obligés d’aller chercher des planches à une demi lieue et même ¾ de lieue et cela sur nos épaules. Nous les avons d’abord couvertes en planches, ensuite en paille et enfin on nous les a fait recouvrir de branches de sapin que nous avons été cherchées dans une forêt qui est à une lieue, avec des brins de sapin qui ont 22 pieds de haut et gros comme le bas de la jambe, que nous avons placés aux quatre côtés de chaque baraque qui ont 12 pieds de large sur 18 de long et chaque baraque est composée de 166 hommes. Derrière sont placées les cuisines, un peu plus loin sont les baraques de nos officiers et enfin celle de notre colonel. En avant sont les faisceaux d’armes et une superbe place ou nous manœuvrons. Nous avons 3 rues qui sont la rue Lane, Piete et Duval , au centre du régiment est une colonne sur laquelle on à placé un aigle et autour de laquelle sont les tambours et les carabines des sapeurs. Le bas des baraques, la porte et les croisées sont rouges et le reste est tout blanc.
Nous sommes 6 régiments de la Garde ensemble, mais éloignés d’un demi-quart de lieue à peu près les uns des autres, ce qui forme 6 villages de 100 baraques chacun. Nous sommes bien nourris, car nous avons la ration de pain comme en France, la viande, une bouteille et demie de vin par jour, le ris, du biscuit et encore un pain pour 6 hommes pour la soupe.
On est obligé d’avoir dans son sac 3 chemises, 3 paires de souliers, 3 paires de guêtres, l’une noire et les autres grises, 2 pantalons de toile et tout notre uniforme, 2 cravates noires et 4 blanches. Souvent l’on passe la revue des sacs et l’on est obligé de remplacer de suite les objets usés ou perdus, et lorsqu’on a pas d’argent, c’est le major qui vous en fait l’avance, et comme vous devez bien le penser, ces objets coûtent un peu plus que si on se les achetait soi-même. C’est pourquoi je vous prie de m’envoyer de l’argent aussitôt la présente reçue et notre ancienne amitié me fait espérer que vous ne mettrez pas de négligence dans cette occasion à m’obliger et d’ailleurs vous savez qu’actuellement l’argent fait tout et que l’on regarde toujours dans le militaire comme ailleurs la bourse et la mise et quand bien même vous apprendriez que nous ne sommes plus occupés dans le même endroit, écrivez moi toujours, car la lettre me parviendra toujours, dans quelques endroits que nous soyons, et si je vous parle ainsi, c’est que l’on nous a fait espérer d’un retour bientôt pour Paris ou l’on dit que nous formerons un second régiment de grenadiers, car je crois que la gloire dont se sont couverts les fusiliers à l’affaire qui a eu lieu le 22 mai (2), et les affaires suivantes, a fait autant de bruit en France qu’en Allemagne.
Des deux régiments, seuls les fusiliers ont soutenu la charge de 18 régiments autrichiens dans ce jour mémorable, quoique nous n'’eussions point de pièces de canon ; les uhlans et les cavaliers hongrois sont venus nous charger, mais en un instant nous les avons repoussés avec perte. Il me semble encore voir les figures de ces derniers lorsqu’ils vinrent sur nous avec leur moustaches d’un pies et demi de long (3) et leurs grands sabres à la main . Il semblait que nous devions être écrasés en un instant, mais il en a été autrement, et nos petites moustaches d’une ou deux lignes (3) l’ont emporté sur les leurs et c’est ce qui à fait que je me regarde très heureux de servir dans un corps qui a fait la gloire des français . Soupe avait été blessé à la jambe à l’affaire du 22 mai, il se porte bien maintenant, et il ne boite nullement . Gaydet, comme vous le savez est passé fourrier dans les tirailleurs de la Garde, Jumigy et plusieurs autres de Bourges sont dans le même régiment, mais je sais pas ce qu’est devenu le fils de M. Gauttier, et qui serait dit qu’il était mort de maladie à Vienne, mais je n’en suis pas sûr car ils sont plusieurs du même nom ( … illisible) . Je finis en vous embrassant très bien chers frères ainsi que mes braves et bonnes belles sœurs.
Votre frère.
Mon adresse est Faiseau Sauloy, Grenadier fusilier dans le second régiment des fusiliers, 3é Cie, 2éBton, à la suite de l’Armée d’Allemagne, par Strasbourg. »
Cette lettre est adressée à Monsieur Faiseau Lavanne, arpenteur général des eaux et forêts, dans le département du Cher, Bourges, rue des Arènes n°51. Dépt. Cher à Bourges.
Source : « l’armée de Napoléon, organisation et vie quotidienne », par Alain Pigeard, Tallandier, 2000 .
15 août 1809 Enzersdorf (Autriche) - Fête de l’empereur à l’occasion de la Saint Napoléon . Dans tout les régiments, un grand concours de tir à lieu sur des cibles de 5 pied et demi sur 21 pouces (1,80 m sur 45cm).
1er prix : une paire de souliers et un pantalon de toile
2é prix : un pantalon et une paire de guêtres
3é prix : une paire de guêtres de toile
Les colonels commandants les corps de la garde reçoivent, sur les fonds de la couronne, un traitement supplémentaire de 6000 francs, espérons pour les fusiliers que le colonel Bodelin dépensa cette somme pour le repas traditionnel.
5 septembre 1809 Enzersdorf (Autriche) – Les promotions pleuvent sur la troupe ! Des fusiliers deviennent caporaux, comme Jean Michaud, dont nous suivons la correspondance, et des caporaux deviennent sous officiers.
27 octobre 1809 Enzersdorf (Autriche) - La garde reçoit l’ordre de partir vers la France via Strasbourg.
10 novembre 1809 Paris (France) – La musique des fusiliers grenadiers va être « légalisée » :
Un décret impérial décide qu’il n’y aura que 4 musiques pour les 8 régiments de la garde, et que les musiques des grenadiers et chasseurs serviraient aux fusiliers . Mais la brigade des fusiliers à déjà une musique faite officieusement par le duc d’Istrie en août 1808 , et qui est dans les rangs des fusiliers grenadiers . Emoi de l’administration de la Garde mise devant le fait accompli : qui va payer les musiciens (avec rappel depuis leur création !? (voir 19/09/1810)
Décembre 1809 Au retour en France, de très sévères revues sont faites.
1810 Organisation du régiment des fusiliers grenadiers :
L’état major reste identique à celui de 1807, seuls le Major Bodelin arrivé en juillet est nouveau, avec le chef de bataillon Vionnet.
Commandant : major Bodelin, officier de la légion d’honneur
Chef de bataillon :Vionnet, officier de la légion d’honneur
Chef de bataillon :Hennequin, officier de la légion d’honneur
Adjudant major : capitaine Martenot, officier de la légion d’honneur
Adjudant major : capitaine Leroy, chevalier de la légion d’honneur
Sous adjudant major : Lieutenant en premier Maigrot, chevalier de la légion d’honneur
Sous adjudant major :Lieutenant en second Delaitre, chevalier de la légion d’honneur
Chirurgien major : Mouton, chevalier de la légion d’honneur
Aide major : Caïn, chevalier de la légion d’honneur
Les officiers de bataillons sont entièrement renouvelés, le cadre ayant servi a la formation de nouvelles unités . Seuls les lieutenant en seconds Courtin (1er B, 2é Cie), et Mazas (2ém B, 3é Cie) étaient déjà présents en 1807 .
1er bataillon
1ére compagnie
Capitaine Brousse, chevalier de la légion d’honneur
Lieutenant en premier Goutefraye, chevalier de la légion d’honneur
Lieutenant en second Epailly, chevalier de la légion d’honneur
Lieutenant en second Créqui, chevalier de la légion d’honneur
2éme compagnie
Capitaine Deblais, chevalier de la légion d’honneur
Lieutenant en premier Goussin, chevalier de la légion d’honneur
Lieutenant en second Courtin, chevalier de la légion d’honneur
Lieutenant en second Boisseau, chevalier de la légion d’honneur
3éme compagnie
Capitaine Gillet, officier de la légion d’honneur
Lieutenant en premier Rostein, chevalier de la légion d’honneur
Lieutenant en second Arnould, chevalier de la légion d’honneur
Lieutenant en second Faivre, chevalier de la légion d’honneur
4éme compagnie
Capitaine Desmoulins, chevalier de la légion d’honneur
Lieutenant en premier Leclere, chevalier de la légion d’honneur
Lieutenant en second Vaillant, chevalier de la légion d’honneur
Lieutenant en second Gelmont, , chevalier de la légion d’honneur
2éme bataillon
1ére compagnie
Capitaine Loqueneux, baron d’Empire, officier de la légion d’honneur
Lieutenant en premier Bellanger, chevalier de la légion d’honneur
Lieutenant en second Favin
Lieutenant en second x
2éme compagnie
Capitaine Moulin, chevalier de la légion d’honneur
Lieutenant en premier Théry, chevalier de la légion d’honneur
Lieutenant en second Vaude, chevalier de la légion d’honneur
Lieutenant en second Leveau, chevalier de la légion d’honneur
3éme compagnie
Capitaine Jaquot, officier de la légion d’honneur
Lieutenant en premier Pelée, chevalier de la légion d’honneur
Lieutenant en second Mazas, chevalier de la légion d’honneur
Lieutenant en second Guesdon, chevalier de la légion d’honneur
4éme compagnie
Capitaine Laborde, chevalier de la légion d’honneur
Lieutenant en premier Cogne, chevalier de la légion d’honneur
Lieutenant en second Poulmans, chevalier de la légion d’honneur
Lieutenant en second Mayot, chevalier de la légion d’honneur
Mascotte du régiment : le caniche Mouton
A la suite du régiment : la cantinière Marie, qui a donnée des soins aux blessés, à Essling et Wagram.
Le régiment étant au repos pour quelques mois, le colonel doit en profiter pour accorder ce que tous le régiment attend depuis longtemps : le congé semestriel, qui aura lieu pour une fois au printemps.
Un officier exemplaire : Goussin
N’ayant connu que l’armée , il gagne ses galons un à un, au feu, et son arrivée aux Fusiliers Grenadiers en tant qu’officier (1810), est un aboutissement. Vieux de la Garde, il est proche de ses hommes . Le capitaine Goussin est l’un des 4 seuls officiers restés au régiment après la Russie. Marqué par cette campagne, le colonel le nomme officier payeur. Il est donc par sa fonction attaché au dépôt de la Garde à Courbevoie. Les 200 hommes du dépôt seront tout de même appelés en renfort durant la campagne de 1814, et Goussin combat de nouveau . Fidèle de l’Empire, il sera aussi à Waterloo.
1777 28 mars, naissance à Cossé le Vivien (Mayenne) de Pierre René (ou François) Goussin
1792 engagé volontaire à 15 ans dans la garde nationale, puis armée du Rhin au 38é de ligne
1794 campagne de Hollande, devient fourrier
1798 (ou 1799), 24 octobre, passe aux grenadiers du corps législatif
1800 nommé fourrier, campagne d’Italie - 1803 nommé sergent
1804 , 14 juin (25 prairial an XII) chevalier de la légion d’honneur
1806 nommé sergent major, campagne de Prusse - 1807 campagne de Pologne
1807, mars, nommé lieutenant en second aux fusiliers grenadiers, il a 33 ans
(il n’est pourtant pas sur la liste des officiers de 1807)
1810 ( ? 1ére mention) nommé lieutenant en premier aux fusiliers grenadiers (1er bat.2é Cie)
1811 nommé capitaine aux fusiliers grenadiers (1er bat.2me Cie) – campagne de Russie en 1812
1813 1er mars, nommé capitaine officier payeur aux fusiliers grenadiers .
1814 campagne de France - 1815 campagne de Belgique (Waterloo)
1815 retraite pour infirmité et ancienneté de service, retiré au Grand Plessis à Quelaines (Mayenne)
Décoré de l’ordre royal de Saint Louis
1830 Maire de Quelaines « pendant quelques mois »
1843 meurt le 25 mai , à 66 ans, enterré en bordure de Cossé(Mayenne), ou un monument est érigé à sa mémoire .
1 et 2avril 1810 Paris (France) -Fêtes en l’honneur du mariage de Napoléon.
13 mai 1810 Paris (France) -Le chef de bataillon Louis Joseph Vionnet, est fait chevalier de Maringoné.
11 juin 1810 Paris (France) - Le commandant du régiment, le major colonel Pierre Bodelin, et le chef de bataillon Jean François Hennequin sont nommés barons
d’empire . Nouvelle occasion de faire la fête ?
22 juin 1810 Paris (France) - Répétition de la fête de la garde, les soldats occupent les gradins d’une salle de bal construite en bois dans une cour de l’école militaire (24 rangées da banquettes disposées en gradins et destinées aux dames, derrière elles, un promenoir destiné aux hommes. La salle est soutenu par des colonnes auxquelles s’accrochent des lustres).
24 juin 1810 Paris (France) - Fête de la garde. Napoléon et l’impératrice assistent au spectacle.
Eté 1810 Angers (France) - les fusiliers de la garde sont cantonnés à Angers et dans les environs. Cette région est une terre de chouannerie peu favorable à l’Empire, d’ou une rotation d’unité combattantes confirmées en son sein. Il semble que le séjour des fusiliers s’y passe sans heurts, mais sans grande passion. Angers retrouvera la chouannerie 4 ans plus tard.
15 août 1810 Angers (France) – Jour de la « Saint Napoléon », fêtée dignement par le régiment. Traditionnellement les militaires organisent des concours de tirs, comment cela c’est il passé à Angers ?
25 août 1810 Il est demandé à chaque département de fournir 4 hommes pour les fusiliers, de la taille de 1,76 mètre pour les grenadiers, 1,70 pour les chasseurs . Jusqu’en 1811, on peut toujours s’y engager à titre individuel.
19 septembre 1810 Paris (France) -Le duc d’Istrie tente de sauver la musique des fusiliers grenadiers, menacée par le conseil d’administration des chasseurs à pied ! (le budget alloué aux musiques est commun à tout les corps de la Garde).
Rapport du ministre de la guerre Clarke à Napoléon :
« Sire,
Votre majesté décida le 10 novembre 1809 qu’il n’y aurait que 4 musiques pour les 8 régiments de tirailleurs et conscrits de sa Garde, et que les musiques des grenadiers et chasseurs serviraient aux fusiliers . Cependant, monsieur le maréchal duc d'’Istrie avait fait organiser une musique pour la brigade des fusiliers, dés le 21 août 1808, mais le conseil d’administration des chasseurs à pied prit le parti de les faire passer dans les compagnies du 2éme régiment de fusiliers, ou ils sont encore . Le conseil d’administration, en demandant que ces musiciens soient compris dans les revues pour la solde et les masses de simples fusiliers et rappelés depuis ce 21 août 1808, produit un ordre du 27 du mois de juillet précédent, signé de monsieur le maréchal duc d’Istrie, qui le déclare conforme aux intentions de votre majesté . Ces dépenses faites, pour les musiciens dont il s’agit, ayant lieu d’après les ordres ci dessus rappelés, je crois devoir proposer à votre majesté de vouloir bien approuver le rappel et le maintien dans les revues des musiciens dont il s’agit .
Clarke».
Source « Carnets de la Sabretache, 1903, page 191
23 septembre 1810 Angers (France)-Lettre du capitaine Deblais commandant la 2é compagnie du 1er bataillon du régiment des fusiliers grenadiers. La chance à voulue que la correspondance de cet officier soit conservée. Chance car les séjours en Espagne de l’unité se passent en garnisons, et l’activité principale est la protection des convois et la recherche des partisans, si l’on excepte la reprise de Madrid. Autant dire que les traces écrites sont rares, et Deblais se plait à décrire l’activité des fusiliers. Cet historique lui doit donc beaucoup. La seule lecture des lettres est passionnante, mille détails se font jour.
Louis Deblais est issu de la petite bourgeoisie de province, bien éduqué, il choisit très tôt l’armée. A 36 ans, militaire dans l’âme, c’est un coureur de jupons qui ne veut pourtant pas s’encombrer d’une famille.
Sûrement un peu bourru il ne peut s’empêcher, alors qu’il écrit parfois à une jeune femme, de parler de ses fréquentation des prostituées et de décrire longuement ses opérations militaires, qui doivent paraîtrent assommantes à sa correspondante, mais qui font notre bonheur deux siècles plus tard :
Description des conditions du logement de la troupe et des officiers,
« Angers, chef lieu du département de Maine et Loire a à l’époque 35000 habitants, les régiments de fusiliers grenadiers et fusiliers chasseurs y cantonnent .
« Angers, le 23 septembre 1810,
Ma chère maman, si vous êtes satisfaite de me voir prolonger mon séjour dans cette capitale de l’Anjou, je ne le suis pas moins ; j’ai tant voyagé et couru le monde que la tranquillité et le repos ont pour moi bien des charmes, et je sais en connaître tout le prix.
Je me plais passablement ici, l’ennui ne vient pas me trouver, je parviens à passer le temps de manière qu’il me semble toujours s’écouler trop vite. Je viens de me donner une petite occupation : j’apprends le dessin depuis 2 mois, c’est la partie du paysage que j’ai prise, mon seul but est d’utiliser le temps, car je commence trop tard pour espérer de faire de grands progrès, cela m’amuse beaucoup ; c’est madame mon hôtesse qui m’à donné le maître de ses demoiselles et m’a obligé de le prendre.
Nous sommes dans l’incertitude si nous devons rester ici ; monsieur le maire est parti à Paris pour demander de faire partir un régiment, ou pour les faire caserner tout 2 ; mais il n’y a que des anciens couvents qui n’ont pas été vendus, dans lesquels il faudrait de grandes réparations, ce qui nécessite beaucoup de dépense. L’argent, le principal moteur, manque. L’Empereur n’en donne pas facilement pour un motif semblable, il sait que ses militaires sont bien ; il importe peu que les habitants se plaignent de cette espèce de fardeau. L’honneur de loger la Garde Impériale devrait le leur faire oublier ; l’hiver les effraie d’avance, ils pensent au bois qu’ils devront brûler.
On désirerait nous conserver, pourvu que la troupe soit casernée. On présume donc que monsieur le maire, quoiqu’il ne soit pas éloquent, obtiendra à force de sollicitations une réponse favorable, et si un des 2 régiments part, ce sera sans doute pour Saumur, ou Laval, ou Le Mans ; ces villes sont agréables, la plus éloignée est au plus à 29 lieues.
Nous ne pensons plus à l’Espagne, rien ne donne à croire que nous ferons ce voyage ; tant que sa majesté n’ira pas, on nous laissera tranquilles dans l’intérieur. Ce que je vous avais dit relativement à une proposition de mariage qui m’avait été faite par mon hôtesse, n’a eu aucune suite. Cela ne m’a pas convenu. Je n’ai jamais sérieusement pensé à prendre femme. C’est un peu incompatible avec mon état, étant obligé de faire la guerre, de rester pendant des années entiéres absent et fort éloigné. C’est de préparer bien du tourment et du chagrin que de se marier : j’aimerais naturellement mon épouse, je serais payé de retour, j’aurais peut être quelques enfants. Quelles peines pour un mari, pour un père sensible, de se séparer d’eux pour aller faire campagne. Voici donc le motif qui m’a retenu et qui agit encore sur moi ; un hasard pourra peut être me faire changer, mais je ne pense pas que ce soit dans cette ville. Jusqu’à ce que j’en vienne à prendre ce parti qu’on appelle raisonnable, je continuerai à vivre en garçon aux dépens de la communauté.
Depuis 20 jours je suis le maître de la maison, mes hôtes sont tous à la campagne à vingt lieues d’ici, ils doivent rentrer cette semaine : si ce n’eut pas été aussi loin, je serais allé avec eux .
Nous avons ici un temps beau et très chaud, qui se maintient. Si vous en avez un semblable je pense que vous ferez du bon vin et que les vendanges ne seront pas éloignées.
Je comptais aller vous voir pour les vendanges, mais des affaires de service pour la confection de pantalons bleus que nous allons faire faire pour nos compagnies nécessitent ma présence pendant le mois d’Octobre.
J’espère disposer du suivant si nous restons dans ces lieux, et aller vous embrasser, ainsi que mes bons amis, mes compatriotes . »
Biographie du capitaine Deblais, Félix
1775 Né le 21 février à Joigny (Yonne)
1791 25 septembre – engagé volontaire au 2é bataillon de l’Yonne, dans la 16é demi brigade d’infanterie de ligne - 1793 15 mars nommé caporal
1794 15 mai nommé sergent, 2 juillet nommé sergent major
a servit dans les armées du nord, de Sambre et Meuse, et des côtes du nord
1798 sous Lieutenant , fait la campagne sur le Rhin et est blessé d’1 coup de feu à l’épaule
au combat de Stokach, dans la foret noire
1800 23 décembre – passe aux grenadiers de la Garde Consulaire
1804 14 juin décoré de la Légion d’Honneur
campagnes d’Autriche, de Pologne et d’Espagne
1809 29 mai - devient capitaine au régiment des fusiliers grenadiers
1811 1er juillet - passe au 2é régiment de grenadiers à pied
campagnes d’Allemagne, d’Espagne et de Russie
campagne de Saxe – devient chef de bataillon au 1er régiment de Tirailleurs
Bataille de Bautzen : décoré de l’aigle d’or de la légion d’honneur
1814 13 mars – mort au champ d’honneur à Soissons, âgé de 39 ans.
source : « la garde impériale de 1810 à 1814 » extraits des carnets de la sabretache – librairie historique F. Teissedre, 2000
Fin septembre 1810 Angers (France) Ordre est donné aux fusiliers de partir pour l’Espagne. Certains officiers partis « en semestre » sur ordre de l ‘empereur voici seulement 15 jours, sont rappelés, ce sont ceux n’ayant pu en profiter au printemps. Le « congé de semestre » se donne généralement d’octobre à mars, et ne peut être accordé simultanément à plus de la moitié des capitaines, lieutenants en premiers et seconds, à plus du quart des sous officiers et du huitième de la troupe (A. Pigeard, dictionnaire de la grande armée) .
Le départ prend du retard, au grand dam du colonel Bodelin, qui doit faire face à une belle pagaille.
Il fini par laisser quelques sous officiers à Angers, qui ramèneront les soldats en congés ou malades, et certains officiers rejoindront seuls, à cheval. Le départ à lieu fin octobre- début novembre, soulageant le maire de la ville qui n’aura point à faire de dépense de bois pour les militaires, comme le révèle le capitaine Deblais dans sa lettre.
Novembre 1810 Bordeaux (France) - Le régiment, en route pour l’Espagne, y est signalé .
26 novembre 1810 Bayonne (France) - Lettre du caporal Jean Michaud (promu le 5 septembre 1809).
Michaud rassure ses parents et ne dit rien sur l’Espagne :
« Bayonne le 26 novembre 1810.
Je suis arrivé le 23 un peu avant le régiment. Je suis arrivé en bonne santé, tant qu’à mes effets que j’avais laissés à Angers, on me les as rapportées jusqu’au plus petit morceau. Melot m’a rejoint à Barbezieux, comme je partais au matin ; donc j’ai été bien surpris lorsque je l’ai vu à la sortie de Barbezieux. Nous avons fait la route ensemble bien agréablement. Je crois que nous resterons quelques jours à Bayonne car voilà déjà trois jours que nous y sommes et on ne parle point encore de départ.
J’ai reçu la lettre que Louis m’a envoyée ; donc je suis bien aise d’avoir l’adresse de Pichon.
Je vous dirai qu’on a été bien surpris de me voir, car on ne s’attendait point en moi à une si prompte arrivée, car de deux cents qu’il y avait en permission, nous sommes pas tout au plus six arrivés. J’aurais bien pu rester ainsi si j’avais voulu, mais il me semblerait qu’on aurait eu des reproches à me faire … ».
2 décembre 1810 Tolosa (Espagne) -Lettre du capitaine Deblais commandant la 2é compagnie du 1er bataillon du régiment des fusiliers grenadiers : description du rôle à jouer par le régiment en Espagne,
« A Monsieur D.., rue montant au palais, à Joigny.
Tolosa, en Espagne, le 2 décembre 1810
Cher Papa D.., vous vous ennuyez de ne pas recevoir de mes nouvelles, et moi de ne pas vous en donner : j’ai été si contrarié pendant ma route que je n’ai pas eu le temps de ce plaisir.
En arrivant à Bordeaux, je n’ai pu continuer mon voyage, il m’a fallu attendre 3 jours pour trouver une autre voiture, je savais que mon régiment devait rester quelques temps à Bayonne, sans cela je serai parti à cheval seul . J’arrive trop tard dans cette ville, mon régiment partait le surlendemain. La journée qui me restait fut assez employée à arranger toutes mes affaires.
Je suis depuis 3 jours sur le territoire éspagnol, et au milieu de nos véritables amis. Nous faisons séjour dans cette ville qui se trouve à moitié chemin de Vitoria, au milieu des montagnes des Pyrénées.
Tolosa est une petite ville assez gentille. Les officiers logent chez le bourgeois, et la troupe dans des espèces de casernes, sur la paille faute de lits . J’ai un assez bon logement, mes hôtes, qui sont depuis un mois ici, m’ont bien reçu et sont très aimables : je me rappelle si bien l’éspagnol que je parle avec eux comme en français .
Nous voyageons, les 2 régiments de fusiliers de la garde, à une journée de distance, et avons la même destination de Vitoria, mais on croit que nous irons plus loin, soit à Burgos ou à Valladolid, ou le général Dorsenne est allé. Toutes les troupes appuient vers le Portugal, dans 3 jours mon régiment arrivera à Vitoria : là nous resterons ou nous recevrons de nouveaux ordres ; c’est le général Caffarelli qui y commande.
On nous effrayait, on nous faisait mille contes alarmants sur ce pays, il semblait le voir couvert de brigands qui nous auraient assaillis à chaque pas : nous n’en avons vu aucun. Dans toutes les petites villes et bourgs qui sont sur la route, il y a de petites garnisons de 2 à 300 hommes qui sont logés et retranchés dans une grande maison : ils sont pour maintenir la correspondance et accompagner les courriers à qui ils donnent 50 hommes d’escorte qui sont bien rarement attaqués.
Ces brigands qui sont en plusieurs bandes ne sont que des voleurs de grands chemins qui n’attaquent que les voitures ou personnes trop faibles pour résister, ils ne s’adressent jamais à une troupe armée et en ordre, n’ayant rien à voler ; ils vont dans les villages, se font donner à manger, font des contributions d’argent : la « canaille espagnole » qui n’à rien à perdre les soutient et leur sert d’espions.
Les riches du pays des villes et endroits éloignés de quelques lieues de la route, ou il n’y a pas de troupes, pillés et vexés par eux journellement, ont été obligés d’abandonner leurs maisons pour se mettre sous la sauvegarde des français qu’ils n’aiment pas, mon hôte d’aujourd’hui est de ce nombre.
Si on envoie de la troupe à leur poursuite, ils en sont instruits de suite, se dispersent dans les villages, et reparaissent plus loin pour faire de nouveaux vols et assassinats.
La troupe réunie les faits toujours fuir et ne leur fait pas de grâce quand elle peut les atteindre. Ce sont ces bandes là en grand nombre, qui, nous occupant beaucoup de monde, arrêtent nos progrès, nous obligent à laisser partout des troupes pour les contenir : on se trouve au point de ne pas oser faire un quart de lieue hors d’une ville , et il ne leur arrive jamais de chercher à pénétrer dedans, le moindre danger les éffraie.
Il nous semble, suivant les apparences, que notre séjour en Espagne sera de longue durée, cette guerre va se prolonger encore longtemps, surtout pour supprimer tous ces brigandages. Je suis un de ceux qui prendra le mieux son mal en patience, aucun officier du régiment ne parle la langue comme moi : mon colonel m’a déjà désigné comme son interprète en chef.
Nous trouvons à vivre chez des espèces de traiteurs en payant assez cher. Nos soldats, outre leur paie, reçoivent chaque jour la ration, pain, viande et vin.
J’ai trouvé mon cheval et mon domestique en bonne santé, tous 2 disposés à m’être utiles, ils recoivent ici chacun leur ration.
5 décembre 1810 Vitoria (Espagne) Arrivée du régiment à Vitoria, qui y tiendra garnison jusqu’en juillet 1811 . Pour plus de détail, se reporter aux lettres du capitaine Deblais .
19 décembre 1810 Vitoria (Espagne) -Lettre du capitaine Deblais commandant la 2é compagnie du 1er bataillon du régiment des fusiliers grenadiers : récit d’une patrouille recherchant des partisans espagnols, et de l’hospitalité du général Caffarelli.
Le capitaine Deblais écrit de Vitoria (aujourd’hui Vitoria Gasteiz), capitale de la province basque d’Alava . Le « dictionnaire géographique portatif » de Vosgien, publié en 1806 : « Jolie et considérable ville d’Espagne, dans la Biscaye, capitale de la province d’Alava . Les grandes rues sont bordées de beaux arbres, qui ne sont pas le moindre agrément de la ville . On y fait des batteries de cuisine et des ouvrages en paille et en ébénisteries . Il y a une école de dessin . Elle est au bout d’une belle plaine, à 13 lieues SE de Bilbao, 65 NE de Miranda, 16 SO de Tolosa, 62N de Madrid ».
« Vitoria, le 19 décembre 1810,
Cher papa D.. , j’espère que vous avez reçu ma dernière, que je vous ai écrite pendant mon séjour à Tolosa en venant ici : je vous donnais des détails sur mon voyage jusqu’à cette ville . Je l’ai continué pour Vitoria . Nos 2 régiments y sont depuis prés de 15 jours. Je vous aurais annoncé plus tôt mon arrivée si le surlendemain je ne fusse parti avec ma compagnie et 3 autres pour aller à la chasse aux brigands dans plusieurs bourgs situés dans les montagnes à 15 ou 20 lieues d’ici .
Je fit une petite campagne de 10 jours, extrêmement pénible pour les fatigues que nous y supportâmes ; nous eûmes continuellement la pluie ou la neige. Il faut voir ces pays pour s’en faire une idée. Ce ne sont que des montagnes entassées, il y en a de si hautes qu’il faut une heure et demie pour les grimper ; arrivé au sommet toujours couvert de neige, on voit les nuages bien au dessous couvrir les vallons dans lesquels se précipitent à grands bruits des torrents, des ruisseaux ; les chemins ne sont que des sentiers ou les hommes et surtout les chevaux peuvent à peine passer.
On avait annoncé au général que les brigands étaient réunis dans un bourg, 4 à 500. Nous devions les attaquer, mais instruits de notre démarche, ils s’étaient divisés et s’étaient éloignés.
Nous en rencontrâmes une trentaine qui firent feu sur nous sans nous attraper. Nous aillâmes dans plusieurs endroits ou on les croyait, ils fuyaient à notre approche. Nous n’en vîmes pas 50 en tout. .
Les habitants aisés de quelques petites villes que nous avons parcourues, presque toujours sous le joug de ces brigands, voudraient en être débarrassées ; ils les mettent à contribution pour tous leurs besoins, les menaçant de les tuer : la canaille qui n’a rien à donner ni à perdre les soutient.
Nous sommes rentrés il y a 3 jours à Vitoria avec un prisonnier ; j’eus un soldat de ma compagnie légèrement blessé au cou d’une balle. Je brisai 2 paires de bottes et mon cheval revint enrhumé.
Notre garnison est une fort gentille ville de 8 à 10 000 âmes : située au milieu d’une plaine fertile de 3 à 4 lieues de grandeur, entourée de montagnes. Notre troupe est casernée dans des couvents, et les officiers sont logés chez les habitants.
Quoique j’ai changé une fois, je n’ai pas encore pu me placer comme je le désirais ; il y a ici des sociétés assez supportables ou on s’amuse, on y passe des soirées agréables, c’est une de ces maisons la que je veut avoir pour logement : comme les français n’ont pas quitté cette ville depuis 3 ans, on y est un peu francisé, et il paraît que les femmes ne sont pas sauvages.
Le général Caffarelli commande toute cette province, il était depuis longtemps ministre de la Guerre du royaume d’Italie, c’est un aide de camp de sa majesté lorsque j’entrais dans la Garde, il en était le chef d’état major ; je me suis trouvé différentes fois avec lui, aussi m’a t-il reconnu lorsque nous aillâmes lui faire visite . Il m’a engagé d’aller le voir : hier j’ai dîné chez lui. C’est un homme extrêmement affable, rempli de moyens, aimé de tout le monde : tous les dimanches il donne bal chez lui, les officiers qui veulent y aller sont invités ; j’y ai été avant hier, j’y ai eu beaucoup de plaisir et me suis bien amusé, il y avait plus de 50 dames de la 1ére société et de jolies demoiselles. Le général, quoique agé de 45 ans, danse comme un jeune homme ; il a composé lui même la musique et les figures d’une espèce d’anglaise ou contredanse qui est fort gaie, qu’il a appelée « la tourmente ».
Notre troupe fait le service de la place et escorte les courriers et convois jusqu’aux premières stations . On ne peut voyager seul sans courir les risques d’être tué ou pris par les brigands qui sont embusqués prés de la grande route . Il est fort rare qu’ils attaquent une escorte qui n’est ordinairement que de 40 à 50 hommes, suivant les circonstances.
Il y a beaucoup de troupes employées de cette manière dans toutes les villes et bourgs sur la route, on les a placées pour maintenir la correspondance de Bayonne à Madrid, de cette ville à Cadix et sur tous les autres points : jugez combien de monde ces brigands nous occupent. Il y en a des bandes assez bien organisées en cavalerie et infanterie : on les harcèle continuellement, mais ils se réfugient dans les montagnes, se cachent chez les paysans qui n’osent les déclarer . Lorsqu’ils savent quelque coups à faire, ils tombent à l’improviste sur des convois ou voitures, les pillent et s’en vont.
Ils volent aussi les habitants, établissent des octroi sur les marchandises qui passent et des contributions sur les villages . Si on était maître de toute l’Espagne et du Portugal, en établissant de fortes colonnes mobiles on viendrait bien à bout de détruire les brigands. Je me remets fort bien à la langue espagnole et je m’aperçois que je l’ai oubliée. C’est très commode de pouvoir parler la langue d’un pays, on s ‘en trouve toujours mieux et plus accueilli des habitants.
Voici mon adresse :
Capitaine au régiment des fusiliers grenadiers de la garde Impériale, Armée d’Espagne. »
31 décembre 1810 Fontainebleau (France) – Une école de sous officier est crée avec des hommes des fusiliers grenadiers et chasseurs :
Un décret prévoit la création de fusiliers sergent dans la Garde Impériale . Chacun des 2 régiments de fusiliers de la Garde se verra agrémenté d’une 5éme compagnie dite « Compagnie de fusiliers sergents de la Garde », et les 4 compagnies fournies par l’effet de cette disposition formeront un bataillon dit de « fusiliers sergents de la Garde ». Cette nouvelle unité formera à Fontainebleau un bataillon d’instruction destiné à compléter le contingent de futurs cadres sous officiers dans la Garde et la ligne , sous le commandement du général Christiani .
« 1811 » (date exacte ?) Le cuivre jaune des boutons du corps des grenadiers est remplacé par du cuivre rouge .
Source « La garde impériale – troupes à pied » Cdt Bucquoy, Grancher, 1977, p.42
janvier 1811 (France) - Un décret augmente chaque bataillon d’une 5é compagnie de « fusiliers sergents ». Ces 4 compagnies d’un même régiment peuvent être réunies et forment alors un bataillon de « fusiliers sergents de la garde ». Ce décret à certainement été appliqué, et des vieux briscards ont bien inculqués la discipline à Fontainebleau, mais ces 2 compagnies n’entrent pas en ligne de compte dans les situations du régiment.
Un décret supprime l’usage du plumet pour toutes les troupes indistinctement, et les remplace par des houppettes pour l’infanterie. Dans les faits, la Garde passe outre.
Source « dictionnaire de la grande armée » A. Pigeard, Tallandier, 2002,p .466
8 janvier 1811 Vitoria (Espagne) - Lettre du capitaine Deblais commandant la 2é compagnie du 1er bataillon du régiment des fusiliers grenadiers. Toujours très urbain, on imagine notre capitaine portant des bottes bien cirées, une culotte de Nankin, un habit aux épaulettes éclatantes et un magnifique shako aux plumes rouges et luisantes !
Récit d’un combat contre les partisans espagnols, renseignement sur leur chef Longa, et description des soirées à Vitoria,
« A Monsieur D… pour Mademoiselle Sophie,
Mademoiselle ;
Votre lettre est si intéressante que je vous dois une réponse prompte, telle que vous la demandez ; je pense que vous n’aviez pas encore reçu ma dernière, datée de cette ville, puisque vous n’en dites rien . Je vous avais donné quelques détails d’une course que je fis alors dans les montagnes contre les brigands, je suis resté depuis, fort tranquille . Il est parti plusieurs détachements de la garnison pour les même expéditions et qui n’ont pas eu des résultats plus heureux que le nôtre .
Avant hier, il est rentré 500 hommes de nos deux régiments qui étaient en course depuis quinze jours ; après avoir fait une tournée de 70 lieues continuellement dans les montagnes et des pays affreux, ils ont rencontrés 2 bandes de ces brigands, l’une à cheval et l’autre à pied , fortes chacune de 200 hommes, à quelques lieues de distance . On leur tua quelques hommes, et comme ils n’aiment pas se battre avec des troupes en force pour leur résister ou leur détruire des hommes ; ils se retirèrent dans les montagnes .
Ils restent ordinairement dans ces pays à 8 ou 12 lieues de la grande route, ou il est fort difficile d’aller les trouver . Ils vivent aux dépends des habitants auxquels ils font des contributions de vivre et d’argent, et vont de temps en temps attaquer les convois sur la route .
Un des principaux chefs de ces contrées, qui a, dit-on, prés de 500 hommes de cavalerie, se nomme Longa ; il était maréchal-ferrant, il y a 2 ans, dans un village prés d’ici, on le dénonça dans son endroit pour avoir enfoui dans sa maison beaucoup de baïonnettes qu’on trouva chez lui, mais qu’il avait acheté d’un caporal français qui les conduisait en France (elles avaient été ramassées sur un champ de bataille prés de Burgos), son intention était de les utiliser dans sa forge, mais on crut que s’était pour armer les paysans ; il n’osa plus rentrer chez lui, on le poursuivit, il devint voleur pour vivre et par animosité contre ses persécuteurs, brigand : sa valeur, ses hauts faits l’ont élevé au commandement d(une troupe assez bien organisée ; on dit que, quoique brigand, il fait la guerre assez loyalement.
Nous avons aux environs d’ici 5 à 6 bandes qui n’approche pas de 2 lieues, et se tiennent toujours à 8 à 12 lieues ; ils envoient des hommes qui viennent piller les gens qui retournent du marché à une demi lieue de le ville . Les véritables Espagnoles, qui nous détestent bien, aiment ces brigands et voient avec satisfaction le mal qu’ils font, parce qu’ils disent qu’ils sont armés pour la défense de leur patrie : ils sont pourtant bien aises d’avoir des garnisons françaises pour leur tranquillité .
Je pense que plus de 200 000 hommes de notre armée sont dispersés se tous côtés sur les routes pour maintenir les communications . Si ce brigandage, qui augmente tous les jours, cessait, la guerre serait bientôt terminée . Je m’attends à faire bientôt une nouvelle course avec ma compagnie : on dit que notre général, les voyant infructueuses, en enverra moins souvent, car c’est la ruine des souliers et des hommes .
On ne s’aperçoit pas en ville qu’on est en guerre, le commerce se fait toujours, les ouvriers travaillent, les marches sont abondamment approvisionnées de toutes espèces de vivres avec de l’argent, ce précieux mobile, on ne manque de rien .
Il y a une très belle place carrée dans le genre du palais royal, mais bien en petit, c’est un seul bâtiment en pierre de taille avec de belles arcades, qui servent pour le marché et la promenade.
C’est là que les jolies espagnoles vont presque tous les jours à midi montrer leur tournures élégantes, et quêter les regards des promeneurs et des oisifs comme moi, elles sont toujours habillées en noir avec la mantille ou le voile qui leur laisse la figure à découvert : ce costume leur va très bien et sied à leur petite taille .
Je hante la bonne société, je me suis fait présenter dans plusieurs maisons aux « Tertulia » ou réunions du soir . Ces sociétés me plaisent beaucoup par la liberté dont on y jouit : point de ces grimaces françaises, de ces politesses affectées, de ces manières d’usages et de bon ton . Ici c’est la franchise : après avoir dit bonsoir à la maîtresse de maison, on est à son aise comme chez soi ; plus de cérémonial : on joue aux petits jeux, on s’amuse, on conte aux demoiselles, et tout cela se passe très honnêtement ; en rachetant un gage on ne peut embrasser une demoiselle, ce n’est pas d’usage dans ce pays, cela ne se fait jamais en public, il n’y a qu’en particulier que les dames peuvent accorder cette petite faveur qui, alors, est le présage certain d’une plus grande .
Le général Caffarelli nous régale toujours de bals, fêtes et dimanches, je suis là en connaissance car toutes les dames sont des sociétés ou je vais . ces réunions sont fort belles, les femmes alors sont en costume français et elles font leurs efforts pour y paraître brillantes et bien mises . Le local est fort joli : le bal dure ordinairement jusqu’à une heure. Avant-hier il était fort nombreux : français, espagnols, tous dansent ensemble, il n’y vient que la haute société.
On a formé une garde civique pour faire le service dans les corps de garde avec nos militaires. Les officiers sont tous en uniforme, ils viennent tous assister à la messe militaire les dimanche en costume .
Je suis depuis 15 jours dans un nouveau logement, c’est le 3éme que je fais, je n’ais pas de cheminée, mais je me trouve fort bien et agréablement . Mon hôte, gros paysan, est marchand de toile, d’étoffes, etc … et muletier : ce sont de bonnes et braves gens, ils sont aux petits soins pour moi, je ne leur donne pas grand embarras ; ils ont l’opinion très espagnole, je ne les contrarie pas ; si je dispute c’est avec la demoiselle qui est boiteuse, assez jolie et bonne pour soutenir sa nation, ce sont des gens très aisés et riches : ils vivent très mal : j’ai du plaisir à les voir manger, ils ressemblent à des ….. autour d’une petite table .
Ils sont ordinairement 6 ; d’abord c’est dans une cuisine très noire, auprès du feu : la nappe est très sale, il n’y a que 2 assiettes, ils mangent 3 sur chaque et même morceau de pain pour 3, on mord chacun à son tour . Le vin est dans un pot sale, un verre pour tous, on rote, etc…, sans qu’on y fasse attention . J’assiste assez souvent à leur repas sans y participer, je cause avec eux, je les fais rire, ils m’aiment beaucoup .
Malgré les usages du pays, je vous embrasse, ainsi que votre papa et votre maman, et suis votre sincère ami .
De Blais,
Capitaine au régiment des fusiliers grenadiers de la Garde Impériale, armée d’Espagne .
Monsieur Gondot, qui habitait autrefois à Joigny et la maison de ce nom, est ici employé à l’armée comme inspecteur aux revues : je le vois souvent . Ma santé est fort bonne.
Mous n’avons pas souvent des nouvelles de notre armée qui est en avant, le courrier de Madrid ne vient que tous les 12 à 15 jours, nous recevons de France tous les 3 à 4 jours . Souvent nos lettres restent 7 à 8 jours dans la boîte avant de partir . »
29 janvier 1811 Paris (France) Il est décidé que sur la nouvelle conscription de 1811, 463 jeunes gens sachant lire et écrire, et nés entre 1788 et 1790, rejoindront les régiments de fusiliers grenadiers et fusiliers chasseurs. Ils seront fournis par ces département formés sur les pays conquis :
Départements français de la Hollande :
- Bouches de l’Escaut : 10
- Bouches de l’Issel : 117
- Bouches de la Meuse : 40
- Bouches du Rhin : 30
- Breda : 10
- Ems occidental : 20
- Ems oriental : 17
- Ems : 20
- Issel inférieure: 20
- Zuiderzee : 66
Départements français d’Italie :
- Arno (Toscane) :50
- Méditerranée (Toscane) : 30
- Ombrone (Toscane) : 20
- Rome (Rome) : 20
- Trasimène (Rome) : 10
Soit 130 italiens et 333 hollandais qui arriveront dans quelques mois à la brigade des
fusiliers . On ne remarquera pas de noms hollandais ou italiens dans les officiers sortis du rang dans les années à suivre.
3 février 1811 Vitoria (Espagne) - Lettre du capitaine Deblais commandant la 2é compagnie du 1er bataillon du régiment des fusiliers grenadiers : récriminations contre les partisans et les espagnols, départ en patrouille vers Pampelune ,
« Mademoiselle,
C’est au moment d’un départ pour une course de 8 à 10 jours que je vous écris : j’en reçoit l’ordre à l’instant. Je voulais faire une réponse plus longue et plus détaillée à votre aimable lettre que j’ai reçue avant hier.
Depuis ma dernière, j’ai été en course à Pampelune, j’y suis resté 2 jours : c’est une jolie ville et très forte . Il y a 25 lieues d’ici. Nous étions 2 compagnies : en route nous avons rencontré quelques brigands que nous avons mis en fuite. De 4000 hommes que nous sommes ici, il est rare qu’il y en ait le tiers : on nous envoie de tout côtés à la rencontre de ces bandes, qui , connaissant le pays et bien instruites de nos mouvements, nous évitent et se cachent dans les montagnes dont le pays est hérissé. Quand on reste au retour d’une expédition 12 jours de repos, on est heureux. On trouve à vivre dans ces pays : on fait chez le maire du village ou de la ville dans laquelle on loge une réquisition de pain, viande et vin. Les habitants s’y prêtent volontiers, puisque cela leur est diminué sur leur contributions. Nos courses sont presque toujours infructueuses ; on en détruit cependant quelques uns : il y a 8 jours, on en prit et tua une bande de 12 qui faisait beaucoup de mal, les habitants du village ont aidé aux français ; ils se disent volontaires.
Le chef Mina (1) aux environs de Pampelune, a 2500 hommes sous ses ordres : ici on est fort tranquille, les détachements continuels qu’on envoie de tous cotés les éloignent de cette cité qui est très vivante.
Les « Tertulia » ou soirées sont toujours gaies et nombreuses : on s’y amuse assez bien. Les dames espagnoles n’ont pas toutes de la haine contre nous, l’amour et les plaisirs la chasse. Monsieur le général donne régulièrement ses bals qui sont très amusants : hier pour l’arrivée de monsieur le Maréchal Bessiéres, il y eut un bal très nombreux et brillant ; il en a été très satisfait. Ce Maréchal attaché à la garde impériale vient prendre le commandement de tout le pays jusqu’à Valladolid, dont il sera comme souverain . Il va demeurer à Burgos . Nous craignons que par la suite il nous y appelle, car Vitoria est une des plus agréable ville de l’Espagne .
Nous partons 500 hommes et nous nous dirigeons sur Pampelune : on croit que se ne sera que pour accompagner un intendant ; à mon retour je vous écrirai .
Ma santé est excellente : je parle l’espagnol avec facilité, ce qui m’est fort utile . Je sers d’interprète à mes colonels dans mes petites campagnes : les habitants m’accueillent mieux que tous les autres .
Monsieur le Maréchal part à l’instant : toute la troupe est sous les armes .
Mes amitiés à nos amis . »
(1) Le partisan Espoz y Mina (1784 1835), surnommé El Rey de Navarra .
10 février 1811 (France) - création du 3é et 4é régiments de tirailleurs grenadiers (voir 29 03 1809) .
27 février 1811 Echarri – Aranaz (Espagne) - Lettre du capitaine Deblais commandant la 2é compagnie du 1er bataillon du régiment des fusiliers grenadiers :
Le capitaine Deblais écrit du village d’Echarri, situé entre Pampelune (Pamplona) et le bourg de Puente la Reina, en Navarre, en suivant la rivière de l’Arga :
« Mademoiselle,
Je vous ai écrit la dernière fois un peu à la dépêche, je vais encore en faire autant, c’est pourtant mal répondre aux choses agréables que vous me dites : je vais donc remettre à un autre courrier tout ce que j’ai à vous exprimer pour les attentions et les soins que vous prenez de mes affaires, ainsi que pour l’intérêt de ma personne .
Je ne saurai comment reconnaître vos complaisances, et de quelle manière je pourrais acquitter tous les procédés généreux de votre aimable et douce famille .
Je me rappelle que je partais une seconde fois pour Pampelune : j’ai fait ce voyage en 6 jours, sans repos, et à fortes journées ; j’ai revu avec plaisir mes hôtes de Salvatiera et de Pampelune qui m’ont reçu une seconde fois ; à mon retour à Vitoria on ne m’a laissé que 2 jours de repos ; il a fallu partir pour escorter un convoi considérable de 140 voitures chargées d’argent et d’effets militaires : nous étions 1500 hommes pour le garder .
J’ai été jusqu’à une journée de Burgos, et ce voyage très désagréable m’a procuré la satisfaction de voir mon intime ami Monsieur Fougère, qui était à Miranda es station avec sa compagnie depuis 2 mois : il m’a donné l’hospitalité « complète » et m’a fait passer 2 soirées agréables avec les demoiselles de son logement qui sont fort gentilles . J’ai été voir mes hôtes à quelques lieues de là, dans un village ou j’avais logés pendant 6 semaines il y a 2 ans . Les 3 demoiselles m’ont embrassé en me donnant toutes sortes de marques de satisfaction pour le plaisir qu’elles avaient de me revoir .
De retour à Vitoria et prés quelques jours de repos, nous sommes partis les 2/3 du régiment avec le colonel pour venir occuper la vallée de la Burunda entre Vitoria et Pampelune, que j’avais déjà parcourue 2 fois . Nous sommes établis depuis 9 jours au milieu de la vallée qui est assez fertile, dans un bourg : nous avons 13 villages aux environs dans notre arrondissement. Notre troupe est logée dans 3 ou 4 grandes maisons, et les officiers chez les habitants .
Monsieur le colonel m’a chargé du commandement de la place parce que je parle passablement l’espagnol : depuis 9 jours je suis jour et nuit tourmenté, c’est moi qui dois veiller à tout, tant pour le service que pour l’administration et la police . J’ai déjà convoqué 2 fois tous les alcades ou maires de tous nos villages pour aviser au moyen d’avoir des vivres . Je les ai harangués pour leur conduite à tenir avec nous, je leur ai dit que nous venions les débarrasser des brigands qui infectaient leur pays, qu’ils devaient nous prévenir sur le champ quand il en viendrait dans leurs villages .
J’ai fait la répartition de ce qu’ils devaient fournir en pain, vin, viandes, légumes, sel, huile à lampe, chandelles, fourrages, poules et lard pour les officiers . Nous les ruinons plus que les brigands : on paie toutes ces dépenses en bons .
J’ai toute la journée la tête cassée, tantôt pour mettre l’ordre, pour rendre justice, pour prendre des informations sur les mouvements de l’ennemi, pour l’espionnage, et pour faire donner tout ce qui est nécessaire à la troupe .
Je suis fort bien avec mon colonel, je suis ici : « Monsieur le commandant de la place », et j’ai sentinelle à ma porte. Le bourg que nous habitons est très vilain, environné de 2 chaînes de montagnes en rocs très élevés : il pleut presque toujours, il vient de pleuvoir 8 jours de suite, aujourd’hui le temps se remet. Nous n’avons aucune société agréable des habitants ; je vais cependant visiter quelques demoiselles pour passer le temps, elles ne sont pas cruelles : j’en ai une de 15 ans à la maison qui prend assez de goût aux leçons que je lui donne ; l’histoire et les lettres d’Abélard et d’Héloïse, que j’ai en espagnol, lui on fait plaisir . J’ai un peu éclairé son innocence sur le principal motif de cette histoire qu’elle ignorait . Nous avons tant d’instant de peines et de fatigues, que quand nous reposons quelques jours, je cherche à me distraire dans le commerce et la société de votre aimable sexe qui, dans tous les pays, aime à recevoir nos visites et nos soins .
Les brigands étaient presque toujours dans cette endroit : plusieurs compagnies françaises sont à la poursuite de Mina, qui a 2500 hommes bien organisés en 4 bataillons et très aguerris . Leur tactique est toujours d’échapper aux français, de nous fatiguer et de nous occuper beaucoup de monde . Quand on en attrape, on les fusille sur le champ, et eux, moins cruels, font des prisonniers . Quand ils se trouvent 3 à 4 fois plus forts, ils attaquent à coup sûr .
Dans toute l’Espagne conquise par nous, chaque province a ses bandes de brigands (1) : ils font des réquisitions comme nous pour vivre et s’habiller : ce ne sont pas des troupes à mépriser . Ils portent le nom des volontaires ; il y en a un bataillon à 4 ou 5 lieues d’ici : si nous allions les attaquer, ils s’en iraient d’avance . C’est ce qui fait qu’ils sont si difficiles à détruire .
On dit que nous devons retourner bientôt à Vitoria : c’est la 1ére fois qu’il part des lettres d’ici nous en sommes à 15 lieues . Nous ne pouvons communiquer qu’avec de forts détachements .
Nous avons fêté hier le mardi gras par un dîner chez notre colonel . »
Avril 1811 Santo - Domingo (Espagne) - Lettre du capitaine Deblais commandant la 2é compagnie du 1er bataillon du régiment des fusiliers grenadiers : description de l’occupation de Santo Domingo avec les gendarmes à cheval, récit d’une bataille contre Longa.
Le capitaine Deblais est à Santo Domingo de la Calzada, bourg situé sur un ruisseau, à mi chemin de Burgos et de Logroño, dans le sud de la Navarre .
« Mademoiselle,
Je suis un peu en retard avec la bonne intention d’être exact : j’éprouve tant de plaisir à lire vos lettres, elles sont si aimables, qu’en vérité je serais tenté de vous écrire tous les jours pour avoir de vos réponses . Je trouve dans cette correspondance une satisfaction bien douce : le bon papa D… ne pouvait pas choisir un secrétaire plus habile, plus éloquent . Ma dernière vous disait que j’étais dans les montagnes de la Navarre, et commandant de la place d’Echarri : je n’ai pas eu l’avantage d’occuper cet emploi beaucoup de temps : je payais assez cher l’honneur d’être « Monsieur le commandant ». La tête cassée du matin au soir, tourmenter les pauvres paysans pour faire venir les vivres et les fourrages pour 1000 hommes et 100 chevaux, continuellement aux aguets sur la marche et les mouvements des brigands, surveiller jour et nuit les gardes, tenir correspondance : espagnole avec les alcades et française avec les commandants des places voisines ; avouez que je devais avoir passablement de besogne, et une des plus embarrassantes était de rendre justice aux plaignants et de faire l’exécution de l’arrêt sans appel . J’avais aussi la consolation de recevoir des remerciements sur mon équité de la part des habitants et de voir que mon colonel était content .
Mon gouvernement ne dura que 20 jours ; nous revîmes à Vitoria pensant y rester, mais nous reçûmes en arrivant l’ordre d’en partir le lendemain pour aller occuper Logrono, Aro et Santo -Domingo .
Je suis dans ce dernier endroit ; c’est une petite ville entourée de murs, dans un charmant pays de plaine, nous avons les montagnes à 3, 6 et 8 lieues aux environs. Nous y sommes 2 compagnies qui font prés de 400 hommes, 160 gendarmes à cheval . Nous maintenons cette fertile contrée sous notre domination et faisons la chasse aux brigands qui osent en approcher. Il n’y a qu’un mois qu’on y laisse des troupes ; avant, l’ennemi et le français y venaient alternativement . Nous avons remplacé dans ces parages un régiment de la Garde qui y était depuis 7 mois, ce qui nous fait espérer d’y rester quelque temps tranquilles .
Notre état major est à Aro, jolie ville sur les bords de l’Ebre, à 3 lieues d’ici, et l’autre bataillon à Logrono, 8 lieues d’ici : ces 2 villes sont dans un sol très vignoble, le vin y est très bon .
Santo –Domingo est à 12 lieues de Vitoria : nous ne pouvons y communiquer qu’avec un détachement de 50 hommes . Notre facteur part d’Aro, tous les 15 jours, chercher nos lettres et en porter : c’est une privation d’être obligé d’attendre autant de temps pour avoir des nouvelles et en donner . Cette petite ville est assez triste, je m’y ennuie passablement, j’ai le désagrément d’avoir un logement que j’appelle une caserne, c’est chez un chanoine qui dans ce moment est absent ; je ne l’ai pas encore vu, il n’y a en sa grande maison qu’une vilaine servante très méchante .
Messieurs les officiers de gendarmes ont les meilleurs maisons, au nombre de 3, celle d’un comte et 2 de marquis : je vais les soirs à leur « Tertulia » jouer avec les dames et les demoiselles à la toupie ; c’est un triple jeu de petites quilles, placées sur une table longue, bien unie, avec des bords de 4 pouces autour, divisé en 4 cases par des petites traverses ou il y a 5 portes, juste pour laisser passer la toupie . Dans la 1ére case ou elle se lance, les quilles qu’elle abat ne comptent qu’un point chaque ; dans la 2éme 2 ; dans la 3éme 3, dans la 4éme il n’y a qu’une quille qui compte 100 points . Quand on abat les 9 quilles d’une case, cela compte double. Ce jeu est assez amusant . On se met moitié des joueurs contre l’autre moitié : on égalise la partie suivante la force des joueurs : j’ai déjà la réputation d’un fort champion .
C’est à coté de chez moi que se tient la réunion, mais à 9 heures tout le monde décampe : un domestique annonce cette heure en ouvrant les 2 battants du salon et prononçant d’une voix forte « las nueve ». Il vient à la société 3 à 4 chanoines très aimables, 2 demoiselles, une dame et plusieurs cavaliers . On joue aussi à d’autres jeux .
Il m’a pris la fantaisie d’apprendre à monter à cheval : depuis que je suis officier, j’ai souvent eu des chevaux, et il y a 4 ans que j’en ai toujours eu un . Je me plaignais de ma maladresse lorsque je faisais une chute, je craignais de monter un cheval fougueux, je n’avais pas pensé à prendre quelques leçons d’équitation qui sont très utiles pour les personnes qui montent à cheval . Cela apprend à le gouverner, à le dompter, à s’en rendre maître, on prend plus d’aplomb, plus d’aisance, plus de grâce, on devient écuyer ; je reçois depuis 12 jours des leçons d’un brigadier de gendarmes qui connaît bien cette partie . Tous les jours je change de cheval . Je commence à m’apercevoir que j’ai beaucoup acquis de fermeté et de hardiesse . Je passe les journées à traduire l’espagnol et me fortifier dans cette langue que je parle facilement : 2 heures à l’exercice, à la promenade et avec mes camarades ; il me faudrait des hôtes aimables avec qui je pourrais causer, et je me trouverais très content .
Nous sommes parfaitement en paix, les habitants ne se montre que loin de nous, il en passe dans les villages quelques petits pelotons de 6 à 20, mais ils n’approchent pas : tous les alcades des villages doivent prévenir notre commandant aussitôt qu’il en paraît, et, s’il le juge à propos, il envoie de la cavalerie ; mais on ne les trouve pas .
Avant hier matin, notre colonel reçut l’avis que 200 hommes, dont moitié de la cavalerie de la bande de Longa, fameux chef, étaient à Belorado, petite ville située à 4 lieurs d’ici . Je fus chargé d’aller les attaquer avec 100 fusiliers de ma compagnie, choisis, et 60 gendarmes à cheval ; je fus flatté d’avoir le commandement de cette petite expédition ; je me mis en marche à 9 heures du matin pat un très beau temps ; je rencontre à 1 lieue, dans un village avant d’arriver, leur avant poste composé de 20 hommes à cheval, je les fait attaquer par mon avant garde et poursuivre jusqu’à un quart de lieue de la ville .
Ma colonne suivait, et moi j’étais avec les éclaireurs, des premiers ; je rejoignis encore 20 autres brigands à cheval, la fusillade s’engageait avec mon avant garde que je suivais pour voir les mouvements de l’ennemi : enfin j’arrive à portée de la ville qui était dans un fond, je m’aperçois du peu de résistance que j’éprouve, j’ordonne à la moitié de ma cavalerie de faire une charge, mais les brigands s’échappent sans ordre dans les montagnes, de droite et gauche . On leur tua un homme, blessa plusieurs et prit un officier et un cavalier : je les poursuivis jusqu’à une lieue au delà ; j’avais des instructions pour coucher à la ville, j’y revins victorieux avec mes 2 prisonniers que j’amenais le lendemain ici .
J’ai acheté le cheval de l’officier brigand, du gendarme qui l’avais pris, 5 louis : on m’en offre 15, mais je le garde pour en avoir 2 .
J’appris dans la ville de Belorado que le chef Longa, aux 1ers coups qu’il entendit, décampa avec la plus grande partie de sa troupe, toute sa cavalerie, et laissa 50 hommes pour soutenir sa retraite . Si je l’eusse prévu, j’aurais envoyé toute ma cavalerie qui en eut pris l’avantage . Que fera t-on de mes 2 prisonniers ? On me dit que je devais les faire fusiller : c’est un acte trop inhumain et trop barbare : je les ai traités avec douceur et ne m’en repens pas .
Mon chanoine vient de rentrer, il sort de me faire sa visite, il paraît être assez brave homme . Demain nous ferons connaissance .
Faites moi le plaisir de dire à Monsieur de la Perière, à qui je présente mes civilités, que je ne suis nullement décidé à vendre ma maison, que nulle raison ne m’y oblige, que je n’ai pas besoin d’argent . Je suis militaire depuis 20 ans, j’espère avoir mérité dans quelques années une retraite honorable et justement acquise par les bons services que j’aurai rendu à ma patrie, à mon souverain . C’est alors que je me trouverais bien aise d’avoir un asile, un petit réduit qui m’appartienne . On aime à passer des jours paisibles dans son pays natal et y retrouver des amis de l’enfance, c’est une consolation pour un vieux militaire … »
printemps 1811 (date ?) Napoléon cite pour la 1ére fois « la moyenne garde » à laquelle est rattaché le régiment de fusilier grenadier, jusqu’ici nommé « jeune garde »
De nombreux hommes quittent le régiment pour être affectés dans les unités de jeune garde.
6 mai 1811 Logrono (Espagne) – Le chirurgien Lagneau est passé dans cette ville en 1809 : « Cette ville est assez sale, on y jette les ordures par les fenêtres, comme autrefois à Marseille. Les rues sont étroites et tortueuses ».
Lettre du capitaine Deblais commandant la 2é compagnie du 1er bataillon du régiment des fusiliers grenadiers :description du quotidien à Logrono, récit d’une légende espagnole .
Le capitaine Deblais écrit de Logroño, petite ville de la vieille Castille, située sur l’Ebre (Ebro) :
« J’attendais de vos nouvelles par notre dernière correspondance, mais j’ai été frustré de cet espoir agréable, il me semble que vous devez aussi trouver le temps un peu long . Je sens qu’il y en a beaucoup d’écoulé depuis que j’ai eu le plaisir de m’entretenir avec vous.
Vous attribuerez ce retard à la difficulté que nous avons de communiquer avec Vitoria ; notre facteur n’y va porter et chercher nos lettres que tous les 15 jours, encore pas exactement .
Depuis 8 jours j’ai quitté Santo Domingo : pour venir dans cette ville nous avons laissé cet endroit, toute la garnison est venue augmenter celle ci, nous sommes ici les 2/3 du régiment et 300 dragons de la garde . Je commençais déjà à m’habituer à Santo Domingo, je l’ai beaucoup regretté à mon départ ; c’était un endroit bien triste, mais j’y avais fait d’agréables connaissances . Nous ne perdons pas au change, Logrono est une fort jolie ville de 7000 âmes de population, dans un site charmant et un pays délicieux, sur les rives de l’Ebre, les maisons sont d’une agréable construction et les rues larges, la campagne couverte d’arbres d’oliviers qui sont très gros, et de vignes, et partout bien cultivée : elle offre dans cette saison un coup d’œil, des coteaux bornés par des montagnes très élevées ferment l’horizon .
Tous les habitants se livrent aux travaux de la campagne et de la cité, comme dans les contrées les plus tranquilles . Effectivement on jouit dans la ville et dans les environs d’une espèce de paix qui serait bien désirable dans tout ce malheureux royaume . Les garnisons françaises qui, depuis 2 ans, sont constamment restées ici ont inspiré de la confiance aux habitants : on l’a fortifiée de manière à pouvoir s’y défendre longtemps, la troupe est logée dans des couvents qui se trouvent aux portes et ressemblent à des petites forteresses . On est ici dans la plus grande sécurité : on est éloigné de 15 lieues de la grande route, de manière qu’on vit dans l’ignorance de tout ce qui se passe en Espagne et en France : aussi nous comparons-nous à une colonie .
Les habitants sont gais, ils aiment le plaisir et les promenades, les femmes coquettes cherchent à plaire, même à leurs ennemis ; tous les officiers sont bien logés, ils reçoivent de leurs hôtes beaucoup d’honnêteté . Je suis cher une veuve qui à 2 aimables demoiselles et un fils de mon âge, prêtre . Je suis déjà dans la maison comme enfant et frère, on est aux petits soins pour moi : je suis toute la journée avec la famille la plus honnête, la plus aimable qui puisse se rencontrer, je les compare à vous pour la bonne union qui existe parmi eux : je n’ai à me plaindre que d’une chose, c’est que la bonne maman ne laisse jamais ses demoiselles seules et que sa présence nous gêne parfois . Le soir il y vient quelques voisines, et on fait « tertulia » en jouant aux cartes .
Je désirerais rester tout le temps que je dois être en Espagne dans cette maison, je n’aurai pas ce bonheur . On croit que nous pourrons retourner à Santo Domingo, on dit aussi que nous irons du coté de Vitoria, quoi qu’il en soit nous habitons un des meilleurs pays de l’Espagne . Les vivres ne manquent pas et on nous paie exactement avec de l’argent des impositions : nous ne désirons pas d’aller pus an avant . Les brigands ne paraissent pas à 3 ou 4 lieues aux environs, nous n’en entendons pas parler, nous sommes trop fort ici pour qu’ils se hasardent de nous approcher …
Que se passe t’il de nouveau à Joigny ?
Le nom de notre cité me rappelle une petite histoire que je devais vous raconter il y a 3 mois, étant dans la province de Navarre ou elle est arrivée .
Prés d’Echarri ou j’étais commandant de place, il y a une petite vallée dont le principal village se nomme Joigny (l’ « n » es espagnol avec un trait dessus remplace le gn ) : le seigneur qui portait ce nom était allé à la guerre et avait laissé sa jeune et jolie épouse dans son château avec son père et sa mère . Après quelques mois d’absence et d’éloignement, il fit dans la nuit un rêve terrible pour un mari : il lui semblait voir son épouse partager son lit avec un amant adoré .
A son réveil, frappé de cette idée, il sollicite la permission d’aller voir sa famille pour affaires pressantes, il l’obtient, arrive nuitamment chez lui, s’introduit secrètement dans la chambre à coucher de son épouse, se glisse sans bruit jusqu’au lit, tâte, rencontre 2 corps de 2 sexes : alors n’écoutant que sa fureur, il les poignardes impitoyablement .
Après avoir assouvi sa jalouse rage, il part et va rejoindre l’armée . Quelques jours après, il reçoit une lettre de son épouse qui lui apprend la mort de son père et de sa mère ; cette femme vertueuse leur avait cédé son appartement parce qu’il était plus commode et plus chaud, ce qui a causé l’erreur du mari, qui , aussitôt qu’il apprit cette nouvelle, quitta le service, prit l’habit d’ermite ou de pénitent et courut les montagnes pendant 9 ans, traînant une forte chaîne : il fit bâtir un superbe couvent à la place de son château et à Pampelune il établit une maison pour les enfants trouvés qui, tous, pour nom de famille prennent celui de « Joiny ». Cet établissement existe encore . »
18 mai 1811 Création des 5é et 6é régiment de tirailleurs grenadiers (voir 29 03 1809)
15 juin 1811 Un marché est passé par le régiment des fusiliers grenadiers
pour 4160 mètres de drap gris de fer pour des capotes à « boutons massifs. »
Ont ils fait la campagne de 1812 avec ces capotes ? En tout cas, à la sortie du pont de la Berezina, en Russie, le sergent Bourgogne à l’ordre de ramener les retardataires dans la colonne du régiment, et il les repère à la couleur de leur capotes .
24 juin 1811 Le chef de bataillon Jean François Hennequin est nommé colonel major commandant le 5é régiment de tirailleurs grenadiers de la jeune Garde Impériale .Il quitte donc les fusiliers grenadiers, avec qui il a fait toutes les campagnes (Prusse, Espagne, Autriche). Il était présent depuis 1807 .
30 juin 1811 Mont Réal (Espagne) - Lettre du capitaine Deblais commandant la 2é compagnie du 1er bataillon du régiment des fusiliers grenadiers : récit d’une bataille contre les partisans espagnols du général Longa, et de la poursuite de ces derniers .
« Monsieur et ami,
Je vous adresse celle ci, dans la persuasion ou je suis que mademoiselle Sophie n’est plus auprès de vous et qu’elle est actuellement à Paris comme elle me l’a annoncé par sa dernière lettre . Dés le lendemain de sa réception, je suis parti de Vitoria ou j’étais arrivé la veille, pour entrer en campagne contre la bande de Mina qui est forte de 4000 hommes, tous portant le nom de « volontaires de Navarre », organisés en bataillon, bien armés et équipés . Cette troupe à pris, il y a 6 semaines, à 2 lieues de Vitoria, un convoi très riche composé de plus de 100 voitures ; 500 hommes de la garde qui l’escortaient ont été forcés de l’abandonner en perdant 80 hommes tués ou blessés : 1000 prisonniers espagnols que l’on conduisait en France ont été délivrés par eux, ils étaient avec le convoi .
Cette désagréable affaire a engagé les généraux commandants de ces provinces à réunir toutes les troupes disponibles et à les faire agir contre cet ennemi .
Le 1er coup qu’on leur porta fut assez adroit : ce fut à 3 lieues de Pampelune ; nous étions alors aux environs . On fit sortir de cette ville un faux convoi, des voitures chargées de caisses vides et autres choses de rien .Mina instruit du départ du convoi se porta avantageusement pour l’attaquer à l’improviste et tomba dans le piége ; un régiment de hussards placé à la queue du convoi, aussitôt que les brigands se jetèrent dessus pour le piller, fondit sur eux, en tua plus de 100 et en prit autant . Les autres se sauvèrent en désordre et évitèrent les points ou nous étions placés pour les recevoir . Cette affaire à eu lieu il y a 3 semaines : depuis, nous sommes continuellement en course à les poursuivre . Quelques jours après, nous rencontrâmes toute cette petite armée, notre avant garde les attaqua avec impétuosité, ils se retirèrent sur des hauteurs inaccessibles ou était déjà une partie de leur monde . Nous restâmes en présence une partie de la journée, ils paraissaient nous provoquer par leur cris, mais leur position était si avantageuse que nous eussions perdu une partie de notre monde avant d’arriver au haut et nous n’étions pas alors moitié d’eux .
Nous sommes 8 à 10 000 hommes en campagne à leur poursuite, divisés en 4 à 5 colonnes, toujours à leur piste ; mais croiriez vous que sans sortir de cette province, ils savent si bien s’esquiver que nous ne pouvons les atteindre . Tous les habitants les servent avec zèle : sommes nous dans un endroit, on les instruit de suite, alors ils vont d’un autre côté . Ils fatiguent bien plus que nous, car il y a toujours une de nos colonnes en marche, on ne leur donne aucun repos . Ils commencent très fort à se décourager, les souliers leur manquent, ils déchaussent tous les paysans qu’ils rencontrent, ils n’ont point de repos, et si nous restons encore quelque temps, nous viendrons à bout de les détruire par le dégoût du métier : nous espérons aussi les rencontrer avantageusement .
Les habitants paient les frais de cette guerre, il faut des vivres, on les maltraite. C’est un pays de ressource et très abondant en vin, il n’y a pas de village qui n’ait fourni quelques uns de ces bandits, les plus mauvais sujets de ce pays .
Voici un mois que nous sommes partis de Vitoria et que nous courrons les montagnes de Navarre : ce n’est pas désagréable . Nous avons l’avantage de ne pas bivouaquer, nous logeons toujours dans les bourgs ou villages : nous vivons ici assez bien .
Le village de Mina est à une demi lieue d’ici, il y était laboureur : son neveu étudiant, avait levé une bande, l’oncle le suivait ; le neveu fut fait prisonnier il y a 15 mois et l’oncle prit le commandement . Il est très aimé et très respecté par les habitants et reconnu général par la junte espagnole : il est humain envers les prisonniers . Il a conservé du convoi qu’il a prit un enfant de 11 ans, fils d’un colonel français, qui a été tué alors ainsi que sa mère ; il en a le plus grand soin, le fait loger avec lui et en fait sa société favorite . On dit que cet enfant est d’une figure intéressante et qu’il sait 3 à 4 langues ; il a aussi une prisonnière française, fort bien mise et jolie, dont il s’est emparé ce même jour et qui suit sa fortune .
Nous voudrions l’obliger à quitter la Navarre, mais il s’en gardera bien, tous ses soldats l’abandonneraient, il ne connaîtrait plus le pays, n’aurait plus ses agents . »
-note sur le général Mina : (1789 – 1817) : il fut fait prisonnier au combat de Labiano le 29 mars 1810 par les gendarmes Michel et Gallien (5é escadron) . Xavier Mina fut envoyé à Bayonne et à Tours, puis il resta enfermé au donjon du château de Vincennes jusqu’en 1814. Libéré, il termina sa vie au Mexique .
-Le 1er juillet 1811, le capitaine Deblais est muté au 2é régiment de grenadiers de la vielle garde en qualité de capitaine .
-Source des lettres du capitaine Deblais : « la garde impériale de 1810 à 1814 », extraits du carnet de la Sabretache, et édité par la « Librairie Historique F. Teissedre », 14 rue Séguier, 75006 Paris . Les amateurs intéressés par les lettres du capitaine (puis colonel) Deblais y trouveront une suite passionnante, jusqu'à la dernière de janvier 1814 . L’éditeur est aussi fortement recommandé, par la qualités de ses publications, et remercié pour la permission de faire paraître les lettres du capitaine Deblais ici. Les lettres publiées proviennent des archives de famille de Monsieur Pathier, qui me pardonnera d’avoir remis son ancêtre dans le contexte de son régiment .
Juillet 1811 Valladolid (Espagne) - Le régiment des fusiliers grenadiers est en cantonnement à Valladolid, comme à Vitoria, les fusiliers logent certainement dans des couvents, avec de la paille sur le sol des chambrées (cf. lettre de Deblais). La ville étant placée sur la route San Sébastian Lisbonne, elle compte de nombreuses unités de l’armée française.
« Valladolid, ancienne, grande et l’une des plus importantes villes d’Espagne dans la vieille Castille . On y compte environ 11 000 maisons dont la plupart sont très belles ; 70 couvents… » (Vosgien, 1806).
Le régiment voit fondre ses effectifs : pour la formation du 1er régiment de tirailleurs grenadiers de le jeune garde, 450 fusiliers y sont nommés, ainsi que tout le cadre en lieutenants et sous officiers (50).
Août 1811 (France) - création des 5é et 6é régiments de tirailleurs grenadiers (voir 29 03 1809) .
4 août 1811 (France) - Une circulaire précise qu’il n’y aura plus d’enrôlement volontaires pour les fusiliers de la Garde. (J.M. 1811/2, p.98)
Source : « Dictionnaire de la Grande Armée » A. Pigeard, Tallandier, 2002
15 août 1811 (Espagne) – Jour de la Saint Napoléon, que les militaires se doivent de fêter dignement, qu’en est il en cet été ou les troupes sont constamment en alerte ?
Fin août 1811 Santa Eulalia (Espagne) - Toute la garde est en campagne contre Abadia, chef de l’armée de Galice.
Une spécialité italienne : les haricots aux pendus !
Dans ses mémoires, le sergent Bourgogne nous conte une anecdote sans la situer dans le temps, mais elle doit certainement se situer à cette époque, ou le chef des partisans Abadia sévit dans les parages :
« un jour que nous venions de faire une longue course dans les montagnes d’Asturies, nos vînmes loger à Saint Hiliame, petite ville de la Castille au bord de la mer » : il faut lire « dans les montagnes de Castille (la cordillère Cantabrique)» et « petite ville d’Asturies », qui se nomme en vérité Santa Eulalia, village à l’est de Gijon, à 5km de la mer environ ;
« je fus logé avec ma subdivision dans une grande maison »… ou les fusiliers s’installent et font bientôt la cuisine. Faloppa, fusilier grenadier originaire du Piémont, en Italie, est maître d’œuvre dans sa cuisine. Il manque du beurre ou de la graisse pour accommoder les haricots et la soupe, et l’espagnol étant sorti, on finit par trouver de petits pots de graisse d’oie dans la maison. Tous se régalent, quand l’espagnol rentre « en regardant le petit pot, il change de couleur et reste interdit. Pressé de répondre, il nous dit que c’était vrai, que c’était de la graisse, mais de la Mantea de ladron (de la graisse de voleur) ; que lui était le bourreau de la ville, et que ce nous avions trouvé et avec quoi nous avions fait de la soupe, était de la graisse de pendus, qu’il vendait à ceux qui avaient des douleurs, pour se frictionner ».
Evidement tous ont des hauts le cœur et « rejettent » vivement la nourriture déjà avalée. Bourgogne, tout retourné, part faire son enquête et obtient bien confirmation d’un habitant du village. Il est faut de dire que tous sont dégoûtés : notre cuisinier italien se remplis la panse et veut garder les pots pour d’autres repas « je fus obligé de le lui faire jeter ».
Septembre 1811 Zamora (Espagne) - La garde est envoyée à Zamora, située en vieille Castille, pour aider à la rentrée des impôts. La garde traverse une région pauvre et les 30, 31 août et 1 septembre, il n’y a rien à manger. La lettre d’un soldat du 17é de ligne nous apprend que Zamora est à cette époque rongée par les maladies et l’insalubrité.
« Zamora, ville forte et considérable d’Espagne, au royaume de Léon, avec un évêché qui vaut 50 000 livres. Elle est dans un terrain fertile en tout ce qui est nécessaire à la vie, sur la rive droite du Douero, qu’on passe sur un très beau pont… »
Source « Dictionnaire géographique portatif » Vosgien, 1806
4 septembre 1811 Création du régiment des flanqueurs (voir 29 03 1809) .Les flanqueurs se recrutent parmi les jeunes gens de 18 à 30 ans, fils ou neveux des agents des forêts.
Automne 1811Almeida (Portugal) – Les fusiliers grenadiers sont en campement dans cette ville, il ne semble pas qu’il y ai eu des combats , de toute manière, les effectifs sont maigres. La ville est prés de la frontière d’Espagne, au centre du triangle Guarda – Figuira de castelo Rodrigo – Vilar Formoso. Le passage au Portugal est si calme qu’il n’est même pas signalé dans le registre du régiment. Etait-il toujours à la recherche de partisans espagnols, ou gardait il les frontières du Portugal, après les revers de l’armée française de l’été ?
Puisque nous n’avons de témoignage de fusiliers grenadiers, tournons nous vers la lettre de Gérard Huppertz, du 63é de ligne, qui écrit d’Almeida à la même époque : «… après le brigandage qu’il y a parmi toute l’Espagne, qui ne cherche qu’à égorger les français et qui arrête le convoi et la poste, car il faut jusqu’à 6 à 7 hommes pour escorter la poste d’une correspondance à l’autre… ». Le régiment des fusiliers grenadiers aurait eu également la même tâche de protection de convois et de sécurisation des campagnes, chose qui lui est falmiliére depuis Espagne.
Source : « Lettres de grognards » E. Fairon et H. Heuse, société des bibliophiles.., 1936.
« Almeide, Almeida, ville frontière de Portugal, dans la province de Tra- Los- Montes, sur les confins du royaume de Léon » Dictionnaire géographique portatif, Vosgien, 1806.
En décembre, le régiment remonte en Espagne.
-Après avoir vu fondre ses effectifs lors de la formation de nouveaux régiments de la garde, le régiment est en pleine réorganisation. Le colonel Bodelin à reçu des ordres pour la futur campagne de Russie, et reçoit de nouvelles recrues, il en a besoin, mais trop peu arrivent. Les compagnies sont complétées, de nouveaux officiers et sous officiers nommés, la promotion donne à plein en cette fin d’année 1811.
-Le sergent Bourgogne raconte la mésaventure arrivée à un fusilier grenadier, compagnon de la cantinière du régiment, Marie :
« en 1811, étant campés devant Almeida,…il prit envie au pauvre homme d’aller marauder dans un village . Il entra dans un château, s’empara d’une pendule qui ne valait pas 20 francs, eut le malheur de la rapporter au camp et de se faire prendre, et, comme il y avait des ordres sévères pour les maraudeurs, monsieur le général Roguet, qui nous commandait, le fit passer à un conseil de guerre. Il fut condamné à être fusillé dans les 24 heures. Par suite de cette catastrophe, Marie devint veuve : dans un régiment, et surtout en campagne, lorsqu’une femme est jolie, elle n’est pas longtemps sans mari. Aussi, au bout de 2 mois de veuvage, Marie était consolée et remariée, comme on parle dans l’armée. » Elle quitta bientôt le régiment, pour suivre ce nouveau mari, passé sous officier dans la Jeune Garde.
L’épisode traduit bien la sévérité des adjudants majors du régiment, ils sont peu appréciés ; et les fusiliers auront leur revanche, en Russie, à Krasnoïe.
15 janvier 1812 Espagne
ordre de bataille le 15 janvier 1812
2ème Division d’infanterie de la jeune garde :
Général de division Roguet (Burgos) aide de camp : Capitaine Charrois.
1er Brigade : général de brigade Boyeldieu.
1er régiment de tirailleurs, colonel Longchamps
1er bataillon : chef de bataillon X : 604 hommes
2é bataillon : chef de bataillon Vautrin : 594 hommes
2é régiment de tirailleurs, colonel Flamand
1er bataillon : chef de bataillon Dorsenne : 510 hommes
2é bataillon : chef de bataillon Vezu : 518 hommes
2é brigade : Général de brigade De Rothenburg, aide de camp capitaine Blaze
3é régiment de tirailleurs, colonel Darquier
1er bataillon : chef de bataillon X : 561 hommes
2é bataillon : chef de bataillon Mosnier : 520 hommes
4é régiment de tirailleurs, colonel Robert
1er bataillon : chef de bataillon Lenoir : 504 hommes
2é bataillon : chef de bataillon Cailhet : 561 hommes
Brigade de Fusiliers : (au Portugal)
1er régiment de fusiliers chasseurs, colonel Vrigny
1er bataillon : chef de bataillon Daccantel : 521 hommes
2é bataillon : chef de bataillon X : 501 hommes
1er régiment de fusiliers grenadiers, colonel Bodelin
1er bataillon : chef de bataillon Gillet : 561 hommes
2é bataillon : chef de bataillon Vionnet : 548 hommes
Bataillon de Neuchatel : Chef de Bataillon De Gordier. (609)
Composition du régiment, en janvier 1812, avant son départ pour la France :
Commandant : major Bodelin, baron d’empire, officier de la légion d’honneur
Chef de bataillon (1er bat.) :Gillet, officier de la légion d’honneur
Chef de bataillon (2éme bat.):Vionnet, officier de la légion d’honneur
Adjudant major : capitaine Rostein, chev. de la légion d’honneur
Sous adjudant major : Lieutenant en premier Delaitre, chevalier de la légion d’honneur
Sous adjudant major :Lieutenant en second Pasquy
Chirurgien major : Mouton, chevalier de la légion d’honneur
Aide major : Caïn
A la suite : Lieutenant en premier Boisseau
1er bataillon
Capitaine Daix, chevalier de la légion d’honneur
Lieutenant en premier Gabillon, chevalier de la légion d’honneur
1ére compagnie
Capitaine Brousse, chevalier de la légion d’honneur
Lieutenant en premier Pernon
Lieutenant en second Monnot, chevalier de la légion d’honneur
Lieutenant en second Garbouleau
2éme compagnie
Capitaine Goussin, chevalier de la légion d’honneur
Lieutenant en premier Créquy, chevalier de la légion d’honneur
Lieutenant en second Vachin
3éme compagnie
Lieutenant en premier Maupas, chevalier de la légion d’honneur
Lieutenant en second Pierret, chevalier de la légion d’honneur
4éme compagnie
Capitaine Desmoulins, chevalier de la légion d’honneur
Lieutenant en premier Epailly, chevalier de la légion d’honneur
Lieutenant en second Rausi, chevalier de la légion d’honneur
Lieutenant en second Tamponet, chevalier de la légion d’honneur
2éme bataillon
Capitaine Rouillard de Beauval chevalier de la légion d’honneur
Lieutenant en premier Egret, chevalier de la légion d’honneur
1ére compagnie
Capitaine Locqueneux, baron d’Empire, officier de la légion d’honneur
Lieutenant en premier Guesdon, chevalier de la légion d’honneur
Lieutenant en second Favin
Lieutenant en second Rabourdin, chevalier de la légion d’honneur
2éme compagnie
Capitaine Moulin, chevalier de la légion d’honneur
Lieutenant en premier Colomb, chevalier de la légion d’honneur
Lieutenant en second Deville, chevalier de la légion d’honneur
Lieutenant en second Gauthier, chevalier de la légion d’honneur
3éme compagnie
Capitaine Le Chevalier Jacquot, officier de la légion d’honneur
Lieutenant en premier Lion, chevalier de la légion d’honneur
Lieutenant en second Grobert
4éme compagnie
Capitaine Laborde, chevalier de la légion d’honneur
Lieutenant en premier Faucon
Lieutenant en second Serraris
(le sergent Bourgogne est dans cette compagnie, sous le commandement de Serraris).
Mascotte du régiment : le caniche Mouton
Cantinière : Marie Dubois.
Les duels étant fréquents et faisant ravages, ils sont pourtant peu rapportés dans les mémoires.
Le sergent Bourgogne en signale un mémorable au sein du régiment, peu avant son départ d’Espagne : le lieutenant en second Vachin (2é Cie, 1er bataillon) se bat avec le sergent major de la 4é Cie du 2é Bat. .
Vachin défigure le sous officier d’un coup de sabre, qui « partagea la figure en deux, cela lui prenait du haut du front jusqu’au menton ». Il est vrai que Vachin a une fameuse réputation en la matière, et se bat souvent au sabre lors des batailles.
De nouveaux officiers sont nommés juste après cette situation du régiment :
Capitaine Saquoi
Lieutenant en second Laignoux
Lieutenant en second Clément de Brerigel
Lieutenant en second Tarragere
Février 1812 Almeida (Portugal) - « Ce fut au mois de mars(1) 1812, lorsque nous étions à Almeida, en Portugal, à nous battre contre l’armée anglaise, commandée par Wellington, que nous reçûmes l’ordre de partir pour la Russie .
Nous traversâmes l’Espagne, ou chaque jour de marche fut marqué par un combat, et quelquefois deux. Ce fut de cette manière que nous arrivâmes à Bayonne, première ville de France. Partant de cette ville nous primes la poste ». Sergent Bourgogne
(1) Bourgogne fait une petite erreur, nous sommes bien dans la 1ére quinzaine de février lors du départ, ou alors il fait partie d’un échelon parti après le régiment.
Puisque les fusiliers grenadiers quittent définitivement l’Espagne, citons un des usages qu’ils y ont adoptés : le cigare à l’espagnole, il s’agit de l’ancêtre de la cigarette, du tabac roulé dans du papier, inconnu dans la France d’alors. On fumait volontiers la pipe, de terre blanche, les plus fortunés le cigarillo . Sergent Bourgogne p. 182
Les fusiliers, toujours prévoyant dans certains domaines, chargent sur la voiture de la cantinière plusieurs centaines de bouteilles de vin d’Espagne. Un certain nombre de mulets de bât sont aussi ramenés, l’armurier du régiment, par exemple, en fait bon usage pour son matériel.
En février, le chef de bataillon Vionnet fait muté 3 officiers :
Capitaine Jacquot, présent depuis 1810, il commandait la 2é compagnie.
Lieutenant en second Favin, présent depuis 1810 dans la 1ére compagnie.
Lieutenant en second Faucon, arrivé courant 1810 ou en 1811, 2é compagnie.
10 mars 1812 Paris (France) – Depuis le 1er mars, sur 4 jours et sur 4 colonnes, la Garde Impériale part pour la campagne de Russie. Arrivés bon derniers, mais aussi de bien plus loin, nos fusiliers.
Il semblerais que le régiment des fusiliers grenadiers ne part que le 10 ou le 11. Epuisés par la route Portugal- Paris, les fusiliers pensent se reposent au dépôt de Courbevoie…déception ! Après 48h et un rééquipement complet, ils sont passés en revue par Napoléon en personne, le colonel Bodelin réclame un séjour un peu plus long pour ses hommes fatigués; mais l’Empereur fait dire que « le repos est indigne des fusiliers ! »
La traverssée de Paris se fait…martialement, et au pas : « (Napoléon) nous fit faire demi tour et marcher en colonne, par pelotons, le long des boulevards, ensuite tourner à gauche dans la rue Saint Martin, traverser la Villette, ou nous trouvâmes plusieurs centaines de fiacres et autres voitures qui nous attendaient. » On imagine les sergent réprimer les sifflets dés qu’une belle apparaît, et les fusiliers parisiens trépignant de ne pouvoir visiter leurs familles, alors qu’ils sont absents depuis 2 ans , tels les 2 frères Gros- Jean , dont l’un est caporal .« On nous fit faire halte, ensuite monter à 4 dans la même voiture et fouette cocher ! Jusqu’à Meaux, puis sur des chariots jusqu’au Rhin, en marchant jour et nuits ». Sergent Bourgogne
A Paris, le colonel Bodelin fait muter 2 officiers :
-Moulin capitaine (2é compagnie, 2é bataillon)– passe au 1er régiment de grenadiers vieille garde
-Largillierre capitaine – passe au régiment des pupilles de la garde . Ce dernier ne fait que
passer, il n’était pas sur les contrôles en janvier.
29 mars 1812 Mayence (Allemagne) – C’est une fois le Rhin atteint, au dépôt de la Grande Armée de Mayence, que le premier repos est pris, il était temps. Le colonel Bodelin n’est pas très content de ce départ précipité, des « éclopés » ont été laissés à Courbevoie, des conscrits n’ayant pas terminés leur formation également. Il lui manque prés de 500 hommes, seuls300 lui parviendront .Le régiment recevra des groupes d’isolés constitués en pelotons jusqu’en octobre, alors qu’il est à Moscou et se prépare à retraiter !
23 avril 1812 Dresde (Allemagne) – Une nouvelle pause de quelques jours pour les fusiliers, alors que la Grande Armée s’assemble lentement.
Les officiers sont logés chez l’habitant. La garde ne peut sortir en ville qu’en grande tenue, ordre est donné de vivre en bonne intelligence avec les habitants, les armées alliées, et de saluer tout les officiers (alliés). Défense est faite de fumer la pipe dans la rue ! La retraite est donnée à 8 heure, et tout homme de la garde pris d’ivrognerie ou objet de plainte recevra 15 jours de prison au pain et à l’eau.
Le régiment se prépare à la campagne de Russie.
« Dresde, en haute saxe, à 60 000 habitants, est sur l’Elbe, qui la divise en deux villes , la vieille,
et un grand arsenal . Il y a des fonderies de bombes et de canons . » (vosgien)
1 juin 1812 Dresde (Allemagne) –
Situation définitive des officiers du régiment peu avant l ‘entrée en Russie :
Bodelin à terminé son grand ménage ! Depuis janvier des officiers ont été mutés, d’autres sont arrivés. Sentant le côté exceptionnel de cette campagne, il ne veut que les plus aptes au combat. Mais il lui manque toujours des fusiliers, ce qui n’est pas fait pour le rendre aimable !
Bodelin Major
Vionnet Chef de bataillon
Gillet Chef de bataillon
Rostein Capitaine adjudant major
Surnommé Roustan par tous, au point que certain pensent que c’est son vrai nom.
Delaitre Lieutenant adjudant major
Présent depuis 1807 au régiment, c’est, selon le sergent Bourgogne, « l’homme le plus méchant
et plus cruel, qui faisait le mal pour le mal » ! Son surnom : « Pierre le cruel » !
Pasqui Lieutenant en second adjudant major
Mouton Chirurgien major
Mouton demande en juin sa retraite, et est remplacé par le chirurgien major Charlier
Caïn Chirurgien de seconde classe
Daix capitaine Rouillard capitaine
Rouillard capitaine Brousse capitaine
Desmoulins capitaine Locqueneux capitaine
Saquoi capitaine Laborde capitaine
Boisseau lieutenant en premier Gabillau lieutenant en premier
Egret lieutenant en premier Pernon lieutenant en premier
Crequy lieutenant en premier Maupas lieutenant en premier
Epailly lieutenant en premier Guesdon lieutenant en premier
Colomb lieutenant en premier Lion lieutenant en premier
Faucon lieutenant en premier
Monnot lieutenant en second Garbouleau lieutenant en second
Vachin lieutenant en second Pierret lieutenant en second
Rausy lieutenant en second Tampomet lieutenant en second
Rabourdin lieutenant en second Deville lieutenant en second
Gauthier lieutenant en second Grobert lieutenant en second
Serraris lieutenant en second Laignoux lieutenant en second
Clement de Brerigel lieutenant en second Tarrargere lieutenant en second
Le plus beau des soldats du régiment est Elliot, qui fit la campagne d’Egypte, et plus ancien soldat des fusiliers. Il porte fusil, sabre, et croix d’honneurs, lui valant certainement une présence dans la tête de colonne ! Sa qualité d’ancien lui vaut le surnom de « père Elliot », dur à cuir (ou à geler), il survivra à la retraite .
La musique du régiment participera à la campagne avec ses instrument, ainsi le fusilier Boucsin, qui fit toute la retraite jusqu'à Wilna avec sa grosse caisse sur le dos !
Enfin, et pour être complet, citons Mouton, le chien Mascotte du régiment, un beau caniche (qui fera toute la campagne mais aura les pattes gelées en décembre et sera perdu, à Wilna).
5 juin 1812 (Allemagne) - le grand dépôt de la garde est établi à Thorn.
15 juin 1812
Campagne de Russie, situation au 15 juin 1812
2éme division d’infanterie (jeune garde) 6130 hommes
général Roguet
Artillerie : Villeneuve
Génie : Lucotte
1ére brigade : Lanabére
1er régiment de voltigeurs chasseurs : Mallet , 813 hommes
-1er bataillon : Soulés
-2éme bataillon : Blondeau
1er tirailleurs grenadiers : Lenoir, 950 hommes
-1er bataillon : Poret
-2éme bataillon Vautrin
2éme brigade : Boyeldieu
1er régiment de flanqueurs chasseurs : Pompejac, 1159 hommes
-1er bataillon : Gueurel
--2éme bataillon : Holtz
1er régiment des fusiliers chasseurs : Vrigny, 1355 hommes
-1er bataillon : Lambinet
-2éme bataillon : Suisse
1er régiment de fusiliers grenadiers : Bodelin, 1421 hommes
-1er bataillon : Vionnet
-2éme bataillon : Gillet
13é et 14é compagnies du 8é régiment d’artillerie : 186 hommes
6é compagnie du 4é bataillon du train : 98 hommes
2é compagnie du 7é bataillon du train : 41 hommes
sapeurs : 107 hommes
train des équipages : 44 hommes
administration : 46 hommes
source : tradition magazine hors série n°3, 1998 : « la campagne de Russie vue par A. Adam et
C. W. Von Faber Du Faur ».
La grande armée s’apprêtant à entrer en Russie comprend :
370 000 français
50 000 polonais
20 000 italiens
10 000 suisses
150 000 prussiens, autrichiens, bavarois, saxons, badois, wurtembergeois, westphaliens, hollandais, croates, espagnols, portugais (nous détestant pour la plupart !) Source : A. Pigeard
21 juin 1812 Wilkowiskis (Lituanie) – Napoléon et la garde impériale arrivent à Wilkowiski (Vilkaviskis aujourd’hui).
24 ou 25 juin 1812 Rivière du Niémen (Lituanie) –Le régiment des fusiliers grenadiers franchit le Niémen , symbole du début de la campagne. Tout les espoirs sont permis…
Ici commencent les mémoires du chef du 1er bataillon du régiment, Vionnet. Son journal de guerre, très précis quant aux dates, nous est extrêmement utile jusqu’en avril 1813, date ou il prend le commandement d’un régiment de jeune Garde. Comme tous les officiers de son grade, Vionnet vit bourgeoisement, ayant ses propres domestiques civils en campagne, plusieurs chevaux, et une voiture personnelle.
Croyant et honnête, ce vétéran est attaché à son rang, et n’estime que peu ses hommes, qu’il juge dénués de morale. Nous retrouverons donc cet officier au jour le jour durant toute la campagne :
« Le 24 nous passâmes le Niémen sur 3 ponts qui avaient été construits pendant la nuit. Le temps, soudain, devient épouvantable et un orage terrible fondit sur nous tuant ou blessant plusieurs hommes et chevaux ».
Le sergent Bourgogne donne la date du lendemain pour le passage…
« le 25 juin au matin, par un beau temps…nous traversâmes le Niémen sur plusieurs ponts de
bateaux que l’on venait de jeter, et nous entrâmes en Lituanie, première province de Russie ».
27 juin 1812 Wilna (Lituanie) - Le régiment est à Vilna (Vilnius) en Lituanie.
Journal de Vionnet : « Après une très légère résistance nous entrâmes dans Wilna. La population
nous reçut avec enthousiasme. Nous fumes logés chez les habitants qui nous accueillirent d’une
façon charmante ce qui rendit notre séjour très agréable ».
Les fusiliers grenadiers sont établis dans les faubourgs. Les hommes reçoivent 15 jours de solde, et le courrier est distribué.
« Napoléon reste 18 jours dans cette ville, autant pour rallier les troupes et ses convois que des pluies torrentielles ont arrêtés, que pour organisé le gouvernement de sa nouvelle conquête ». (A. Pigeard)
Aujourd’hui Vilnius, capitale de la Lituanie,« Wilna, Vilna, grande, riche, bien peuplée, commerçante et célèbre ville de Pologne, capitale du grand duché de Lithuanie et du palatinat du même nom . La ville est habitée par différentes nations qui viennent y trafiquer. Elle est à l’embouchure du ruisseau de Wilia… »
Source « Dictionnaire géographique portatif », Vosgien, 1806
8 juillet 1812 Wilna (Lituanie) - Inspection des 3 divisions de la garde par Napoléon
prés de Vilna. Chaque homme à 12 jours de vivres, dont la moitié sur le dos, chaque peloton à un
petit cheval russe pour porter les vivres.
Napoléon décide que les dépôts d la garde impériale seront établis à Wilna .
10 juillet 1812 Wilna (Lituanie) -Départ du régiment de Wilna pour la Russie .
Avance en Russie à raison de 9 lieues par jours (35km), chaque homme porte un sac de 75 livres.
Les étapes quotidiennes sont : Lavarischki, Mikaïlchki, Cheki, Danielowicz, Glubokoé, ou on reste
2 jours. On reste aussi à Sienno, pendant que le combat d’Ostrowno fait rage.
27 juillet 1812 Witepsk (Russie) – Premier engagement avec l’armée russe . La garde n’intervient pas dans cette bataille : « Nous nous mimes en bataille sur une hauteur qui dominait la ville et ses environs » Sergent Bourgogne.
« Les français étaient relativement prés de Witepsk dont ils découvraient les clochers sur leur gauche, au bord de la Dwina, et au pied d’un coteau . Un ravin les séparait de l’ennemi qui semblait vouloir enfin livrer bataille . L’armée d’Italie s’avança dans la plaine défilant par la gauche et au pied de l’éminence ou était Napoléon . Palhen lança alors sur la cavalerie française les cosaques de la Garde puis le reste de ses cavaliers qui vinrent fondre sur la gauche .300 voltigeurs du 9é résistèrent avec héroïsme et furent félicités par l’empereur personnellement . Pendant ce temps Broussier s’avançait dans la plaine et poursuivait Palhen à coups de canon . Bientôt arrivèrent Nansouty et Delzons ; les russes repassèrent la Loutcheza, derrière laquelle était leur armée en bataille . L’absence de toutes les troupes de Napoléon l’empêcha de continuer son mouvement et il vint bivouaquer au milieu des ses troupes . Tout le monde espérait une grande bataille pour le lendemain, mais Barclay décida encore une fois d’abandonner sa position . »
Forces françaises : 13é et 14é divisions, pertes 400 morts, 900 blessés, 70 prisonniers.
Forces russes : 90 000 hommes environ, pertes 3000 morts ou blessés.
Source « Dictionnaire de la grande armée » A. Pigeard, Tallandier, 2002
(Après la bataille) : Extrait d’un ordre dicté par Napoléon :
« La division Roguet (dont font partie les fusiliers grenadiers) occupera le faubourg en avant de la
ville sur la route de Sourai »… « ce qui fait qu’ « après cette échauffourée nous formâmes nos
bivouacs. » Sergent Bourgogne.
28 juillet 1812 (Russie) - La jeune garde arrive à Witepsk Les fusiliers grenadiers
cantonnent dans le faubourg en avant de la ville pendant quinze jours. Le sergent Bourgogne obtient
un billet de logement : « j’étais logé chez un juif qui avait une jolie femme et deux
filles charmantes ».
Vionnet : « Nous restâmes à Vitebsk jusqu’au 10 août ».
« Witepski, ville fortifiée et Palatinat de Lithuanie, avec un château appartenant à la Russie depuis
1773.Elle est sur les rivières de Dwina et de Widsba … »
Source « Dictionnaire géographique portatif » Vosgien, 1806.
4 août 1812 Witepsk (Russie) – Lettre du fusilier grenadier François Joseph Detiége, la lettre porte la marque d’expédition de Wilna.
(Extraits)
« Nous sommes en Russie, à la poursuite des Russes. Nous sommes à 650 lieues de Paris et nous marchons toujours en avant. C'’st un mauvais pays pour la marche; quand il fait mauvais temps, car c’est un très mauvais terrain. Je vous dirai que nous ne sommes pas très bien pour les vivres. A présent heureusement qu’on en trouve chez le paysan. Nous avons été très heureux en route, surtout dans la Silésie. Nous étions à discrétion chez le paysan. Mais aussitôt que l’empereur a rejoint, nous avons marché à grandes journées… ».
Source : « Lettres de grognards » E. Fairon et H. Heuse, Librairie G. Courville, Paris, 1936.
10 août 1812 Witepsk (Russie) – Le régiment quitte la ville : « il nous restait encore
deux tonnes de bière que nous mimes sur la voiture de la mère Dubois, notre cantinière », mais au
lieu de garder pour l’unité le précieux breuvage, elle le vend à son profit, à d’autres. Sergent
Bourgogne, qui donne le 13 comme date de départ.
Vionnet « l’armée se dirigea sur Smolensk emportant avec elle 15 jours de vivres. Nous suivîmes
la grande route d’Orcha à Smolensk en passant la Rasasna sur un pont de bateaux ».
14 août 1812 (Russie) - la garde passe à Ladouï, en feu, et entre en « vieille Russie ».
15 août 1812 (Russie) – Jour de la Saint Napoléon, qui donne tout les ans l’occasion
d’une fête ou un concours, et un bon repas. Gageons que l’Empereur, présent prés de sa Garde, a
autre chose en tête, cette année 1812.
16 août 1812 Smolensk (Russie) - arrivée à Smolensk « de grand matin ».
« Ney essaye en vain de l’enlever » (Pigeard), la garde n’intervient pas .
17 août 1812 Smolensk (Russie) – La Garde n’intervient pas.
Bataille de Smolensk
« Napoléon renonçant à l’espoir d’attirer les russes hors de l’enceinte de la ville, ordonna un assaut général . Après une lutte acharnée, Ney et Davout, secondés par Poniatowski, enlevèrent les faubourgs de la ville, mais leurs efforts se brisèrent contre les remparts de brique . L’artillerie intervint alors et tira toute la nuit par dessus les fortifications ; les projectiles ravagèrent la ville . Un assaut fut décidé pour le lendemain, mais durant la nuit, le général russe, désespérant de sauver Smolensk, se retira en y mettant le feu . La ville ruinée n’offrit aucune ressource aux français . »
Forces françaises : 200 000 homme ; pertes 1200 tués, 3000 blessés.
Forces russes : 200 000 hommes ; pertes 4000 tués et blessés
Source « Dictionnaire de la grande armée » A. Pigeard, Tallandier , 2002
« Smolensko, forte ville de Russie, capitale du grand duché et palatinat du même nom, avec un
château sur une montagne et un évêché suffragant de Gnesne. Elle est enceinte d’une muraille qui a
30 pieds de hauteurs sur 15 d’épaisseur ; elle ne contient pas plus de 40 000 habitants. Le pays dont
elle est la capitale est généralement fertile… » Source « Dictionnaire géographique portatif »
Vosgien, 1806
« Pendant notre séjour autour de cette ville, je fut visiter la cathédrale, ou une grande partie
des habitants s’étaient retirés, les maisons ayant été toutes écrasées » Sergent Bourgogne .
24 août 1812 Smolensk (Russie) - La garde quitte la ville, pour la route de Moscou
(le sergent Bourgogne donne le 21 août) .
Vionnet : « Nous étions sous les armes et prêts à partir à 8 heures du matin ; on nous laissa pendant
10 heures dans cette position. Enfin nous partîmes à 7 heures du soir, la marche dura toute la nuit ».
25 août 1812 Panowo (Russie) – Journal de Vionnet « A 8 heures du matin on nous fit reposer pendant quelques instants prés de Panowo. Ensuite nous passâmes le Borysthène à Solovie
et nous fumes bivouaqués à environ une lieue et demie en avant de ce village. On nous fit placer en colonne serrée à côté de la route. La chaleur était extrême et la poussière si fine que l’on avait peine
à respirer et que l’on souffrait horriblement des yeux ».
26 août 1812 Oswiate (Russie) - Journal de Vionnet « Nous bivouaquâmes au milieu de champs couverts du plus beau chanvre, prés d’Oswiate, à la droite et prés de l’embouchure d’une petite rivière qui se jette dans le Borysthène ».
27 août 1812 Dorogoboï (Russie) –Vionnet : « Nous passâmes à Dorougobouje et nous bivouaquâmes prés d’un couvent à environ 3 lieues en avant ».
Le Sergent Bourgogne donne , lui, une autre date: « Nous continuâmes notre route et nous arrivâmes, à marche forcée, à une ville nommée Dorogobouï ; mous en partîmes le 24, en poursuivant les russes » .
28 août 1812 (Russie) - Journal de Vionnet « Bien qu’il tomba un peu de pluie, nous
fumes bivouaquer à la lisière d’un petit bois prés d’une rivière ».
29 août 1812 Viasma (Russie) - Journal de Vionnet « Enfin ce fut un réel plaisir que
nous arrivâmes à Vjasma. Cette grande et belle ville est située prés des sources de l’Oka, rivière qui
se jette dans la Volga à Novgorod. Les russes avant de s’enfuir avaient mis le feu à leurs maisons ;
la ville était presque entièrement consumée. D’ailleurs tout le pays depuis Smolensk était ainsi ;
l’arrière garde russe mettait le feu à une partie, et la négligence des soldats français qui allaient
pour faire du pain dans les maisons, occasionnait bien vite l’incendie du peu de maisons
qui restaient ».
Le 30, les fusiliers grenadiers se reposent et sont inspectés.
31 août 1812 Teplucha (Russie) - Journal de Vionnet « Nous occupâmes le camp des
russe, prés de Teplucha. Nous manquions d’eau, au point que nous avions beaucoup de peine à nous
en procurer pour la soupe ou la bouillie et pour boire. On ne se lavait les mains et le visage que
lorsque l’on trouvait une rivière. Il fallut mettre des gardes à tous les puits pour empêcher
les soldats
de se battre pour avoir un peu d’eau saumâtre et boueuse ».
1 septembre 1812 Tzarevozalomichlche (Russie) – Journal de Vionnet « Le chemin
fut très mauvais pour arriver à Tzarevozalomichlche ou nous fumes notre bivouac. Il y eut un
orage avec des éclairs et des coups de tonnerre épouvantables. La foudre tomba dans plusieurs
endroits du camp. Un soldat fut tué et plusieurs blessés. L’armée russe avait brûlé les ponts en se
retirant, on s’occupa de les rétablir durant cette journée ».
Le sergent Bourgogne nous apprend que l’on reste dans cette région (Ghïatsk) jusqu’au 4 :« On fit
dans toute l’armée la récapitulation des coups de canon et de fusil qu’il y avait à tirer pour le jour
ou une grande bataille aurait lieue ».
L’Empereur s’attend à une réaction des russes avant la prise de Moscou, crainte (ou souhait) bientôt
confirmé. Les fusiliers se préparent .
2 septembre 1812 Ghïastsk (Russie) - Journal de Vionnet « Nous devions rester au camp mais par suite d’un ordre mal transmis nous partîmes pour Ghïatsk. Le contre ordre n’arriva que lorsque nous entrions en ville. Nous logeâmes dans les faubourgs ». Une fois ses 4 compagnies installées, Vionnet visite la ville et ses églises, qu’il se plait à décrire longuement., mais il faut vite revenir aux affaires militaires « l’Empereur fit faire par les généraux de division un dénombrement exact du nombre de combattants présents dans chaque régiment et la quantité de cartouches dont chaque homme était muni ».
Le lendemain, Vionnet présente le 1er bataillon des fusiliers grenadiers à son général de brigade, puis il reçoit l’ordre de se préparer au combat.
4 septembre 1812 Ghïastsk (Russie) - Journal de Vionnet « Nous partîmes à 6 heures du matin, marchant tantôt par peloton ou par section, d’autrefois par le flanc avec assez peu d’ordre. Nous fumes obligés de nous arrêter assez longtemps pour laisser passer les 1er et 3éme corps qui étaient en arrière, ensuite on marchait sur plusieurs colonnes avec de l’artillerie et de la cavalerie dans le milieu. Enfin nous bivouaquâmes prés de Downino, sur le bord du lac, tout prés d’un petit bois. L’armée russe avait occupé cette position la vielle ».
5 septembre 1812 Borodino (Russie) - Arrivée de la garde sur le plateau de Borodino, et début de la bataille . Les fusiliers grenadiers cantonnent le plus en avant, la vieille garde le plus en arrière, et ne sont pas utilisés dans la bataille « A 800 lieues de la France on ne risque pas ses dernières réserves » Napoléon .
1ére journée de la bataille de Borodino (« La Moscowa » pour les français)
« Kutuzov, qui avait succédé à Barclay de Tolly, se vit contraint sous la pression du tsar et
de l’opinion publique russe de livrer bataille pour essayer d’arrêter les français dans leur marche vers
Moscou . Il choisit une position en avant de Mojaïsk, vers un village appelé Borodino . Les russes
fortifièrent la position sur 3 points importants : Schwardino, par une redoute, en avant de leur
dispositif ; Semenowskoïe sous forme de 3 flèches remplies d’artillerie sur leur gauche, et au centre
de leur dispositif, une formidable redoute remplie également d ‘artillerie . Le 5 septembre 1812, les
français se présentèrent devant le 1er ouvrage russe, la redoute de Schwardino . Napoléon ordonna au
général Compans d’enlever cette position ; les français s’en emparèrent mais le combat fut meurtrier
et laissa préfigurer la bataille du surlendemain . »
Source « Dictionnaire de la grande armée » A. Pigeard, Tallandier, 2002
La 1ére journée de la bataille de Borodino vue par les fusiliers grenadiers
Journal de Vionnet « A 5 heures et quart nous arrivâmes prés de la rivière en face de la position des
Russes. Le feu commença alors aux 2 extrémités de la ligne et dura jusqu’à la nuit avec assez de
vivacité. L’ennemi fut repoussé et notre armée campa sur le champ de bataille. La Garde fut campée
prés d’un village ayant un ravin et la rivière en face ».
6 septembre 1812 Borodino (Russie) – Réveillées par le canon à 7 heure, les troupes
françaises et russes se préparent à la prochaine bataille …
Le sergent Bourgogne :« l’un prépare ses armes, d’autres du linge en cas de blessures, d’autres font
leur testaments, et d’autres, insouciants, chantent ou dorment . Toute la garde impériale reçut l’ordre de se mettre en grande tenue » .
Le chef de bataillon Vionnet est évidemment intéressé par les quelques combats de cette journée,
et il décrit quelles sont les positions des russes. Au soir, espérant être en bataille le lendemain, les
régiments de la Garde furent placés en 3 lignes, sur le champ de bataille de la journée et on tiraille
un peu sur les positions russes. Vionnet s’inquiète de ses hommes, affamés et n’ayant pas dormis depuis 48 heures: « C’est à peine si nos soldats pouvaient se tenir sur leurs jambes, plusieurs tombaient dans les chemins et ne pouvaient pas se relever ».
La nuit est lugubre « et terrible. Nous la passâmes dans la boue, sans feu, au milieu des morts et des blessés dont les cris plaintifs et les gémissements nous déchiraient le cœur ». Le spectacle des feux de bivouacs russes, en, face, forme « un contraste singulier avec les nôtres ». Impossible de fermer l’œil, « nous changeâmes plusieurs fois de position et nous ne fumes définitivement placés que vers minuit ».
7 septembre 1812 Borodino (Russie) - Bataille de la Moscowa (dite aussi Borodino).
Le régiment ne participe pas à la bataille, restant en réserve sous les armes depuis 5 heure du matin,
en colonnes serrée par bataillons, Napoléon les passant en revue à cheval.
Le colonel Lanabére, nommé ce jour général de Brigade ,commandant la 2éme brigade de la 2éme
division d’infanterie de la jeune garde, ancien chef de bataillon du régiment ,est tué durant la bataille.
2éme journée de la bataille de Borodino
« A l’aube Eugène aborda Borodino tandis que Davout se jetait sur Semenowskoïe . Après plusieurs
succès et revers, les français arrivèrent à s’emparer de la position des 3 flèches . A 10h du matin, la
bataille semblait gagnée mais il fallut donner un coup supplémentaire aux russes qui se battaient
bravement sur leur sol . La cavalerie française se lança à l’assaut et les généraux Montbrun et
Caulaincourt perdirent la vie en tentant de s’emparer de la grande redoute, position centrale du
dispositif russe . Napoléon, malgré l’insistance de ses maréchaux et généraux, refusa de faire donner
la Garde . L’artillerie fut charger d’effectuer cette besogne ; les russes résistèrent d’abord puis se
retirèrent lentement, abandonnant le champ de bataille aux français . La victoire était acquise mais
il s’agissait de la plus terrible bataille de l’empire jamais vue à ce jour : 12 généraux tués, 17
colonels, des milliers de morts et blessés . Le lendemain, les russes livrèrent encore quelques
combats vers Mojaïsk mais se retirèrent . »
Forces françaises : 130 000 hommes ; pertes 6547 tués, 21 453 blessés
Forces russes : 120 000 hommes ; 45 000 tués et blessés
Source « Dictionnaire de la grande armée » A. Pigeard, Tallandier, 2002
La 2éme journée de la bataille de Borodino vue par les fusiliers grenadiers
Réveillé à 5 heures du matin, le chef de bataillon Vionnet s’empresse d’observer les positions russe.
Peu après, il lit à ses 4 compagnies de fusiliers l’ordre du jour :
« Soldats !
Voici la bataille que vous avez tant désirée. Désormais, la victoire dépend de vous, elle nous est
nécessaire, elle nous donnera l’abondance, de bons quartiers d’hiver et un prompt retour dans la
patrie. Conduisez vous comme à Austerlitz, à Friedland, à Vitebsk et Smolensk, que la postérité la
plus reculée cite avec orgueil votre conduite dans cette grande journée et que l’on dise de nous : Ils
étaient à cette bataille sous les murs de Moscou !
Au camp de Mozaïsk, le 7 septembre 1812.
Signé : Napoléon ».
Mais les fusiliers restent l’arme au pied toute la journée, assistant au carnage, « au massacre
épouvantable », à la « gigantesque boucherie ». Des fusiliers de corvée d’eau doivent aller assez
loin, celle de Borodino « étant mêlée de sang et les chevaux eux mêmes n’en voulant pas boire ».
Au soir, les fusiliers bivouaquent sur les bords du ravin en avant de Borodino, la nuit est froide, il
pleut et il n’y à rien à manger.
8 septembre 1812 Borodino (Russie) – Le régiment est toujours sur les mêmes positions que le 6.
Le sergent Bourgogne part en curieux « visiter le champ de bataille, triste et épouvantable tableau à voir. Nous aillâmes jusqu’au ravin, position qui avait été tant disputée pendant la bataille ». Bourgogne, avec d’autres, cherche sans doute des boulets de canons et des armes, qui sont, comme à Wagram, payés en retour. Ils cherchent aussi des vivres en fouillant les poches des cadavres, sans trop de succès puisque 2 jours plus tard il n’hésitera pas à tuer un cheval d’un domestique de l’état major de l’Empereur pour le manger avec ses camarades.
Le chef de bataillon Vionnet n’est pas en reste, mais semble t-il plus touché que Bourgogne par la vu des désastres .« Jusqu’alors je n’avais rien vu de semblable. Je restai comme un homme assoupi qui
n’ose en croire ses yeux », et pourtant notre officier est un vieux briscard qui à toujours connu la guerre.
Il parle aux blessé français et russes, en recueille à son campement, mais ses ordonnances et
domestiques en ont cure et déménagent, abandonnant les infortunés.
Les fusiliers grenadiers partent à 14 heures pour poursuivre l’armée russe. Rattrapant les traînards ennemis, il s’en suit une fusillade assez vive. On bivouaque sur la route de Mojaïsk, manquant d’eau. Les feux de la nuit se font avec le bois de maisons proches.
9 septembre 1812 Prés de Mojaïsk (Russie) – Les fusiliers marchent toujours vers Moscou. A Mojaïsk, ils trouvent des milliers de blessés russes abandonnés par leur armée, mourrant de soif, mais ils ne peuvent rien pour eux. Au bivouac du soir, 3 lieues plus loin, les officiers donnent l’ordre d’enterrer les morts proches. Respectant la coutume, on enterre les russes la tête vers l’ouest, et en plaçant une double croix sur les fosses. Certains hommes n’ont pas bu depuis 3 jours, la bouteille d’eau se vend 6 francs.
10 septembre 1812 Route de Moscou (Russie) - Le départ est à 10 heures du matin, mais on avance pas beaucoup, l’avant garde devant se battre toute la journée. Vionnet ne parle plus des problèmes d’eau, mais les vivres manquent, et de la viande de cheval pourrie se vend cher. Bivouac dan une plaine poussiéreuse, on s’abrite dans un ravin.
11 septembre 1812 Route de Moscou (Russie) - Journal de Vionnet : « Monsieur le maréchal duc de Trévise me fit appeler. Il me donna l’ordre de prendre 300 fusiliers et de me rendre dans les villages de Gholovkho et de Jachkino situés à environ 3 lieues du point ou nous nous trouvions. Je devais en ramener tous les vivres que je pourrais réunir. Il est aisé de comprendre toute la difficulté d’une pareille mission. Il fallait traverser des forêts et des marais sans autre guide qu’un espèce de croquis que j’avais pris à la hâte sur la carte du maréchal ».
En fait, prés de 400 fusiliers sont volontaires pour trouver des vivres, ils sont après tout les premiers concernés ! Rencontrant des civils au bout de 2 lieues, on leur dit qu’une division de 1800 cosaques se trouve prés de la. Hésitant entre les vivres ou la mort, il choisit les premiers ! « Je fis porter de suite une petite avant garde au pont avec ordre de le garder et de tirer sans discontinuer sur le village », les autres avancent en peloton le long de la rivière, pour couper la retraite. La ruse réussi et les milliers de cosaques, peut être aussi là de la dernière bataille, s’enfuient. Le village est alors entièrement pillé, pendant que Vionnet discute en latin avec le « seigneur du lieu ».
Retour triomphal au camp « les soldats passèrent la nuit à tuer les bœufs, à faire la soupe et de la galette tout en chantant ».
12 et 13 septembre 1812 Route de Moscou (Russie) – Les vivres pillés, trop peu nombreux pour une armée si grande, ont déjà disparus. Les fusiliers aperçoivent des « Tartares » qui brûlent des meules de foin. La résistance russe est fugitive et faible. Prés de Moscou, on bivouaque prés des châteaux d’Azintzodo, dans une plaine en arrière d’un bois.
14 septembre 1812 Moscou (Russie) – Au matin, la ville est en vue, l’armée
marque une pause.
Un parlementaire russe vient à l’Empereur lui demander la grâce de 2 heures avant d’entrer en ville.
Le chef de bataillon Vionnet « Je reçus l’ordre de me rendre, avec mon bataillon, à la tête de
colonne, comme lors de l’arrivée à Glubokoe, et de remplir à Moscou les mêmes fonctions en
attendant l’arrivée du commandant titulaire ».
Après avoir crié « Moscou, Moscou » avec les centaines de milliers d’hommes de la Grande Armée,
le régiment entre dans la ville, déserte et silencieuse, l’instant est grave et solennel.
Le sergent Bourgogne : « un roulement de tous les tambours de la Garde se fait entendre, suivi du
commandement de Garde à Vous ! C’est le signal d’entrer en ville . Il était 3 heures de l’après midi ;
nous faisons notre entrée en marchant en colonne serrée par pelotons, musique en tête ».
« Moskou, ou Muska, grande, riche et très considérable ville, autrefois capitale de l’empire de
Russie, avec un patriarche, et un palais ou la cour fait souvent résidence . Il y a un grand nombre
d’églises richement ornées . Les tombeaux des czars sont dans celle de Saint Michel. La ville a 10
lieues de tour, mais il y a beaucoup de jardins, et les maisons qui y sont pour la plupart en bois, ne
sont point élevées, de sorte que l’on y compte au plus 500 000 habitants. Elle est dans une plaine
étendue et fort agréable »
Source « Dictionnaire géographique portatif » Vosgien, 1806
Les fusiliers grenadiers sont mis au cantonnement prés du palais du gouverneur Rostopchine , et une
compagnie garde la place devant le palais . Sergent Bourgogne : « tout le régiment était de piquet, et
personne sous quelques prétexte que ce soit, ne devait s’absenter » .
Vionnet, grade oblige, réquisitionne prés de la place une maison particulière. Puis « Je m’occupais
tout d’abord de placer des gardes et des sentinelles à toutes les maisons publiques, aux magasins de
vivres, à la bourse, à la banque et à l’Hospice des Innocents, immense palais refermant des vivres
considérables ». Après cette tâche, Vionnet se promène avec une patrouille, rencontrant des civils
tristes ou pleurant à chaudes larmes. Enfin il remarque des civils armés, qui lui font dire qu’ils sont
des criminels relâchés des prisons au départ de l’armée. « Toute la nuit je fis redoubler de
surveillance et commandai de nombreuses patrouilles ».
15 septembre 1812 Moscou (Russie) – Vionnet n’est pas tranquille, et à minuit, en
visitant les postes de garde, remarque une fumée épaisse, « mais point de feu ». Bientôt des flammes
apparaissent, des fusiliers sont réveillés pour intervenir, mais on se rend compte très vite que toutes
les pompes à incendie ont disparues. L’incendie grandi et ne peu être contenu.
Dans « une vision de l’enfer », les fusiliers grenadiers sont toujours au palais du gouverneur, et ne
peuvent en empêcher la progression du feu, qui détruit au trois quart l’édifice. Une bande de 9
incendiaires est neutralisée par un peloton. Ordre est de les fusiller sur le champ.
Au soir du 15 l’embrasement de la ville devient général.
16 septembre 1812 Moscou (Russie) –La Garde cantonne autour du palais du gouverneur, en feu . Une partie du régiment est sur les toits et dans les cours du Kremlin, avec la vieille garde, tâchant de le protéger de l’incendie.
Sergent Bourgogne : « la compagnie (4é compagnie du 2é bataillon) n’avait pas encore été relevée de service, vu que tous les régiments, ainsi que les fusiliers et même la jeune garde …. étaient occupés depuis 36 heures à comprimer l’incendie ».
Le chef de bataillon Vionnet n’est pas très fier de ses fusiliers : « On avait permis aux soldats d’enlever ce qu’ils pourraient des maisons ou le feu prenait et le les voyais chargés de butin enlevé à des malheureux, sous le prétexte de piller les maisons incendiées, on les pillaient toutes ».
Puis, devant la progression du feu, un désordre s’installe et beaucoup de fusiliers grenadiers trouvent refuge aux abords immédiats de la ville.
17 septembre 1812 Moscou (Russie) – Les alentours du Kremlin brûlent. On lutte toujours contre le feu tandis que des incendiaires russes continuent leur triste besogne. Vionnet se repose un instant chez un camarade : « je m’étais retiré dans la maison d’un colonel dont je connaissais le nom, l’ayant vu à Tilsitt, et j’étais parvenu à la sauver du pillage et de l’incendie ».
18 septembre 1812 Moscou (Russie) - Retour des unités dans Moscou détruite. Sergent Bourgogne « Nous fumes prendre possession de nos logements, pas loin de la première enceinte du Kremlin, dans une belle rue dont une grande partie avait été préservée du feu . L’on désigna pour notre compagnie (4é Cie du 2é Bat.), un grand café ». Les blessés du régiment sont dirigés vers l’hôpital des Enfants Trouvés.
Des hommes sont détachés pou lutter contre le feu qui sévit toujours, et de nouveau, des incendiaires sont arrêtés. Vionnet en arrête un « Il était aussi calme que s’il eut mis le feu dans sa propre cheminée. Il fut mis en prison et j’ignore ce qu’il est devenu », il n’ose dire qu’il sera juger par une commission spéciale et exécuté..
Un désordre s’installe : pillages, beuveries, vêtements civils portés, jusqu'à 10% des hommes manquent à l’appel. Au soir, Vionnet retrouve sa maison sa maison incendiée « mes domestiques, la garde avec mes chevaux et mes effets étaient dans la rue, ne sachant ou aller ». Il trouve alors refuge dans la maison du sénateur Nélédinski Mélinski, vide de tout meubles, seul un intendant et 28 bouteilles de vin trônent dans demeure. Durant la nuit ce domestique s’enfuit avec le vin et une voiture !
19 au 21 septembre 1812 Moscou (Russie) – Le 19 une pluie violente réduit le feu, le 20 de même. Enfin le 21 l’incendie est éteint, il durait depuis 8 jours. Après ces jours de folie on tâche de rétablir l’ordre et ont arrête les soldats porteurs d’effets pillés « C’était pitié de voir dans la boue ces riches pelleteries, ces étoffes brodées d’or et d’argent et mille autres objets précieux » se dit Vionnet.
Ce dernier, très croyant, sera durant tout le séjour à Moscou, préoccuper par le triste sort des habitants. Il se porte volontiers vers eux « je trouvais souvent dans mes promenades des vieillards qui pleuraient en voyant ce désordre affreux. Je ne savais pas assez la langue pour les consoler, mais je leur montrais le ciel et alors ils venaient baiser mes mains et me conduisaient dans les ruines ou leurs familles gémissaient de faim et de misère ».
Vionnet ne s’adonnera pas au pillage, mais ne peut empêcher ses hommes de s’y adonner. Il préférera se faire faire des vêtements chauds chez un tailleur plutôt que d’en voler, et juge sévèrement les hommes qui, comme le sergent Bourgogne oublient toute morale devant l’or et l’argent.
Le manque d’estime pour ses soldats devenus pillards conduira Vionnet à ne pas partager ses vivres avec eux. Après tout beaucoup laissèrent leur ratio de vivres à Moscou pour charger les sacs d’objets aussi inutiles que brillants .
Vionnet conçoit peu à peu du ressentiment contre l’Empereur qui laisse faire ce désordre, et commet, d’après lui, des fautes de tactiques graves. Ce sentiment ira en lui grandissant, et l’amènera à faire un choix difficile mais définitif 3 ans plus tard.
24 septembre 1812 Moscou (Russie) – Les fusiliers grenadiers sont passés
en revue par Napoléon, et des hommes sont décorés. Notre brave sergent Bourgogne s’éclipse
à la fin de la cérémonie pour aller visiter le Kremlin .
Lettre du caporal Jean Michaud , écrite après la revue :
Dernière lettre de Michaud avant sa mort pendant la retraite , pour la première fois il ne cache
pas les dangers des batailles à ses parents et est très inquiet quant aux suites de la campagne :
« Moscou le 24 septembre 1812.
Mon cher père et mère, frères et belle sœur,
D’après plusieurs lettres que je vous ai envoyées sans en recevoir de réponse, je m’empresse de vous
écrire celle-ci, pour que vous me fassiez « à savoir » de vos nouvelles le plus tôt possible, car je suis
dans une inquiétude sans égale de ne pas savoir de vos nouvelles. Je vous en ai écrit de Hanau prés
Mayence, et l’autre de Wilna en Lituanie.
Je ne sais pas si c’est un effet de votre négligence ou que les lettres n’aient pas passé,
mais cependant la poste n’a jamais été arrêtée depuis que nous sommes dans cette contrée.
Peut être que mes lettres se seront perdues en route, car je ne crois pas que vous m’eussiez
laissé aussi longtemps dans l’inquiétude comme vous avez fait.
Je vous dirai que nous sommes arrivés à Moscou le 14 du mois courant. Nous avons eu une
forte affaire à 30 lieues de Moscou, mais la garde n’a pas donné. Cependant l’affaire à été
très sanglante ; les russes ont beaucoup perdu surtout, car ils avaient des redoutes, mais
elles étaient remplies de cadavres.
Je vous dirai aussi que Moscou est en grande partie brûlée, car deux jours après que nous y
avions été entrés, les habitants eux même ont fait mettre le feu dans toutes les plus belles maisons
de la ville. Nous avons trouvés de très forts magasins en vins et farine et plusieurs autres magasins
qui ont été brûlés. La ville est au pillage depuis que nous y sommes arrivés ; mais c’était une
très grande ville, il y a toujours quelque maisons qui s’échappe. Actuellement nous sommes
en attendant ou la paix ou la guerre ; c’est ce que j’ignore lequel des deux sera.
Je me suis informé de Vegrinot, mais il était malade aux équipages de son régiment, de manière
que je n’ai pas pu le voir. Le régiment dont il fait partie à beaucoup souffert dans cette affaire qui
a eu lieu le 7 de courant ; il y en a eu presque les deux tiers hors de combat.
Je ne sais pas si nous irons plus loin ou si nous en retournerons en France. Je suis éloigné de vous
à peu prés de 1000 lieues, aussi j’espère que la distance est assez grande.
Rien d’autre à vous marquer pour le présent ; grâce à Dieu je me porte parfaitement bien.
Je finit en vous embrassant de tout mon cœur et je suis pour la vie votre cher fils.
Vous n’oublierez pas de me donner des nouvelles de ma nièce.
Michaud.
Michaud Jean, grenadier du 2é régiment, 1er bataillon, 4é compagnie de la garde impériale. (1)
Caporal. »
Jean Michaud est inscrit sur le registre du régiment « resté en arrière, en Russie, le 28 novembre
1812, présumé mort ». Notre caporal à périt à la Berezina, bousculé dans le fleuve gelé ou massacré
par les cosaques.
(1) Les fusiliers grenadiers ont toujours eu le « complexe de la moyenne Garde, semble t-il, et être
grenadier de la garde est nettement plus valorisant auprès de la famille et des demoiselles ! D’autre part cela fait déjà 3 ans que l’appellation 2é régiment (de fusiliers) n’est plus usitée, Michaud fait un peu vieux jeu !
26 septembre 1812 Moscou (Russie) - « Il sera payé un mois de solde à l’armée »,
signé : Maréchal Berthier. La Garde impériale est servie en premier, mais la monnaie est russe : 25
roubles de petite monnaie de cuivre. Bientôt les soldats échangent ces 25 roubles contre un seul, mais
d’argent , aux civils moscovites, provoquant une émeute devant cette aubaine.
Les officiers des fusiliers grenadiers ne sont pas mieux lotis, puisque « la solde fut acquittée en
Billets russes, qui ne valaient que le quart de leur valeur nominale…on a peine à concevoir
semblables lésinerie dans un moment ou il y avait des voitures chargées d’or », nous dit Vionnet.
Le lendemain, bal costumé chez les fusiliers du 2é bataillon, animé par un tambour et une flûte, on
danse jusqu'à 4h du matin. La mère Dubois, cantinière, fait parlé d’elle (voir détail p.135).
28 septembre 1812 Moscou (Russie) – Les journées des 28 et 29 sont passées à préparer une revue par un inspecteur (1) . Des vivres devant être prévues et présentées, tout les moyens sont bons pour se les procurer. Le désordre régnant dans les uniformes et la tenue des hommes, Bourgogne nous parle de « fiestas » quotidiennes et bien arrosées, on imagine facilement les soucis du colonel Bodelin !
(Outre le corps des 196 inspecteurs aux revues de la Grande armée, la Garde impériale possède ses propres inspecteurs).
30 septembre 1812 Moscou (Russie) – Revue du régiment par un inspecteur de la Garde, accompagné du colonel Bodelin un peu inquiet. Ils passent de maisons à maison dans la rue assignées au cantonnement des fusiliers grenadiers, fouillant tout . Tout se passe bien malgré des épisodes truculents (quelques demoiselles cachées dans des armoires etc), l’ambiance reste bon enfant : l’adjudant major Rostein (tous le surnomme « Roustan ») confisque les belles pour les transformer en blanchisseuses !
1 octobre 1812 Région de Moscou (Russie) – Les hommes ayant été pris en faute pendant la revue sont mis en punition par les adjudants major, cela tombe bien, le régiment est de corvée de fourage pour la cavalerie Un fort détachement part jusqu’à une vingtaine de km de Moscou. Seule une voiture de fourrage est ramenée, sous la menace de quelques cavaliers de l’armée russe, ce qui vaudra un échange de tirs.
2, 3, 4 octobre 1812 Moscou (Russie) – Des hommes sont désignés de corvée chaque jour pour fortifier, en artillerie, le kremlin . Des fortifications endommagées y sont abattues, et des canons installés. Journal de Vionnet « on faisait détruire les maisons adossées au Kremlin, on minait ses remparts, ce qui faisait que dans toutes ces mesures une contradiction qui ne pouvait échapper au moins clairvoyant ».
8 octobre 1812 Moscou (Russie) - Les fusiliers grenadiers sont passés en revu par Napoléon, avec la jeune garde. Vionnet reproche à son empereur, dans son journal, de fatiguer trop les hommes par des revues continuelles, plutôt que de prendre en compte les propositions de paix émanant du Tsar. Il lui reproche également de ne pas s’occuper assez de la route qui mène en Pologne, qui est harcelée par les cosaques. Vionnet grogne, l’avenir lui donnera t-il raison ?
9 octobre 1812 Moscou (Russie – Journal de Vionnet : « chaque régiment reçut l’ordre de se pourvoir en vivres pour 6 mois. Nous fîmes ample provision dans les champs avoisinants, ce qui acheva de ruiner les malheureux habitants échappés aux désastres de la guerre ». Vionnet ne dit pas que les provisions sont loin d’être suffisantes, du reste il n’y avait pas grand chose.
Il est recommandé , par le Maréchal commandant la garde, aux hommes de faire des provisions de bouche et d’avoir un gilet de peau fourré pour mettre sous la capote. Pour les vêtements ,il sera comblé, déjà beaucoup portent des tenues invraisemblables en dehors des heures de services, quand aux vivres, ils feront toujours défaut
12 octobre 1812 Moscou (Russie) –La 2é division d’infanterie de la jeune garde, dont fait parti le régiment des fusiliers grenadiers, compte encore dans ses rangs un effectif de 4 261 sur les 6 301 hommes au début de la campagne (2 040 pertes). Bien que n’ayant pas combattus, un tiers des hommes est tombé ! Maladies comme le typhus, malnutrition et désertion (même la Garde connaît ce fléau), ont fait des coupes sombres dans les rangs.
Le 13 , la garde reçoit l’ordre de préparer son départ pour le 19, mais les fusiliers ne reçoivent pas l’information … ou comprennent une autre date.
16 octobre 1812 Moscou (Russie) – Journal de Vionnet « On donna l’ordre de continuer les approvisionnements pour l’hiver et d’emporter pour un mois de farine et d’eau de vie ».
18 octobre 1812 Moscou (Russie) – L’ordre de se préparer daigne enfin arrivé aux oreilles des fusiliers grenadiers. Branle bas de combat général durant toute la nuit, et colères du colonel Bodelin.
Le chef de bataillon Vionnet charge sa voiture : « provision de pain biscuité, 3 pains de sucre, 25 livres de café, de thé, 25 bouteilles de vin, 30 de rhum ou d’eau de vie ». Il n’oublie pas les vêtements chauds : « j’avais fait faire un carrick doublé de petit gris dont j’avais acheté le drap et les fourrures chez un marchand français et j’avais payé cela fort cher. J’avais aussi acheté à un officier un vichoura en hyennotte ( ?), fourrure très chaude, ce qui fait que j’étais prêt à partir ». On le croit sur parole !
Très croyant, Vionnet n’emporte aucun objet qui ne fut pas payé. Son honnêteté et sa prévoyance feront que la première partie de la retraite ne lui sera pas trop difficile.
Le sergent Bourgogne, lui, voyage à pied, et ne peut se permettre autant de luxe . Son sac, outre des vivres, est chargé d’objets volés « Mon sac était assez bien garni : j’avais plusieurs livres de sucre, du riz, un peu de biscuit, une demi bouteille de liqueur, le costume d’une femme chinoise en étoffe de soie, tissue d’or et d’argent, plusieurs objets de fantaisie en or et argent, entre autres un morceau de la croix du Grand Ivan, c’est à dire un morceau de l’enveloppe qui la recouvrait, qui était d’argent doré et qui m’avait été donné …J’avais aussi mon grand uniforme, une grande capote de femme servant à monter à cheval (cette capote était de couleur ,noisette, doublée en velours vert)…plus 2 tableaux en argent d’un pied de relief…plusieurs médaillons et un crachat (sic) d’un prince russe enrichi de brillants. » Bien sur, pour faire de la place dans ce sac, on laisse à Moscou une partie de l’uniforme, dont sa culotte blanche.
Sa revue n’est pas terminée : « sur moi j’avais, sur ma chemise, un gilet de soie jaune piqué et ouaté que j’avais fait moi même avec le jupon d’une femme et, par dessus tout, un grand collet doublé en peau d’hermine, plus une carnassière suspendue à mon côté et sous mon collet, par un large galon en argent, contenant plusieurs objets parmi lesquels un christ en or et argent, ainsi qu’un petit vase de porcelaine de chine ». Il garde tout de même son shako, sa giberne avec 60 cartouches et son fusil !
Bourgogne oublie soigneusement de nous dire qu’il laisse sur place une partie des vivres distribués à chaque homme de la Garde, il regrettera bientôt amèrement son goût pour l’or .
19 octobre 1812 Moscou (Russie) – Journal de Vionnet « Nous restâmes sous les armes de 8h du matin à 10 du soir. Enfin, nous nous mimes en marche en suivant la route de Kalouga. Nous traversâmes la ville et bivouaquâmes à ½ lieue en dehors des faubourgs, dans une grande plaine. Il fit un vent des plus froids, on ne peut point faire de feu et le vent fut si violent que le bois fut même emporté et les marmites renversées ».
Le régiment marche avec sa division derrière la vieille garde et Napoléon. La 2é division de la jeune garde est augmentée de 1200 cavaliers sans montures et 400 chevaux du 12é régiment de lanciers. Des unités de la jeune Garde sont aussi restées à Moscou avec le maréchal Mortier pour faire sauter dépôts de vivres et du Kremlin .
Les fusiliers ont récupérés comme trophée un « grand vase d’argent », placé sur la voiture de la cantinière, « la mère Dubois » . Les uniformes sont loin d’être réglementaires , sous prétexte de s’équiper pour le froid à venir, les tenues et accessoires les plus divers, provenant des pillages, sont portés .
20 au 26 octobre 1812 (Russie) - Journal de Vionnet :
-« 20 octobre. Nous couchâmes prés de Desnain. Nuit pluvieuse.
-21 octobre. Notre régiment fut chargé de l’escorte du Trésor et nous restâmes à passer la nuit
en avant de Kraovkoé .
-22 et 23 octobre. Bivouacs au milieu des bois, loin de toute habitation.
-24 octobre. Jour de la bataille de Malo Iaroslavetz, nous couchâmes en avant de Borovska,
ville assez importante, adossée à une montagne et traversée par une rivière rapide mais
guéable presque partout.
-25 octobre. Nous passions l’inspection de propreté lorsque des cris extraordinaires se firent
entendre. Un instant après, un officier d’ordonnance vint nous prévenir de passer le pont en
toute hâte pour aller au secours de l’Empereur qui avait été attaqué par un pulk de cosaques
de plus de 300 chevaux alors qu’il n’y avait avec lui que 50 dragons de la Garde ». (Les fusiliers se
portent vers l’Empereur, mais l’affaire est déjà terminée)
-26 octobre. Nous restâmes toute la journée sous les armes. A l’entrée de la nuit, nous avions déjà
préparé un peu de feu et des abris, lorsque je reçus l’ordre de partir. La nuit était des plus obscures.
Il fallait traverser des bois, sans chemin et sans guide. Après bien des inquiétudes et beaucoup de
fatigue j'arrivai avec mon bataillon à Borovska. (la ville est dévastée, humide et boueuse et les
fusiliers la trouve envahie par des voitures de toute sortes).
27 octobre 1812 (Russie) - Arrivée à Wereia. Premiers froids, il gèle . La retraite se
passe par petites étapes, sans encore trop de problèmes pour le régiment . Tous se dirigent vers
Smolensk, à 2 semaines de là.
Journal de Vionnet « Nous suivîmes la route qui rejoint celle de Mohilow à Moscou, nous
bivouaquâmes prés de Vereja (lire Wereia), jolie ville qui était encore bien conservée, mais qui fut
détruite par l’arrière garde italienne ».
28 octobre 1812 Borodino (Russie) Le régiment passe, 52 jours après, sur l’ancien champ de bataille, et y bivouaque pour la nuit. Partout des cadavres pourrissant, russes, et charniers français ravagés par les pluies, faisant apparaître les corps … « Nous fîmes du feu avec des débris d’armes, de caissons, d’affûts de canons ». Un blessé ayant survécu dans une carcasse de cheval pourrie effraye tout le monde par son aspect devenu inhumain. Sergent Bourgogne .
Le chef de bataillon Vionnet, lui, n’a pas le temps de se promener : « Beau temps quoique froid. Nous fumes placés en avant de Mojaïsk »
29 octobre 1812 (Russie) Journal de Vionnet « Le froid augmente et la misère se fait sentir pour la 1ére fois . Les provisions étaient épuisées et le pays n’offrait aucune ressources, il s’établit alors dans l’armée une habitude de voler telle, que rien n’était plus en sûreté que ce que l’on portait sur soi. On enlevait les porte manteaux sur les chevaux et les marmites au feu. Ce jour là nous couchâmes entre Gridnewa et Doivinno ».
30 octobre 1812 (Russie) - Arrivée à Viazma. La division de la jeune garde protége
les dépôts de vivres et fourrages, qui peuvent ravitailler tout ce qui reste de la grande armée.
« Devant nous, derrière nous, tout est neige » Sergent Bourgogne.
Le chef de bataillon Vionnet n’a pas encore atteint cette ville : « On s’aperçut de quelques
désordres dus à la faim et au manque absolu de tout ce qui est nécessaire à la vie. Nous
bivouaquâmes à Ghïatsk entre l’église et la ville pour attendre l’arrivée du corps d’armée
commandé par le prince Eugène de Beauharnais ».
31 octobre 1812 (Russie) Journal de Vionnet « Marche tout le jour, arrivé la nuit
devant un village dont j’ignore le nom. Vent froid et si violent que nous eûmes grandes peines
à allumer du feu ».
1 novembre 1812 (Russie) –Les vivres emportées par le régiment sont déjà épuisés,
les hommes puisent dans les réserves qu’ils ont emportées (pour les plus prévoyants). Les premiers
traînards apparaissent, y compris dans la garde.
Vionnet arrive enfin à Viazma : « Nous partîmes à 4heures du matin pour aller au bivouac à
Vjasma ou nous arrivons de nuit . Le désordre augmentait. Les colonnes étaient mélangées et les
soldats ne retrouvaient plus leurs régiments. La confusion était extrême et l’on pouvait prévoir tous
les malheurs qui allaient fondre sur nous ».
2 novembre 1812 (Russie) Journal de Vionnet « Arrivée de nuit prés d’une église
ou se trouvait un poste de correspondance. »
3 novembre 1812 Slawkowo (Russie) Jour de repos, on en profite pour faire le point
sur les cartouches disponibles. Le régiment attend les autres régiments de la garde restés en arrière,
l’armée russe est aperçue. Le 4, il gèle et neige, l’hiver est définitivement là.
Journal de Vionnet « Nous passons la nuit dans un bois situé au bord d’un lac baignant les murs
du château ou logeait l’Empereur ».
4 novembre 1812 Slawkowo (Russie) – Pour Bourgogne, il gèle et neige, l’hiver est
définitivement là.
Vionnet « Nous restâmes dans la même position. Pendant la nuit on me vola 2 chevaux, je finis
par les retrouver en parcourant le camp, mais mes selles uniformes avaient disparu et je ne pus
les découvrir. Il gela la nuit à un tel point que le lendemain on put passer sur le lac grâce à la glace»
5 novembre 1812 (Russie) – Le régiment reçoit un moulin à bras pour moudre le
blé que l’on trouvera éventuellement . Après l’avoir réceptionné avec tout le sérieux possible,
le colonel Bodelin donne un ordre pour s’en débarrassé discrètement.
Le soir, grand évènement chez les fusiliers grenadiers, la mère Dubois, cantinière, accouche dans
la boue, aidée par le chirurgien major Mouton, et protégée par le manteau du colonel Bodelin,
qui donnera même son cheval à la «jeune mère courage ».
Malheureusement l’enfant meurt de froid quelques jours plu tard, un sapeur du régiment lui creuse
une tombe à la hache devant les parents en larmes.
Le chef de bataillon Vionnet est lui préoccupé par ses chevaux : « Pluie froide avec vent du nord,
j’étais transpercé jusqu’aux moelles des os. La terre fut couverte d’eau qui s’étant gelées de
suite forma une glace unie comme un miroir. Les chevaux ne pouvaient se tenir sur pieds,
les crampons d’acier s’usaient fort vite et l’on fut obligé de les déferrer et d’envelopper leurs
pieds avec des chiffons pour les empêcher de tomber . Nous couchâmes sur la hauteur
de Dorogobouje prés d’un petit clocher. »
6 novembre 1812 (Russie) – Journal de Vionnet «Il tomba beaucoup de neige, nous
fumes bivouaqués prés d’une maison de poste ou l’Empereur logea. Le nombre des chevaux et des
hommes qui mouraient de faim et de misère augmenta à un point extraordinaire. A tout moment
on rencontrait des parcs qu’on avait obliger de brûler faute de chevaux pour les conduire ».
7 novembre 1812(Russie)- Premiers grands froids) – Débuts des grandes hécatombes qui éclaircissent chaque jours les rangs .
Peu avant Smolensk ; un officier du régiment , marchant hors de la colonne des fusiliers, trouve refuge avec des centaines de soldats dans une ferme. La maison de bois pleine, les portes sont barricadées pour que d’autres ne puissent y trouver refuge. Le feu se déclare bientôt, nul ne peut sortir, sauf quelques chanceux, dont notre officier, qui a les mains brûlées, mais son cheval et porte manteau (vêtements et petit équipement) sont perdus. De retour à la colonne, il se verra vertement réprimandé par le colonel Bodelin pour sa désertion . Sergent Bourgogne .
Le chef de bataillon Vionnet est cette nuit la de garde au « château » ou logeait l’Empereur, et y découvre « des provisions considérables et des vins de toutes espèces » et se fait donner un peu de farine et de viande.
8 novembre 1812 Route de Smolensk (Russie) – Journal de Vionnet . Notre chef de
bataillon commet une erreur grave avant Smolensk, étant persuadé qu’il trouvera dans cette ville
repos et vivres :« Il y eut un incendie dans les granges ou étaient les équipages de l’Empereur. Je vis
l’impossibilité ou nous serions de sauver aucune voiture ce qui me détermina à abandonner ma
calèche et la plus grande partie de mes effets. Je ne conservai qu’un petit porte manteau avec
quelques chemises, un habit et une paire de bottes. Je mis dans des sacs de sucre, le café, le vin et le
rhum qui me restaient afin d’échapper au froid et à la famine ».
9 novembre 1812 Smolensk (Russie) - Journal de Vionnet . Ayant maintenant un
jour d’avance sur le sergent Bourgogne, Vionnet arrive dans les premiers à cette grande ville : « Nous
fumes d’abord placés dans le même faubourg qu’à l’aller, mais le lendemain on nous fit aller au
faubourg de Vitebsk. Nous reçûmes un détachement qui venait de France et qui nous apprit que
l’armée russe de Moldavie occupait la Volkinie ». Sa déception est grande devant la désolation de
la ville et la défense de la ville, qu’il juge inutile, lui demande des efforts bien trop importants vue
la faiblesse générale..
10 novembre 1812 Smolensk (Russie) –Bourgogne : La déception à l’arrivée dans cette ville est grande, si quelques vivres sont bien perçus, ils restent maigres, mais surtout il n’y a pas suffisamment d’abris ni d’hôpital pour les blessés du régiment, qui , découragés et transis, meurent en grand nombre. Il faut dire que la rumeur courait que Smolensk avait été reconstruite et que l’on y attendrais le printemps.
Les fusiliers, faisant partie de la Garde, on tout de même été mieux reçus que la ligne Si il n’y à
aucune pitié pour les morts , les hommes du régiment conservent entre eux une fraternité et une
discipline qui sauve bien des vies, et leur colonne à encore une allure correcte avec des armes bien
entretenues .
Le régiment quitte Smolensk le 14, en arrière garde.
14 novembre 1812 Korytnia (Russie) – Journal de Vionnet . Journée funeste pour
notre officier, peu enclin, il est vrai, de partager ses provisions avec ses hommes :« Nous partîmes de
Smolensk par un froid insupportable. Nous bivouaquâmes à 6 lieues prés d’un bois ou il y avait plus
de 6 pieds de neige. Toute la route était couverte de glace ; On dut assommer une centaine de
chevaux, d’autres périrent de misère. Un de mes domestiques qui conduisait 2 chevaux sur lesquels
étaient quelques provisions fut assassiné par des soldats qui pillèrent tout et tuèrent un des chevaux,
l’autre fut pris par les cosaques ».
Tandis que l’Empereur loge dans une masure, les fusiliers grenadiers « bivouaquent » un peu
en arrière, dans un bois.
15 novembre 1812 Krasnoïe (Russie) –L’armée russe de Koutousov attend l’affrontement avec la Grande Armée, sur la route d’Orcha, à Krasnoïe (aujourd’hui Krasnoïarsk ). La Garde va être donnée à fond, et le colonel Bodelin à l’ordre d’enfoncer les lignes russes établis prés de la ville :
« Quand l’ordre de se préparer au combat arrive, les fusiliers sont « disposés à bien se battre, plusieurs dirent qu’ils espéraient trouver une fin à leurs souffrances, car il leur était impossible de résister davantage » Sergent Bourgogne.
–21 heures - Ayant reçu l’ordre d’attaquer les bivouacs d’Ojarowski, établis à une lieue dans le sud de Krasnoïe, le général Roguet prend avec lui ses 4 bataillons de fusiliers, forme 3 colonnes d’attaque aussitôt pointées sur les villages de Bouinowo (à droite), Maliewo (au centre), Chirkowa (à gauche). On avance sans bruit, montres réglées pour attaquer en même temps ; Roguet marche avec la colonne du centre. A minuit, par un froid qui cloue les russes, les fusiliers se précipitent sans tirer, à la baïonnette, au milieu des bivouacs, jettent le désordre partout, causant des pertes sévères.
« C’est la ou nous nous battîmes avec acharnement et corps à corps. Le carnage fut terrible ; nous étions divisés, chacun se battait pour son compte … a la lueur des flammes, ce n’était plus qu’une vraie boucherie. Russes, français étaient les uns sur les autres, dans la neige, se tuant à bout portant. » Sergent Bourgogne. Le chef de bataillon Vionnet est bien sur du combat : « Je reçus pour ma part 5 balles dans ma redingote et 2 contusions légères ».
Mais 300 hommes sont hors de combat, c’est à dire perdus. Exténué par l’effort du combat, mais sauf, le colonel Bodelin est conduit par un sapeur qui le tient par le bras.
« Après cette scène, nous ramassâmes nos blessés et nous nous réunîmes autour du colonel Bodelin avec nos armes chargées, en attendant le jour » Sergent Bourgogne.
16 novembre 1812 Krasnoïe (Russie) : Le 16, sont dénombrés au régiment les pertes des combats de la nuit dernière :1 officier de tué et un autre mort de ses blessures.. Dans ces pertes, celle du chef du 2é bataillon Gillet, présent au fusiliers depuis leur formation ( il a été capitaine à la 3é puis 4é Cie du 1er Bataillon avant de devenir chef de bataillon). Blessé à la cuisse durant les combats de la nuit, il meurt peu de jours après. Il était chevalier de la légion d’honneur. C’est une grande perte pour le colonel Bodelin.
17 novembre 1812 Krasnoïe (Russie) :
La bataille de Krasnoïe
« L’armée française qui avait quitté Moscou avec 100 000 hommes n’en comptait plus que 36 000 en arrivant à Krasnoïe . Elle était suivie dans une marche de flanc par le général Kutuzov, qui laissa passer la garde, puis vint s’établir dans ce village de Krasnoïe pour couper l’armée française en 2 . Le prince Eugène arriva à s’échapper dans une lutte ou succomba presque entièrement la division Broussier ; Davout et Ney restèrent, eux, en arrière, exposés aux coups de Kutuzov . L’empereur, qui ne voulait pas abandonner ses maréchaux, revint sur ses pas à la tête de la Garde et réussit à se frayer une route sanglante dans le corps de Miloradovitch, puis vint s’installer sur le plateau de Krasnoïe . Le maréchal Ney arriva alors à échapper aux russes en traversant le Dniepr gelé et l’armée réunie à Orcha ne comptait plus guère que 25000 hommes et autant de traînards . C’est dans cette localité que fut brûlée une partie des drapeaux pour ne pas qu’ils tombent entre les mains de l’ennemi . »
Forces françaises : 35000 (environ), dont 7000 de la Garde, pertes 761 tués.
Forces russes : 50 000 hommes, pertes non connues .
Source « Dictionnaire de la grande armée » A. Pigeard, Tallandier, 2002
La bataille de Krasnoïe vue par les fusiliers grenadiers
« Napoléon place ses troupes pour la bataille qui s’annonce, menée par la garde. Roguet et ses fusiliers sont placés en avant et à gauche, vers Katova
La brigade Boyeldieu (ou sont les fusiliers grenadiers) subit de très furieux assauts. Sur les 3925 hommes entés en Russie (3 régiments), 120 sont encore en vie lorsqu’il sont secourus par la division Delaborde. La brigade, qui à pris la place du 3é grenadier (anéanti) à été foudroyée par les canons russes.
Pus tard les fusiliers prennent la place de la vieille garde sur la route de Smolensk, sous le feu de l’artillerie russe. Les flanqueurs de la jeunes garde sont jetés sur les russes, mais reculent. Les fusiliers réussissent à tenir la route. Sur l’ordre du maréchal Mortier, la division Roguet est autorisée à se retirer du champ de bataille. Elle se retire avec ses bléssés, lentement, comme à la parade. »
Source « la garde impériale » Henry Lachouque, Lavauzelle, 1982, page 264
Lachouque exagère certainement les pertes, le sergent Bourgogne, qui était au combat, parle du tiers du régiment fauché par la mitraille des canons russes, chose déjà terrifiante. Un officier est perdu (voir la mort de Delaitre), 2 autres blessés .Quant aux fusiliers blessés, seuls les moins atteints sont ramenés, les autres, malgré de déchirantes supplications, laissés sur place. Bourgogne, comme ses camarades, en sera rongé de remords pendant le reste de sa vie.
La seule réjouissance de cette triste journée, fut de voir le colonel Bodelin satisfaire un besoin naturel (et malgré sa pudeur), le derrière face à l’ennemi russe. 20 ans plus tard Bourgogne en rira encore.
Le régiment à tenu dignement son rôle d’unité de la Garde, avec drapeau (en fait un fanion entièrement bleu sans autres indication de régiment pour les fusiliers) et troupe bien alignée. La retraite se fait au pas de la Garde, lentement.
Le chef de bataillon Vionnet remarque quant à lui, au milieu des combats, la vision hallucinante d’une jeune bourgeoise ayant du abandonner sa calèche et marchant pied nu, portant un bébé de 2 ou 3 mois dans les bras. A ce moment il est blessé à la jambe gauche par la chute de son cheval, puis d’un coup de feu au côté droit, heureusement sans gravité. Il nous renseigne sur la retraite à la fin de la bataille : « Nous n’avions pas une pièce de canon a opposer à l’ennemi, il fallut traverser un chemin creux sous le feu de 4 canons et de 2 obusiers ce qui fit un ravage extraordinaire. Aucun coup n’était perdu. Les obus ne pouvaient aller ni d’un côté ni de l’autre et ils ne cessaient de tuer ou de couper les jambes que lorsque leur force était arrêtée par la résistance des corps. » Le soir le régiment bivouaque prés de l’Empereur.
La mort du lieutenant adjudant major Delaitre, détesté par les hommes, surnommé « Pierre le cruel », il tombe dés le début des combats. Un boulet lui coupe les 2 jambes, juste au dessus des genoux et de ses grandes bottes à l’écuyère. Toujours vivant, il supplie « mes amis, je vous en prie, prenez mes pistolets dans les arçons de la selle de mon cheval et brûlez moi la cervelle ! ». Personne ne lui rend ce service, et sans répondre, les fusiliers grenadiers le laisse se vider de son sang. Ils se souviennent sans doute des camarades jugés et fusillés sous ses insistances, au Portugal notamment.
18 novembre 1812 (Russie) –Napoléon évacue Krasnoïe malgré que Ney n’a pas rejoint . Le régiment reprend la route « nos soldats marchaient encore en ordre, mais il était facile à voir que les combats des jours précédents les avaient démoralisés, et surtout l’abandon forcé de leurs camarades qui leurs tendaient les bras, car ils pensaient aussi que le même sort les attendait ». Sergent Bourgogne.
Le lendemain, le régiment doit reprendre les armes à la main, mais sans combat, l’église allouée au bivouac. Des rumeurs commencent à courir sur du cannibalisme, accepté « de sang froid et sans émotions » .
20 novembre 1812 Orcha (Russie) - Jours de repos à Orcha. Bivouaquant dans la neige fondue, la garde reçoit de la viande et du pain.
« Nous n’étions plus que 7 à 8 000 hommes de la garde, reste de 35 000. Encore, parmi ceux qui restaient, quoique marchant toujours en ordre, une portion se traînait péniblement » Sergent Bourgogne.
La garde attend l’arrivée de Ney, qui est bientôt faite, avec les restes de son corps d’armée.
Le 21, tous se remettent en marche, pour dormir le soir à Kokanow.
23 novembre 1812 Bobre (Russie) – Journal de Vionnet « Le froid était d’autant plus insupportable que l’armée n’avait rien à manger. Les cadavres couvraient la route. Les hommes tellement affaiblis qu’ils ne pouvaient faire de feu et mangeaient la viande de cheval toute crue ».
Le 24, le régiment rejoint la colonne du Duc de Reggio, qui avait moins souffert.
26 novembre 1812 Bords de la Bérézina (Russie) – Le régiment marche toujours en ordre, derrière le colonel Bodelin, et atteint la rivière de la Berezina « en jetant un coup d’œil sur la compagnie ( 4é du 2é bataillon ), je vis qu’elle était encore beaucoup diminuée. Le capitaine ( Laborde, chevalier de la légion d’honneur) manquait ; tous les doigts de pieds lui étaient tombés. Pour le moment, l’on ne savait pas ou il était, quoique marchant avec un mauvais cheval qu’on lui avait procuré ». Sergent Bourgogne. (le capitaine Laborde sera sauvé, et se battra comme un lion jusque sous les murs de Paris).
Le chef de bataillon Vionnet : « Après avoir passer toute la journée tout prés du pont, qui à ¼ de lieue de long ; nous remontâmes la rivière jusqu’à Stuztianca, ou l’on travaillait à construire un autre pont » (qui sera réservé au passage des voitures et des chevaux) .
Le pont construit par les sapeurs est terminé vers 13h, les travaux ayant commencés dans la nuit du 25. Le régiment patiente avant de le traverser.
27 et 28 novembre 1812 Pont de la Berezina (Russie) Passage de la rivière et combats :
le passage de la Bérezina
« le 27 au matin, sur deux ponts de chevalets que soutiennent à bout de bras, parmi les glaçons, sapeurs, pontonniers, artilleurs, marins de la garde, le passage commence : l’Empereur, la vieille garde, les voitures de la maison de l’empereur. Ensuite passent voltigeurs, tirailleurs du général Delaborde, les fusiliers du général Roguet, la cavalerie, Claparéde et ses voitures, l’artillerie. »
Source « la garde impériale » Henry Lachouque, Lavauzelle, 1982, page 268
Le chef de bataillon Vionnet passe le 27 « à la pointe du jour » avec le régiment. Le lendemain, de l’autre rive donc, il assiste aux bousculades et à la panique générale. La vue des milliers de morts qui en résulte l’afflige beaucoup. « On respirait avec peine et le froid augmentait encore ; manquant de tout, surtout de bois, nous passâmes une nuit dont on ne peut se faire une idée ».
Le sergent Bourgogne à l’ordre de repérer les traînards des fusiliers grenadiers et patiente toute la journée, pour ne passer qu’ au matin du 28 « un soldat du régiment qui m’avait aperçu, vint me dire que le régiment venait de traverser le pont et qu’il était allé se mettre en bataille en seconde ligne, derrière le corps du maréchal Oudinot, qui se battait sur notre gauche. »
Au moins 23 fusiliers sont regroupés par Bourgogne, qui se repère aux shakos et à couleur peu courante des capotes (« bleue de fer ») que la plupart porte encore.
Les combats
Chargé de couvrir le chemin de Zemblin Wilna, se placent Ney, Mortier, Delaborde, Roguet, Claparéde, Berthezéne, Tindal, Doumerc, le prince de Hesse, le marquis de Loulé, leurs aides de camps. Ensemble, leurs unités refoulent du ravin de Brodnia, à mi chemin de Borisoff, les 30 000 fantassins et les 12 000 cavaliers de Tchitchagoff . Il ne semble pas que le régiment ait combattu lors de cet engagement avec l’armée russe, mais, quelques uns sont présent en ordre de bataille, sous le feu de des tirs russes, qui
cause des pertes, comme le caporal Marcelin et un officier, tués . Quelques blessé également, dont le fusilier Dassonville, qui reçoit une balle au mollet gauche.
29 novembre 1812 Wilna (Lituanie) - La 2é division de la jeune garde ne compte plus que 800 hommes. La vieille garde ne compte plus que 2000 hommes.
Les fusiliers ( grenadiers et chasseurs ) assurent personnellement la garde de l’Empereur.
Vionnet, véritablement marqué par le tableau d’épouvante de la veille, reviens « visiter l’endroit ou s’était trouver le pont. La rivière était presque entièrement gelée et le silence de la mort faisait un contraste frappant avec l’effroyable tumulte de l’avant veille ». Il voit aussi les armées russes maintenant établies sur l’autre rive…
1 décembre 1812 (Russie)- Le régiment marche toujours avec les fusiliers chasseurs, mais chacun bivouaque de son côté, il fait de –25 à –28°.
Peu à peu le chaos s’installe et beaucoup d’hommes s’égarent, les unités se mélangent, les vivres manquent, le moral craque, les suicides fréquents .Les fusiliers marchent en colonne se tenant parfois par la main, se soutenant dans la cohue générale, d’autres perdent la raison ; c’est le pont culminant des misères de la retraite. La moitié des officiers, une vingtaine, est toujours présente dans les rangs, ainsi que le colonel Bodelin . « Les cosaques coupèrent plusieurs fois la colonne. Je marchais contre eux avec 50 fusiliers grenadiers et, bien que leur nombre fut assez considérable, un seul feu de peloton suffit pour les mettre en fuite », Vionnet.
Le 2 on est à Illia, vide de nourriture, le 3, à Malo Donetschno.
4 décembre 1812 Markovo (Russie) – Le chef de bataillon Vionnet décrit l’état de ses fusiliers à cette date : « les hommes étaient si affaiblis par la faim et par le froid qu’ils n’avaient plus forme humaine. Ils ressemblaient à ces spectres que l’on présente à l’imagination épouvantée des enfants. Pendant la nuit, on les voyait courir çà et là comme des insensés, regardant fixement devant eux sans rien dire. Leurs cheveux et leurs barbes pendaient comme des cristaux d’un lustre. Ils avaient la figure noircie par la fumée, sans souliers, sans chapeaux, le corps couvert de haillons, la tête entourée de peaux encore sanglantes .
Lorsqu’ils apercevaient du feu, ils se précipitaient dessus pour se chauffer les pieds, ils tombaient dedans sans que ceux qui étaient autour prissent la peine de les retirer. Ils mourraient au milieu des flammes auxquelles ils servaient d’aliments. Le bivouac que nous quittions ressemblait à un champ de bataille. Il était couvert de morts».
5 décembre 1812 Smorgony (Russie) – Vionnet : « Là nous apprenons que l’Empereur était parti la vielle pour Paris…on ne peut se faire une idée des malédictions dont les soldats accablèrent Napoléon lorsqu’ils surent qu’il nous avait quitté ». Les officiers tentent alors de persuader la troupe qu’il n’y a d’autre solution plus sage. Pourtant ce départ donne le signal de la dissolution complète de l’armée.
6 décembre 1812 Smorgony (Russie) – Bourgogne y arrive avec une poignée de fusiliers égarés. On trouve chez les habitants des repas chauds et un toit « il faut avoir été souffrant et malheureux comme nous l’étions, pour apprécier le bonheur d’avoir une habitation chaude, ou l’on puisse passer une bonne nuit »
Vionnet , avec le régiment, est déjà à Joupranovy : « Nous trouvons quelques granges dans lesquelles nous nous entassons pèle mêle, hommes, chevaux, cadavres ». Il voit des hommes faire des choses insensées pour manger des chevaux, et « j’ai vu de mes propres yeux des forcenés se déchirer les membres et sucer leur propre sang, tant la faim et la misère avaient altéré leur raison et réduit ces malheureux à une condition au dessous de celle des plus vils animaux ».
7 décembre 1812 (Russie) – Bourgogne retrouve la colonne de la garde « les débris de notre régiment était là, marchant toujours en ordre autant que possible », les fusiliers manquent toujours de vivres, bien que le soir un cheval soit tué . La discipline est respectée par les hommes dans les rangs, et la nuit, la garde de police est faite. La marche reprend vers Wilna, par –28° . La solidarité est de mise dans la misérable colonne des fusiliers grenadiers, qui s’arrête chaque fois qu ‘un homme tombe, ainsi, un sergent major du 2é bataillon « Arrêtez donc ! Je jure que l’on ira pas plus en avant, tant que l’on aura pas relevé et ramené les 2 hommes que l’on a laissé derrière ! ».
8 décembre 1812 Prés de Wilna (Lituanie) – Vionnet voit son bataillon périr de misère, et assiste à des scènes d’abandon, certains de ses hommes s’asseyant et se laissant mourir « en un instant ». Cette journée est la pire, beaucoup de chevaux tombent d’épuisement. « Presque tous nos soldats avaient jeté leurs fusils », l’état des hommes est difficilement descriptible : « On en voyait n’ayant plus que les os des mains et les doits, la chair était tombée, d’autres, enfin, étaient devenus fous ».
9 décembre 1812 Wilna (Lituanie) – Le régiment des fusiliers grenadiers entre à Wilna. On se précipite dans les maisons et les magasins sont pillés. Vionnet « achète » 12 bouteilles de vin, du pain et de la viande, mais ne peut avaler que du potage. Tout le monde s’endort rapidement, la ville étant gardé par les grenadiers de la vieille Garde.
10 décembre 1812 Wilna (Lituanie) – Bourgogne arrive à son tour : a l’arrivée dans la ville, une maison est désignée à chacun des 2 bataillons et une maigre distribution de viande de bœuf est faite, certains la dévorent crue (tel le sergent Poton, pourtant gentilhomme de Bretagne). Des hommes meurent d’épuisement en entrant dans la ville (le fusilier Faloppa, italien du Piémont) .
Bientôt les troupes russes et bavaroises arrivent. La garde se met en arme, pour les fusiliers grenadiers, quelques hommes et une vingtaine d’officiers .Les deux partis étant de toute façon épuisé, le combat s’arrête après une escarmouche. Au soir tous dorment bientôt, réchauffés par un bon feu et le ventre garni !
« Nous nous trouvions en ce moment, environ 60 et quelques hommes, reste de 2000 », mais Bourgogne ne voit que les fusiliers en unité, bien d’autres sont aussi à Wilna.
Vionnet reprend des forces : « avec quel bonheur nous pûmes nous laver, couper nos longues barbes sales et crasseuses qui nous faisaient ressembler à des sauvages ! »
Le colonel Bodelin encourage les survivants de ses fusiliers grenadiers :
« Allons, mes enfants ! Je ne vous dirai pas d’avoir du courage, je sais que vous en avez beaucoup, car depuis 3 ans que je suis avec vous (juillet1809), vous en avez, dans toutes les circonstances, donné des preuves, et surtout dans cette terrible campagne, dans les combats que vous avez eu à soutenir, et par toutes les privations que vous avez eu à supporter. Mais souvenez vous bien plus que, plus il y a de peines et de dangers, plus aussi il y a de gloires et d’honneur, et plus il y aura de récompenses pour ceux qui auront la constance de la terminer honorablement ! » Sergent Bourgogne
Le colonel tiendra parole, mais il a beaucoup souffert de la campagne et obtiendra dés que possible sa retraite, agé de 49ans. Il quittera ainsi de lui même sa seule raison de vivre, l’armée.
Un officier du régiment meurt, un autre le 13 du mois.
Le régiment perd ses 2 chirurgiens :
Le chirurgien de 2é classe Caïn, présent au régiment depuis sa formation en 1807 ; est blessé à Wilna, et abandonné sur place (disparu) . Même sort pour le chirurgien major Charlier, qui n’était pas sur les listes d’officiers du régiment au 1er juin . Il avait remplacé le major Mouton , en retraite avant l’entrée en Russie . Charlier et Caïn sont sans doute restés, avec 6 autres officiers du service de santé (Maugue, Le Tetu, Demont, Ducroix, Seonda et De Martimprey) dans les hôpitaux de Wilna, qui accueillent 25 000 rescapés. Ainsi, sur un document du 21 mars 1813, Charlier (ou Charles), est dit prisonnier.
Source : « Le service de santé aux armées sous Napoléon 1er » Thèse de doctorat de Jérôme Poirier, 1990, Université de Poitiers.
L’ordre d’évacuer Wilna donne l’heure de départ : minuit. On reprend espoir en apprenant que des troupes fraîches arrivait.. des fusiliers préfèrent pourtant restés plutôt que d’affronter de nouveau le froid. (Vionnet)
11 et 12 décembre 1812 route de Kowno (Lituanie) –Vionnet arrive à Jewi à midi : « Nous logeâmes à Sismari, bien que le temps fut horrible et le froid très vif nous marchions bien, ayant pu manger un peu ». On se repose l’après midi avec ce qui reste du corps d’armée hessois du prince Emile. La marche reprend à 20 heures et dure toute la nuit. Le 12 vers 10 heures du matin, les fusiliers grenadiers sont à Kowno, ou Vionnet reste 1 journée.
C’est à ce moment que le trésor est pillé, puis reparti aux troupes qui l’escortait.
14 décembre 1812 Virlballen (Prusse orientale) – Le Niémen est passé. A l’arrivée en pays « ami », une première réorganisation : « nous aperçûmes un grand poteau avec une inscription qui indiquait aux soldats des différents corps la route qu’ils devaient suivre . Nous primes celle indiquée pour la garde impériale ».Sergent Bourgogne
Au soir ce dernier se voit remettre par son ami Ponton, qui n’en peut plus, documents et testament pour sa famille : « Adieu bonne mère, mon amie, adieu ma chère, ma bonne Sophie ! Adieu Nantes ou j’ai reçu la vie, adieu, belle France, ma patrie, adieu mère chérie, je vais quitter la vie, adieu ! ».
Le chef de bataillon Vionnet, lui, retrouve bien vite son naturel et son dédain pour la troupe :« On ne peut se figurer à quoi ressemblait notre armée, à un vrai ramassis de brigands sans armes, sans ordre, sans chefs, pillant et dévastant tout sur leur passage » .
Le 15, le régiment se repose à Virlballen.
16 décembre 1812 Wilbalen (Prusse orientale) – Sergent Bourgogne : « En entrant, nous apprîmes que le Roi Murat y était avec tous les débris de la Garde Impériale ».
Les hommes se serrent dans des maisons. A 3 heures, revue par Murat, qui compte regrouper les hommes par unités. Ordre est bien donné à tous les survivants de la garde de se regroupés à Elbing (Pologne), mais Murat ne vient pas, désertant son poste pour filé vers son royaume italien, la revue tourne court avant que les corps soient reconstitués.
Le lendemain, 17, à Haluponen, cela fait 60 jours que la retraite à débutée.
18 décembre 1812 Instembourg (Prusse orientale) - La garde impériale y passe, réduite à un seul bataillon, mais enfin en pays « ami ». Beaucoup voyagent en traîneau.
Vionnet trouve à manger : potage, bœuf, 2 poulets et 4 bouteilles de vin pour 4 personnes : « un banquet magnifique ».
Bourgogne est à Wehlau pour le même jour, ou il trouve 2000 hommes rassemblés, et quantité de traîneaux, il arrive à Instembourg le 19. Il est à Eylau le 20, à Heilsberg le 21. A chaque fois des billets de logement attendent les hommes, mais on ne traîne pas, les cosaques sont proches.
« Insterbourg, petite ville de la Prusse orientale, elle à 3000 habitants » Source « Dictionnaire géographique portatif » Vosgien, 1806
Le 21, le chef de bataillon Vionnet, malade, quitte le régiment pour gagner au plus vite Königsberg, ou le régiment doit se regrouper.
25 décembre 1812 Königsberg (Prusse orientale) - La garde impériale arrive dans cette ville, et va s’y reposer au moins pour une semaine.(La capitale de la Prusse à 53000 habitants à cette époque). La campagne de Russie est terminée.
« En présence des manifestations hostiles dont nos troupes font l’objet, manifestations encouragées par le Tsar Alexandre, en raison surtout de la défection des prussiens, de la conduite suspecte des autrichiens, Murat ne sent plus en sécurité dans Königsberg . Il évacue la vieille Prusse et l’armée bat en retraite vers la Vistule ».
Source « les campagnes napoléoniennes » A. Pigeard, Quator, 1998
Les deux régiments de fusiliers n’ont plus que 288 hommes, mais en ordre et disciplinés et 57 officiers.
Bilan des pertes de la campagne de Russie pour les fusiliers grenadiers .
Le régiment avait1421 hommes le 15 juin 1812, et les 2 régiments de fusiliers (grenadiers + chasseurs) n’en on plus que 288 dans les rangs au 25 décembre, mais bien des hommes ont quittés la colonne, ne pouvant la suivre, et rejoignent peu à peu . Combien peuvent encore servir ? Bourgogne nous dit bien que certains ont perdus leurs doigts ou le nez. Une estimation peut laisser penser que 300 à 500 fusiliers ont échappés à l’hiver russe.
Sur les 42 officiers d’avril 1813, seuls 4 étaient présent en juin 1812 (capitaine Laborde, capitaine Goussin, capitaine Rostein et Lieutenant en second Pasquy) , malgré cela Bourgogne nous renseigne encore, disant bien que dans la maigre colonne des fusiliers qui est Wilna, une vingtaine d’officiers sont présents. Leurs pertes est donc d’environ 50%. Bien que mutilés, tel le capitaine Laborde, qui perd ses doigts de pied, certains continueront de servir .
Le nouveau visage du régiment après la Russie :
Le régiment du colonel Bodelin est détruit, et n’existe plus que sur le papier jusqu'à l’arrivée de conscrits, et ceux ci auront bien peu d’anciens pour les encadrer, sans compter que la majorité de ces derniers prend bientôt du galon et se retrouve dans la ligne.
La seule différence avec un régiment d’infanterie de ligne classique sera donc un équipement de qualité, et « un esprit de la garde » que les officiers s’efforceront de faire passer (il place 2 anciens, le capitaine Rostein et le lieutenant en second Pasquy comme adjudants majors), mais cela n’empêchera pas la multiplication des désertions.
Quelle différence avec 1807, ou les anciens vélites de la Garde, soldats expérimentés et victorieux donnèrent un « esprit de gagneurs » aux jeunes conscrits !
Le mot de la fin est à Bourgogne : « C’était le pays du diable, car l’enfer était partout ».
31 décembre 1812 Königsberg (Prusse orientale) – Les survivants du régiment arrivent à cette ville, généralement par traîneaux de 2 ou 3 hommes. Les officiers ont ordre de quitter au plus vite, l’ennemi étant proche.
(« après 1812 ») les couleurs des épaulettes à frange s’inversent (voir janvier 1809) : elles sont désormais rouges rayé de 2 bandes blanches, franches et tournante blanche . Le pompon lentille remplace le pompon carotte (voir aussi 16 janvier 1809) .
Janvier 1813 Elbing (Pologne) – Toujours avec Murat et les restes de l’armée, les fusiliers grenadiers présents dans le bataillon de la Garde, viennent de passe Braunsberg, et arrive à Elbing, et bientôt à Thorn, se dirigeant vers Posen . Ney et Macdonald protégent la retraite .
Bourgogne ayant voyagé en traîneau est en ville depuis le 24 décembre.
Bien qu’encombrée, la ville offre des billets de logements et chacun peut enfin manger, dormir, et faire laver les vêtements, tandis que les blessures sont soignées. Chaque jour il y a un appel.
Des survivants arrivent tout les jours, ainsi le 1er janvier « j’aperçu 2 soldats du régiment, ils marchaient avec peines, courbés sous le poids de leurs armes et de la misère qui les accablait. En me voyant, ils vinrent de mon coté, et je reconnu, à ma grande surprise, 2 hommes de ma compagnie(4é Cie, 2é Bat.) que je n’avais pas vus depuis le passage de la Bérézina ». Malheureusement « un grand nombre était sans nez ou sans doigts aux mains ou aux pieds ; quelques uns réunissent tous les maux à la fois ». Sergent Bourgogne
Le 4 janvier, Vionnet arrive à son tour (il écrit « Elbingen »). Malade, il demande au général Roguet la permission d’être évacué – ce qui lui est refusé, il se doit de rester avec ses hommes. Le 11, on lui donne l’ordre de se rendre à Marienburg.
Janvier 1813 Posen (Pologne) -Arrivée à Posen, ou la garde est regroupée . Les régiments (ou ce qu’il en reste) font leur compte, les hommes se reposent et se soignent.
Un guide nous renseigne sue l’allure de la ville, mais l’heure n’est pas au tourisme :
« Posen, Posna, belle et considérable ville de la Grande Pologne, avec un beau château et un évêché suffragant de Guesne . La cathédrale est magnifique . Cette ville prétend être la capitale de la Grande Pologne . Elle est marchande, et est dans une belle plaine environnée de coteaux agréables, sur la rivière de Warta ... »
Source « Dictionnaire géographique portatif », Vosgien, 1806
11 janvier 1813 Posen (Pologne) Arrivée miraculeuse d’un soldat que tous regrettaient : « le père Elliot », plus ancien soldat du régiment « qui avait fusil, sabre et croix d’honneurs», vieux de la campagne d’Egypte. « Il avait les pieds gelés, enveloppés de morceaux de peaux de mouton, les oreilles couvertes de même, car elles étaient aussi gelées, la barbe et les moustaches hérissées de glaçons » Il arrive seul et pleure devant ses compagnons retrouvés, exprimant ainsi toutes les souffrances endurées .Sergent Bourgogne.
24 janvier 1813 Posen (Pologne) -Etat de ce qui fut la garde : sur les 1243 officiers et 42 000 hommes qui avaient traversés le Niémen en juin 1812, seul 103 officiers et 2600 hommes sont présents . Les fusiliers grenadiers sont regroupés en un seul bataillon , après l’arrivée d’ isolés à Posen .
26 janvier 1813 Posen (Pologne) -A midi, le prince Eugéne passe la garde en revue. Les troupes ont besoin d’une refonte complète. Il faut restaurer la discipline et remettre les esprits en ordres, reprendre les correspondances avec les dépôts, payer la solde, supprimer les tenues fantaisies, bonnets de fourrures etc …Des isolés rejoignent toujours leur unités.
Le général Roguet forme une division avec tout les restes de la garde.
29 janvier 1813 Leipzig (Allemagne) – Ayant laissé ses hommes, le chef de bataillon Vionnet cherche dans cette ville le colonel Bodelin, sans sucée. Il apprend que tout les officiers doivent se rendre à Paris par la poste. Il y sera le 18 février, et mis en convalescence jusqu’au 20 mars.
19 février 1813 Posen (Pologne) - Les malades et amputés sont évacués vers Francfort. La division s’apprête à quitter Posen pour se replier sur l’Elbe.
printemps 1813 (Allemagne) - Des hommes , conscrits ou choisis dans les régiments de la ligne, sont versés dans la garde, réorganisée . Après les terribles pertes de la campagne de Russie, au moment de l’arrivée des « Marie Louise », la plupart des anciens sont dirigés vers Paris.
5 mars 1813 Francfort (Allemagne) – Rassemblement de toute la garde .
Francfort à 33 000 habitants, elle est sur le Main, « c’est l’entrepôt de tout le commerce avec la Hollande. »(Vosgien)
7 mars 1813 Paris (France) – La Garde se reconstitue avec de jeunes conscrits, surnommés les « Marie Louise ».
Le chirurgien Lagneau, récemment nommé aux fusiliers grenadiers, observe ce qui se passe à la caserne de Courbevoie : « l’organisation de mon régiment est assez longue ; car on nous envoie beaucoup de conscrits des levées non appelées des années antérieures, mais il y à encore un choix à faire », et c’est la sa tâche. Les conscrits seront amenés en Allemagne par Vionnet, ancien chef de bataillon aux fusiliers grenadiers, de 1810 à 1812.
Lettre du fusilier Pierre Jacques Rasquinet., conscrit de Hermée, département de Belgique. Rasquinet remplace son frére aux armées, croyant, il est un peu désemparé du départ de son foyer, et détaille tout son voyage jusqu'à la caserne de Courbevoie :
« Paris le 7 mars 1813,
….Nous partîmes de Liége, le 19 février en passant par Huy, Namur, Charleroi, Beaumont, Avesnes, Vervins, Laon, Soissons, Villers Cotterets, Dammartin et Saint Denis. Le 3 mars, nous avons arrivés à Courbevoie, notre destination, ou nous avons restés jusqu’au 6. Nous avons été désignés pour être fusiliers. Nous avons été conduits le même jour à la caserne de Pantmon (Pentemont, ancienne abbaye bénédictine située rue Grenelle) à Paris.
Le 7, nous avons passé la revue du général. Avant de m’éloigner de vos personnes, j’étais assez résolu à partie content. Mais dans le chemin, la douleur a agi sur un cœur qui n’est pas entièrement de bronze, qu’il m’était assez dur de quitter mon pays et mes parents. Mais à présent ; grâce à Dieu, je me suis abandonné à sa volonté, que puisque je servais mon empereur, j’avois la consolation de mettre mon frére hors de danger .
Fusilier Rasquinet, 2éme bataillon».
Source : « Lettres de grognards » E. Fairon et H. Heuse, Librairie G. Courville, Paris, 1936
10 mars 1813 prés de Leipzig (Allemagne) – Les rescapés des fusiliers grenadiers cantonnent avec les autres unités de la garde . On attend tranquillement l’arrivée des renforts, courant mai.
20 mars 1813 Paris (France) – Le chef de bataillon Vionnet n’est pas content ! Il a perdu toutes ses affaires, les uniformes d’officiers de la Garde coûtent fort cher, et il ne reçoit aucun avancement . De plus on lui donne l’ordre de repartir avec un régiment de fusiliers grenadiers entièrement reconstitué vers l’Allemagne, ce sera chose faite le 31, après qu’il ait dépensé ses dernières économies dans l’achat d’un trousseau, de chevaux et engagé des domestiques.
21 mars 1813 Bien que déjà présent, et même en permission, le chirurgien Lagneau reçoit sa nomination officielle aux fusiliers grenadiers :
« ORDRE DU 21 MARS 1813
SUPPLEMENT A L’ORDRE
Monsieur Lagneau, chirurgien major au 4é régiment de tirailleurs grenadiers, se trouvant le plus ancien à l’arme, remplacera aux fusiliers grenadiers Monsieur Charles, resté prisonnier.
Monsieur Belloc, chirurgien major du bataillon bis de fusiliers, remplacera au 1er régiment de tirailleurs grenadiers Monsieur Chappe admis à la retraite.
Le général de brigade, Baron Michel. »
30 mars 1813 Paris (France) – Beaucoup de rescapés de la campagne de Russie sont arrivés à Paris depuis quelques jours. A la Malmaison, Napoléon décore personnellement les plus braves, ainsi le sergent Bourgogne devient Lieutenant, et le sergent Pierson est décoré de la légion d’honneur.
Des familles de fusiliers, apprenant par les gazettes la présence de rescapés du régiment, viennent aux nouvelles, c’est ainsi que Bourgogne apprend à la famille Gros Jean la disparition des 2 frères au passage de la Berezina, leur laissant l’espoir d’une éventuelle captivité. Le 3é fils Gros- Jean, du 2é lanciers, a disparu aussi au même et funeste endroit.
31 mars 1813 Paris (France) - Le chef de bataillon Vionnet part pour l’Allemagne « avant le jour » avec un régiment de fusiliers reconstitué. On marche la journée et bien que le temps fut « charmant », les soldats « n’en était pas moins fatigués . On leur faisait faire une heure d’exercices en arrivant au cantonnement ainsi que pendant la route, durant chaque repos. Ces troupes d’ailleurs avant d’aller à l’ennemi n’eurent d’autre instructions que celle donné à chaque étape ».
Les étapes jusqu'à Mayence sont : Claye, la Ferté, Château Thierry (repos 1 jour), Dormans, Epernay, Chalons (repos), Auve, Clermont, Verdun (repos), Mars la Tour, Metz, Courcelles, Saint Avold (repos), Sarrebruck, Hombourg, Landshut, Kaiserlautern (repos), Venweiller, Mayence, le 24 avril.
13 avril 1813 (Allemagne) -
Le régiment à un nouveau commandant, toujours « un vieux de la vieille » issu de la Garde, ayant gagné ses galons au feu. Il hérite d’une unité entièrement renouvelée mais jeune et inexpérimentée, seuls 3 de ses officiers sont des anciens. Quand à Pierre Bodelin, qui lui confie ses fusiliers, marqué par la campagne de Russie, épuisé à 49 ans, prend sa retraite, comblé par Napoléon de 2 belles rentes (6000francs), et du grade de général de brigade.
Flamand fera rapidement ses preuves et sera nommé aussi général de brigade, mais pour prendre un autre commandement, en septembre de la même année .
Le régiment est en route vers l’Allemagne, aussi, malgré la belle liste qui suit, Flamand n’a sous ses ordres ce jour la, que quelques officiers et réscapés de Russie. Vionnet, qui commande la colonne de renforts, apprendra bientôt sa nomination au grade de Major et sa mutation pour un commandement dans la jeune Garde.
Jean François FLAMAND
Né le 21 juin 1766 à Besançon (Doubs) de Claude François Flamand, maître menuisier,
et de Simone Buchon
Blessé le 18 octobre 1793
Chevalier de la légion d’honneur le 14 juin 1804, Chevalier de l’Empire le 20 août 1808
Colonel major le 29 mai 1809 au 2ém régiment de tirailleurs grenadiers de la garde
Baron d’Empire le 23 octobre 1811
Colonel le 13 avril 1813 au régiment des fusiliers grenadiers
Général de brigade le 14 septembre 1813 et quitte le régiment des fusiliers grenadiers
Blessé le 1er février 1814, lors de la défaite de Napoléon à La Rothiére (France)
Meurt le 10 décembre 1830, à l’âge de 64 ans. (une autre source indique 1838)
Organisation du régiment sous le commandement du colonel Flamand :
Commandant : major Flamand, officier de la légion d’honneur
Officier payeur : capitaine Goussin, chevalier de la légion d’honneur
Chef de bataillon : Leglise, officier de la légion d’honneur
Chef de bataillon :Lafargue, chevalier de la légion d’honneur
Adjudant major : capitaine Rostein, officier de la légion d’honneur
Adjudant major : capitaine Pelée, chevalier de la légion d’honneur
Sous adjudant major :lieutenant en second Senot
Sous adjudant major :lieutenant en second Pasquy, chevalier de la légion d’honneur
Chirurgien major : Belloc
Le chirugien Lagneau fait parti du regiment mais n’apparaît pas sur l’original de cette liste
Aide major : Olinet
1er bataillon
1ére compagnie
Capitaine Galvigny, chevalier de la légion d’honneur
Lieutenant en premier Colomb, chevalier de la légion d’honneur
Lieutenant en second Chapelle
Lieutenant en second Oudiette
2éme compagnie
Capitaine Hilaire, chevalier de la légion d’honneur
Lieutenant en premier Lyon, officier de la légion d’honneur
Lieutenant en second Vialette
Lieutenant en second La Pomerede
3éme compagnie
Capitaine Ridet, chevalier de la légion d’honneur
Lieutenant en premier Bedel, chevalier de la légion d’honneur
Lieutenant en second Beruelle
Lieutenant en second Lecomte
4éme compagnie
Capitaine Laborde ,officier de la légion d’honneur
Lieutenant en premier Deschamps
Lieutenant en second Mauriac
Lieutenant en second Bribot
2éme bataillon
1ére compagnie
Capitaine Beaurain, chevalier de la légion d’honneur
Lieutenant en premier Banelle
Lieutenant en second Feucheroux
Lieutenant en second Goumeaux
2éme compagnie
Capitaine Cretté, chevalier de la légion d’honneur
Lieutenant en premier Lebeau, chevalier de la légion d’honneur
Lieutenant en second Passot
Lieutenant en second Baston
3éme compagnie
Capitaine Gabillot, chevalier de la légion d’honneur
Lieutenant en premier Oury
Lieutenant en second Berthet
Lieutenant en second René
4éme compagnie
Capitaine Geoffroy, chevalier de la légion d’honneur
Lieutenant en premier Harlet, chevalier de la légion d’honneur
Lieutenant en second Marsan
Lieutenant en second Jaillard
23 avril 1813 La reconstitution des régiments comprend également celle des musiques, mais pas toutes . Celle des fusiliers grenadiers est cependant maintenue :
Musiques de la Garde existantes à partir du 23/04/1813 :
1er régiment de grenadiers de la vieille garde
1er régiment de chasseurs de la vieille garde
1er régiment de fusiliers grenadiers de la moyenne garde
1er régiment de flanqueurs chasseurs de la jeune garde
1er régiment de tirailleurs grenadiers de la jeune garde
4éme régiment de tirailleurs grenadiers de la jeune garde
7éme régiment de tirailleurs grenadiers de la jeune garde
10éme régiment de tirailleurs grenadiers de la jeune garde
1er régiment de voltigeurs chasseurs de la jeune garde
4éme régiment de voltigeurs chasseurs de la jeune garde
7éme régiment de voltigeurs chasseurs de la jeune garde
10éme régiment de voltigeurs chasseurs de la jeune garde
Source « Histoire de l’infanterie » Belhomme, tome 4, page 169 (cité par A Pigeard)
24 avril 1813 Erfurt (Allemagne) – Les rescapés de la Garde viennent de quitter Erfurt, et marchent vers Gotha, suivant le 6éme corps d’armée, étendu de Gotha à Vacha, en passant par Eisenach .
Mayence , ce même jour, les renforts destinés au régiment, commandés par le chef de bataillon Vionnet, passe le Rhin .
25 au 29 avril 1813 Erfurt (Allemagne) –Napoléon est de retour de France, avec une armée de 150 000 hommes.
La division de la garde arrive à Naumburg le 29, toujours à la suite du 6éme corps d ‘armées, qui franchit la Saale, et débouche dans la plaine de Lützen .
Le 25, à Francfort, le chef de bataillon Vionnet apprend sa promotion au grade de major et à connaissance de son commandement : le 2é régiment de tirailleurs de la jeune Garde Impériale. Nous quittons donc ce précieux témoin qui nous a décrit la campagne de Russie.
2 mai 1813 Gross Görschen (Allemagne) - Bataille de Lützen
Le régiment combat dans la 1ére et la 2ém divisions d’infanterie de la Garde , à raison d’un bataillon
par division :
1ére division d’infanterie de la Garde - Général Dumoustier
1ére brigade – général Lanusse (2 200 hommes)
Grenadiers à pied (1 bataillon)
Chasseurs à pied (1 bataillon)
Fusiliers grenadiers (1 bataillon)
Fusiliers chasseurs (1 bataillon)
2éme brigade – général Berthezène ( 3 500 hommes)
1ére régiment de voltigeurs (2 bataillons) major Jamin
6éme régiment de voltigeurs (2 bataillons) major Castanié
2ém régiment de voltigeurs (1 bataillon)
2ém régiment de tirailleurs (2 bataillons) major Flamand
3ém brigade – général Tindal (3700 hommes)
1er régiment de tirailleurs (2 bataillons) major Christiani
6ém régiment de tirailleurs (2 bataillons) major Trapier
7ém régiment de tirailleurs (2 bataillons) major Concourt
2éme division d’infanterie de la Garde - Général Barrois
1ére brigade – général Decouz (2 400 hommes)
Grenadiers à pied (1 bataillon)
Chasseurs à pied (1 bataillon)
Flanqueurs chasseurs
2éme brigade – général Mouton – Duvernet (3 300 hommes) (le chiffre semble trop élevé)
Fusiliers grenadiers (1 bataillon)
Fusiliers chasseurs (1 bataillon)
3ém brigade – général Boyeldieu ( X hommes)
7éme régiment de voltigeurs (2 bataillons)
3ém régiment de tirailleurs (2 bataillons)
Flanqueurs grenadiers (2 bataillons)
La bataille de Lützen
« Les français qui se dirigeaient sur Leipzig furent attaqués par les prusso- russes non loin de Lützen . Napoléon fit faire mouvement à toutes ses troupes . Blücher, par une attaque furieuse, attaqua le village de Kaja –tenu par l’armée française- qui fut pris et repris plusieurs fois, jusqu’au moment ou 16 bataillons de la vieille et de la jeune garde, précédés de 80 canons, y pénétrèrent . Malgré une dernière attaque de Blücher, les souverains alliés furent contraints de battre en retraite et se retirèrent derrière l’Ester pour marcher ensuite sur Dresde . Le manque de cavalerie empêcha les français d’avoir une victoire complète . L’héroïsme des jeunes conscrits fut salué par Napoléon en ces mots : »Depuis 20 ans que je commande les armées françaises, je n’ai jamais vu plus de bravoure et de dévouement . Mes jeunes soldats ! L’honneur et le courage leur sortaient par tous les pores . »
Source « Dictionnaire de la grande armée » A. Pigeard, Tallandier, 2002
La bataille de Lützen vue par les fusiliers grenadiers :
« 16h…seule la garde est en ligne de bataille derrière le 3é corps, mais l’empereur ne songe pas à la faire intervenir . Quelques bataillons du 3é corps commencent à se débander : Napoléon les ramène d’un geste . La brigade Lanusse de la jeune garde (dont le 1er bataillon des fusiliers grenadiers) se jette sur Kaja et s’empare du village : cette action à pour effet de ramener tout le 3é corps en avant .… 17h… Napoléon lance le 3éme corps et la jeune garde sur la ligne Rahna – Klein – Görshen ..19h les alliés fléchissent partout.
Source : « les campagnes napoléoniennes » Alain Pigeard, Editions Quatuor, 1998 , tome 2
Voir aussi à « 21 juillet 1813 » la longue et belle lettre du fusilier grenadier Dufraisne, qui détaille les combats du régiment : « Nous autres fusiliers avons toujours été en observation et n’avons pas perdu du monde par les balles. Mais les boulets et les obus, qui tombaient comme la grêle sur notre colonne, en ont emportés beaucoup. » Il y décrit aussi l’épouvantable mort du maréchal Mortier, son corps éclatant sous un boulet, et les morceaux sanglants tuant à leur tour des fusiliers.
5 mai 1813 Kolditz. (Allemagne) - La garde, jeune et vieille en poursuite de l’armée russe qui retraite, règle ses comptes avec les troupes de Miloradowitch, les adversaires impitoyables de la retraite de Russie, qui sont impitoyablement massacrés.
8 mai 1813 Dresde (Allemagne) – Poursuivant l’armée russe en déroute, Napoléon et l’armée française entre à Dresde . « Une fois maître de cette capitale, il somme le roi de Saxe qui s’est retiré à Prague dans les états autrichiens d’avoir à rentrer dans son royaume sous peine de déchéance » .(A. Pigeard) .
« Dresde, en haute saxe, à 60 000 habitants, est sur l’Elbe, qui la divise en deux villes , la vieille, et un grand arsenal . Il y a des fonderies de bombes et de canons . » (vosgien)
12 mai 1813 Dresde (Allemagne) - 10heures. Toute la garde est sous les armes sur le chemin de Pirna, la gauche au Gross Garten. La garde encadre l’entrée de Napoléon et du Roi de Saxe.
18 au 20 mai 1813 Dresde (Allemagne) – Napoléon quitte Dresde avec la Garde.
Prés de Bautzen, le 19, combats de Koenigsartha et Wessing . Les fusiliers grenadiers et la jeune garde ne sont pas engagés au combat .
L’armée française se met en mouvement le 20 sur les lignes de la Spree. La rivière est difficile à franchir selon Lagneau, parce qu’elle est encaissée. Des russes se montrent.
21 mai 1813 Bautzen(Allemagne) La grande armée est à 50 km à l’est de Dresde :
La bataille de Bautzen :
« Le 20 mai à midi, l’armée française se mit en mouvement ; les russes furent chassés de leur position de Tronbreg tandis que Blücher se maintint seul sur les hauteurs de Krieckwitz appelées les « Thermopyles de l’Allemagne ». Napoléon réserva alors l’attaque de la seconde ligne ennemie pour le lendemain afin de laisser à Ney le temps de tourner la ligne des alliés . Le 21, journée de Würschen, c’est Oudinot qui reçut l’attaque prusso – russe, mais Blücher arriva à sauver la situation à cause de Ney qui hésita à s’engager à fond ; les alliés purent se retirer sur Görlitz et le manque de cavalerie empêcha la Grande Armée de concrétiser une fois de plus son avantage . »
Forces françaises : 100 000 hommes, pertes 15 000 tués et blessés
Forces prusso -russes : 92 000 hommes, 15 000 tués et blessés
Source « Dictionnaire de la grande armée » A. Pigeard, Tallandier, 2002
La bataille de Bautzen vue par les fusiliers grenadiers :
La lettre du fusilier grenadier Dufraisne (voir au 21 juillet 1813) nous apprends que le régiment était sous le feu « d’une huitaine de pièces de canons » ennemis pendant 12 heures. Après 17h, les fusiliers enlèvent alors cette position. Les pertes ont été importantes : « la journée à coûté cher ».
22 mai au 18 juin1813 (Allemagne) – Extraits du journal du chirurgien Louis Vivant Lagneau, qui donne jour après jour la position du régiment :
-« 22 mai. Poursuite de l’ennemi pendant 7 lieues (environ 30km). Il défend toutes les positions qu’il
trouve sur son chemin .Bivouac à ¾ de lieue de Gorlitz ».
C’est à cet endroit que sont tués par un boulet le Maréchal Duroc et le général du génie
Kirschener.
- 23 mai. On poursuit l’ennemi. Nous traversons Gorlitz. Nous bivouaquons à ½ lieue plus loin.
-24 mai. Départ du camp, pour 2 lieues plus loin, à Thomassald.
-25 mai. Camp prés de Bunzlau, petite ville, la 1ére de Silésie ; la rivière de Gucis sépare les états
saxons des prussiens.
-26 mai. Campement prés d’Haynau, petite ville à 6 lieues.
-27 mai. Liegnitz, à 12 lieues de Breslau et à 14 de Gloglau.
-28 mai. Repos.
-29 mai. Bivouac, en avant de Liegnitz, route de Breslau.
-30 mai. Bivouac auprès de Neumarckt, petite ville à 7 lieues de Breslau, et à 2 seulement du bivouac
d’hiver.
-31 mai, 1er, 2, 3 et 4 juin. Repos. J’écris à mon ami Mouton . (ancien chirurgien du régiment).
-5 juin. Départ de Neumark. Nous couchons à Marwitz
-6 juin. Arrivée à Brodlavitz, village à ¼ de lieue de Raudden, petite ville ou se trouve le quartier
général. (8 lieues)..
-7 juin. Départ le soir pour Kanowitz, avec le 1er bataillon. L’état major est à Weissig, à ½ lieue
de nous, qui sommes à 3 petites lieues de Glogau et à 2 de Raden.
-10 juin. Départ de Kanowitz, ou nous avons commencé de traiter nos galeux (69), nous arrivons
à Guaritz…
-11 juin. Arrivée à Beuthen…Les cosaques qui y étaient hier au soir se sont retirés sur la rive droite.
A Beuthen, nous établissons nos cantonnement pour quelques jours. Ce 11 juin j’engage comme
domestique le nommé Antoine Maréchal, de Barisen la Côte, Meurthe, pour 20 francs par mois.
Il en aura 40 quand nous serons en France ; car alors il se nourrira lui même, puisqu’il n’aura
plus mes rations de campagne.
-17 juin. Reçu de l’officier payeur 222francs 55 pour le traitement des galeux, plus 200 francs pour
1ére mise de médicaments, linge, etc…, pour les cantines d’ambulances. Je retire mes reçus en
donnant ceux de l’apothicaire.
-Le (18 ?) juin. Reçu le mois de mai et les indemnités, 403 francs 37. Etant à Beuthen, l’apothicaire
du lieu m’annonça le 1er, ce que j’hésitais à croire, que Bernadotte, le Prince Royal de Suède,
était allé en Bohème, en passant non loin de nous, pour une entrevue avec les empereurs
de Russie et d’Autriche et le roi de Prusse. Plus tard, cette démarche d’un ancien général de la
République Française ne nous a été que trop confirmée. C’était le général hollandais Tendal qui
Commandait notre brigade de la Garde à Beuthen. Il était colonel général de la Garde
hollandaise du Roi Louis qu’on avait réunie à notre Garde française… »
27 Juin 1813 Beuthen (Allemagne) – On va enfin toucher une solde ! Pour les anciens, rien n’a été perçu depuis septembre 1812.
« Conformément aux ordres de l’Empereur, l’armée est prévenue que tout ce qui est du pour la solde des mois de janvier, février, et mars 1813, sera acquitté sans délai, pour les présents sous les armes, dans les revues et mandats des inspecteurs aux revues ;que la solde du mois d’avril dernier sera payée aux généraux, officiers, sous officiers et soldats et à l’administration, sur revues et mandats des inspecteurs, également aux présents sous les armes.
Le payeur général de l’armée fera le nécessaire pour l’exécution du présent ordre.
Au quartier général impérial de Dresde,
Le 27 juin 1813.
Le Prince, vice connétable, major général, Alexandre »
Source : « souvenirs de 2 généraux du 1er empire » Librairie historique Teissedre, 1999
14 juillet 11813 Beuthen (Allemagne) –Extrait du journal du chirurgien Lagneau : « Départ de Beuthen pour aller cantonner à Banau, à une lieue. »
21 juillet 1813 Banau (Allemagne) – Lettre du fusilier grenadier Joseph Dufraisne, originaire de Herstal, Belgique . Il est cantonné à Croskobvitz , prés de Banau. C’est une belle et très intéressante lettre décrivant les combats du mois de mai et les conditions de vie depuis cette époque :
Lettre adressée à : «Deprez, négociant à Herstal »
« Camp de Croskobvitz, 21 juillet 1813,
Très cher ami,
Impatient de vous donner de mes nouvelles et encore plus d’en recevoir des votres, excusez moi si j’ai tardé si longtemps à le faire ; les nouvelles du jour doivent vous en donner la cause. Car vous ne devez pas ignorer les sanglants combats auxquels je me suis trouvé.
Exemple à la bataille de Lutzenne (Lützen), qui s’est donnée le 2 mai, qui sans contredit est le combat le plus sanglant, ou étant exposé, j’ai vu le moment ou la Garde allait donner de la manière la plus terrible (s’entend les fusiliers) et montrer qu’ils voulaient vaincre ou mourir, quand j’ai vu la première et seconde ligne battre jusqu’à 4 fois en retraite, sans savoir de quel côté était le gain. Enfin la seconde charge a été une des plus fortes, a obligé l’ennemi d’évacuer le poste qui les rendoit si puissants, après avoir perdu grand nombre des 2 côtés. Ce sont les voltigeurs de la Garde qui ont été la cause du gain de cette bataille, ils ont perdu grand monde, jusqu’à 50 à 60 par compagnie.
Nous autres fusiliers avons toujours été en observation et n’avons pas perdu du monde par les balles. Mais les boulets et les obus, qui tombaient comme la grêle sur notre colonne, en ont emportés beaucoup. Le coup le mieux payé et qui m’a saisi d’horreur est un boulet lancé par l’ennemi sur notre colonne qui a démonté Monsieur le Maréchal Mortier, emporté 2 jambes à la 1ére compagnie, le bras à notre lieutenant qui en est mort, enfin le même finit sa course en tuant un camarade à mon côté. Enfin ces choses se sont passées du jour ; la nuit approchant, nous avons formé le carré au moment ou la cavalerie fonçait sur nous à toutes brides, nous les avons repoussés avec grande perte de leur côté, nous sommes donc restés toute la nuit sous les armes. Pendant la même nuit, 15000 hommes français ont arrivé, le jour étant venu.
L’Empereur, au milieu de tout ces combats, fit diriger son armée sur plusieurs colonnes. 20 000 hommes de cavalerie ennemi nous ont amusés toute la matinée à nous envoyer des coups de carabine pour donner le temps à leur armée de se sauver. Midi étant venu, l’Empereur, voyant que les citoyens battaient en retraite, nous fit avancer et nous les fit suivre à grands pas. Cette retraite dura jusqu’à Bodzene (Bautzen) , affaire du 20, 21, 22 et 23. Pendant toutes ces poursuites, les vivres nous ont manqué pendant quelques jours, j’étais obligé de manger de mauvais aliments que la faim me faisait trouver bons. J’ai eu recours quelques fois à mon brave capitaine (Hilaire) qui m’a sauvé la vie et maintenant je suis avec lui comme si j’étais son enfant.
L’affaire du 20, 21, 22 et 23 n’a pas été moins sanglante que celle du 2, car pendant ces 4 jours, les fusillades et la canonnade n’a pas cessé, mais la journée la plus chaude a été le 21, journée qui nous a coûté cher. L’ennemi avait établi sur une hauteur des redoutes dans lesquelles il y avait une huitaine de pièces de canons de braqués qui nous ont craché aux yeux depuis 5 heures du matin jusqu’à 5 heures du soir. Mais avec le bon commandement de nos chefs et le courage que nous avions, nous avons parvenu à leur enlever cette position.
Et je me suis trouvé dans le même embarras pendant le cous de cette affaire par rapport aux vivres, avec cette différence que la maraude était plus libre et que nous trouvions parfois du pain. Depuis cette dernière affaire, nous avons été campés prés de Neumarck, jusqu’au moment de la cession d’arme, le 1er jour depuis (sic). Delà nous sommes revenus ici, après avoir séjourné 4 jours dans différents villages ou nous étions très bien. Ce camp ou nous avons tant travaillé ne paye pas les peines que nous avons employé, il nous faut vivre de la ration qui est un peu forte : trois quart de pain, demi livre de viande, voila donc notre nourriture journalière qui nous met aux abois les trois quarts du jour.
Mais je vous dirai aussi que le 27 mai, le 15é régiment de ligne et le 50é étant campés prés d’une ville chercher de quoi à chiquer, au même instant 10 000 hommes de cavalerie Cosaques ont tombé sur eux à grands coups de sabre et de lance, car ils n’ont pas beaucoup de fusils. Ces 2 régiments produisaient toujours 25 000 (sic) hommes ; dans 5 minutes, de tous ils ont été réduits à 1 500 et si les secours qu’on a porté avaient encore tardé 4 a 5 minutes, il n’y en aurait pas resté un seul.
L’Empereur, instruit de cette surprise, donna de suite des ordres pour nous faire avancer. Nous les avons rattrapés le lendemain 28. Ce jour là ; nous nous sommes un peu reposés et je fus au 2é bataillon m’informé à plusieurs fusiliers s’il n’avoit pas connaissance d’un nommé Hubert Michaut. Ils m’ont répondu que oui, qu’ils le connaissait bien et qu’il était resté en arrière ; cela ne me contenta pas. J’ai fini par leur demander de quelle compagnie il était. L’on m’a répondu qu’il était de la 2é compagnie du 2é bataillon. J’ai de suite été trouver son sergent major. Je l’ai fait demander. Il m’a dit le connaître présent à la compagnie ; moi, impatient de le voir, j’ai couru dans la compagnie le chercher. Je l’ai trouvé bien portant et nous nous sommes reconnus comme 2 anciens amis. Mais vous allez être surpris de savoir comme nous nous sommes régalés : avec trois quatre pommes de terre qu’il y avoit au moins trois quatre jours je portois dans mon sac et un peu de l’eau que j’avois dans ma gourde ! Mais enfin le tambour bat et il nous fallut obéir et nous quitter.
Enfin mon service me demande et je finis en vous embrassant du plus profond de mon cœur. Votre très affectionné ami.
Joseph Dufraisne, fusilier grenadier dans la 2é compagnie du 1er bataillon de la Garde ».
Source : « Lettres de grognards » E. Fairon et H. Heuse, Librairie G. Courville, Paris, 1936
10 août 1813 Banau (Allemagne) - Fête de l’Empereur à Banau. La date est avancée de 5 jours en raisons des circonstances. Nous pouvons imaginer que nos fusiliers « descendent » quelques tonneaux de bière offerts par le colonel Flamand, d’autant plus que ce dernier doit déjà être au courant de sa nomination au grade de général de brigade.
Dans la 2é division d’infanterie de jeune Garde, sœur de la 1ére, la matinée commence par des manœuvres d’infanterie et de cavalerie, en grande tenue. Ensuite, à midi un Te Deum accompagné d’une salve générale de toute l’artillerie ; puis un concours général de tir, le prix étant un Napoléon d’or. A 16h, immense banquet à double ration ; 3 toast pour la famille impériale suivi d’un bal avec orchestres militaire et civil. 19h retour de tous aux cantonnements, et enfin, feu d’artifice à 21h.
Source : « souvenirs de 2 généraux du 1er empire » Librairie historique Teissedre, 1999
Composition de la 1ére division d’infanterie de la jeune Garde :
1ére division d’infanterie de la jeune Garde : général Dumoustier
1ére brigade : général X
Fusiliers chasseurs (2 bataillons) Colonel Rousseau, 1650 hommes
Fusiliers grenadiers (2 bataillons) Colonel Flamand, 1514 hommes
2éme brigade : général Tindal
1er régiment de voltigeurs (2 bataillons) Colonel Jouan, 1448 hommes
2ém régiment de voltigeurs (2 bataillons) Colonel Schramm, 1375 hommes
3ém brigade : général Couloumy
3ém régiment de voltigeurs (2 bataillons) Colonel Cambronne, 1495 hommes
6ém régiment de voltigeurs (2 bataillons) Colonel Castanié, 1568 hommes
7ém régiment de voltigeurs (2 bataillons) Colonel Couloumy, 1338 hommes
Artillerie et train, 1000 hommes
3 batteries d’artillerie à pied de la jeune Garde
1 compagnie de sapeurs
2 compagnies du train d’artillerie de la Garde
1 compagnie du train des équipages de la Garde
Source : « les campagnes napoléoniennes » Alain Pigeard, Editions Quatuor, 1998 , tome 2
15 au 22 août 1813 Banau (Allemagne) –Extrait du journal du chirurgien Lagneau :
« Après être restés cantonnés pendant plus d’un mois, au repos le plus complet, en vertu d’un armistice, nous quittons Banau, le jour de la fête de l’Empereur (que nous avons célébrée le 10) et prenons la direction de Dresden. A 4 heures, nous sommes à Neustadel, petite ville à 2 lieues de Banau et couchons 3 lieues plus loin que Sprottau, autre petite ville plus grande que Neustadel .
-16 août. Aux environs de Bunzlau.
-17 août. Lauban, 1ére ville de Saxe. Ayant traversé la route d Breslau à Dresde, nous paraissons
prendre la direction de la Bohême ou les autrichiens nous menacent par nos derriéres (sic). Lauban est une ville assez gentille, dans le genre de Gorlitz. Nous logeons au village de Lichtenau, une demi lieue.
-18 août. Repos
-19 août. Bivouac à une lieue de Lichtenau, dans un bois. Là je reçois un mot de mon père qui me dit de remettre 30 francs à François Pierre Bourgeois, de mon régiment, dont père lui avait remis pareille somme.
-20 août. Bivouac sur la hauteur occidentale prés de Laubau ou nous passons pour retrouver aux russes.(sic)
-21 août. Nous continuons sur Loewenberg, et couchons un quart de lieur plus loin.
-22 août. Séjour ».
23 août 1813 Görlitz (Allemagne) - Un officier du régiment est blessé dans des circonstances non éclaircies, car on ne combat pas.
La garde est envoyée à Görlitz , prés de Bautzen, la garde impériale regroupe maintenant 68 000 hommes (5 500 de vieille garde ) ses effectifs se sont reconstitués .Avec elle se trouvent les 3 corps d’armée de Sébastiani, Latour Maubourg et Kellermann, soit 24 000 cavaliers .
« Görlitz, belle et forte ville d’Allemagne dans la Haute Lusace, sujette à l’électeur de Saxe . Il y a une très belle église, on y fabrique beaucoup de drap, de toile et de bière. Elle est sur la Neiss, à 20 lieues à l’est de Dresde » Source « Dictionnaire géographique portatif » Vosgien, 1806.
Lagneau « 23 août. Nous revenons sur Lauban, qu’on traverse pour venir coucher à une lieue de
Gorlitz ». « 24 août . On passe cette ville à une lieue au delà, et l’on couche à 4 lieues de Bautzen ».
25 août 1813 Prés de Bautzen (Allemagne) – Le régiment marche avec la jeune garde vers Dresde, en suivant Napoléon . Lagneau : « Venons coucher à une lieue au delà, c’est à dire à 7 lieues de Dresde ». La nuit à du être courte, puisqu’ils sont à 28 km de là le lendemain en début d’après midi.
26 août 1813 Dresde (Allemagne ) –
La bataille de Dresde (début)
« Napoléon était accouru pour défendre la ville de Dresde, capitale de la Saxe et de son allié . Dés le 26, Schwarzenberg s’était établi sur les collines qui dominaient la ville et les positions françaises, mais attendant l’arrivée des prussiens avant de commencer les hostilités . Malgré ce désir, toute l’armée alliée se jeta sur les positions de Gouvion Saint Cyr le 26 à 15 heures. Les troupes françaises luttèrent à 4 contre 1 et furent rejetées du Gross – Garten et du parc Moczinski, au moment ou l’empereur arriva avec la jeune garde (avec les fusiliers grenadiers) et la cavalerie de Murat ; les alliées furent immédiatement rejetés et regagnèrent leur positions initiales . »
Source : « Dictionnaire de la grande armée » A. Pigeard, Tallandier, 2002
La 1ére journée de la bataille de Dresde vue par les fusiliers grenadiers
Journal de Lagneau : « Arrivée à Dresde vers les 2 heures de l’après midi. Les autrichiens, russes et prussiens, qui sont aux environs depuis quelques jours, sont déjà dans les faubourgs. Nous trouvons l’Empereur au bas du pont, du côté de la ville et chaque division reçoit de lui la direction qu’elle doit suivre : nous allons en hâte à la porte de Plauen. L’ennemi est embusqué dans les dernières maisons du faubourg ou il tue et blesse beaucoup de monde aux 2 régiments de fusiliers (grenadiers et chasseurs) ; on se bat avant la nuit ».
2 officiers des fusiliers grenadiers sont tués à Dresde, 6 autres sont blessés .
27 août 1813 Dresde (Allemagne ) -
La bataille de Dresde (suite)
« Forces françaises : 120 000 hommes
Forces alliées : 140 000 hommes
La bataille s’engage sous une pluie battante . Murat et Victor rejetèrent les autrichiens et firent de nombreux tués ou prisonniers . Schwarzenberg, craignant de voir couper sa ligne de retraite sur la Bohême, abandonna le champ de bataille et la capitale de la Saxe fut libérée . »
Source : « Dictionnaire de la grande armée » A. Pigeard, Tallandier, 2002
La 2éme journée de la bataille de Dresde vue par les fusiliers grenadiers
Lagneau nous décrit dans son journal la bataille, et semble indiquer que le régiment ne combat pas ce jour là , mais est bien présent « les terres sont mouillées et les manœuvres des troupes fort difficile ». Notre chirurgien à fort à faire et soigne amis et ennemis.
Un officier des fusiliers grenadiers est blessé .
Voir la description de la bataille dans la lettre de Lagneau datée du 13 septembre 1813.
13 septembre 1813 Dresde (Allemagne) - Lagneau, chirurgien du régiment, écrit à son beau frère , il lui décrit de façon humoristique et détachée, la bataille de Dresde du mois précédant.
« A Monsieur Simon, employé à l’administration des droits réunis.
Rue Mêlée n°26 (n°21 par le boulevard), à Paris.
Dresde, le 13 septembre 1813.
Mon cher Simon ,
Je n’ai pas reçu de tes nouvelles, il y a déjà longtemps ; n’en sois pas aussi économe, je t’en prie, je te promets d’être exact à te répondre. Nous avons fait beaucoup de courses depuis ma dernière, et le 26 du mois dernier nous sommes revenus tout juste ici pour y recevoir messieurs les autrichiens, russes et prussiens réunis, qui venaient faire une visite aux belles Dresdoises. L’accueil a été un peu brusque, car après quelques cérémonies accompagnées d’une musique très bruyante de mousqueterie et de canon, les nouveaux hôtes ont été obligés de prendre congé de nous.
Mais comme les choses devaient se passer dans toutes les formes, ont leur a envoyé pour les reconduire avec plus de distinction 12 ou 15 000 cavaliers qui en ont ramené coucher en ville au moins 20 000 des leurs. On ne peut pas pousser la politesse plus loin ; puisque, tout bien considéré, ces braves gens en avaient grand besoin. Ils étaient mouillés jusqu’aux os et se seraient fort mal trouvés de coucher au bivouac. Cette nuit là, nous autres fantassins en avions déjà pris un grand nombre, de sorte que la société a été très complète les 27, 28, 29 et 30…
(suis une série de compliments à l’adresse de la famille. Il demande à son beau frére de lui envoyer un relevé de ses états de service qu’il a laissé chez lui dans un portefeuille).
Source : Louis Vivant Lagneau « Journal d’un chirurgien de la Garde Armée », L.C.V, Paris, 2000.
14 septembre 1813 Dresde (Allemagne) - Le régiment à un nouveau commandant . Le colonel Flamand passant général de Brigade, Pierre Léglise ,chef de bataillon, est promu . Vieux de la Garde, il connaît ses fusiliers pour les avoir commandés au feu durant l’été. Léglise aura la difficile expérience de la bataille de Leipzig, et de la campagne de France. Au vu du nombre inhabituel d’officiers tués pour la défense de Paris, qu’il fini sans chefs de bataillons, il s’est battu comme un lion. Il n’a pu infléchir, par contre, un nombre grandissant de désertions, beaucoup de nouveaux conscrits ayant mal vécus Leipzig et les très dures conditions de la campagne de France.
Pierre LEGLISE
Né le 4 octobre 1771 (1772 ?) à Miélan, Gers.
Volontaire au 2é bataillon du Gers en 1792, blessé le 29 juillet 1793
Nommé capitaine de canonniers en 1793
Blessé le 2 décembre 1805 à la bataille d’Austerlitz
Capitaine aux grenadiers à pied de la Garde Impériale en 1809 (date exacte ?)
Blessé le 22 mai 1809, lors de la défaite de Napoléon à Aspern et Essling, blessé le 2 août 1809
Chevalier de l’Empire le 22 novembre 1811 alors qu’il est capitaine (avec 1000 francs de rente)
Chef de bataillon aux fusiliers Grenadiers en 1813, il est déjà chevalier de la légion d’honneur
Major le 14 septembre 1813 et prend le commandement du régiment des fusiliers grenadiers
Commandant de la Légion d’honneur le 25 février 1814
Maréchal de Camp le 31 décembre 1814, prend sa retraite en 1833
Meurt le 9 juin 1838, à l’age de 67 ans dans son bourg de Miélan.
Il était aussi Commandeur de la Légion d’Honneur et Chevalier de l’Ordre de Saint Louis.
10 octobre 1813 (Allemagne) - La garde tout entière bivouaque à Düben.
Le 13, la garde reçoit ordre de se diriger vers Leipzig
14 octobre 1813 Leipzig (Allemagne) - La garde arrive à Leipzig
« Leipsic, Leipsick ou Leipzic, riche, grande, forte et célèbre ville d ‘Allemagne dans la Misnie, avec un château appelé Pleissembourg et une fameuse université, contient 40 000 habitants . On y compte
436 maisons de commerce et 192 manufactures de toile, de papier, de cartes. La ville se gouverne par ses propres loi, et dépend de l’élection de Saxe . Elle est remarquable par les batailles qui s’y donnèrent en 1642 et en 1651… » Source « Dictionnaire géographique portatif » Vosgien, 1806 .
16 octobre 1813 Leipzig (Allemagne) - A la bataille de Wachau, un officier est tué.
18 et 19 octobre 1813
2éme division de la garde
général Curial, 4664 hommes
Brigade Rosseau
1er régiment de Chasseurs fusiliers
1er régiment de fusiliers grenadiers
vélites de Turin
vélites de Florence
Brigade Rothenburg ?
Leigrenadiers saxons
Bataillon d’élite polonais
Garde westphalienne ?
Artillerie
X
La bataille de Leipzig (début)
« Napoléon décida de regrouper son armée autour de Leipzig, afin d’opposer aux alliées des troupes solidement appuyées et parfaitement reliées entre elles ; il rangea l’armée de Murat au sud de Leipzig à Wachau, tandis que Marmont se déploya au nord vers Mockern . Bertrand, placé à l’ouest, fut chargé de soutenir Marmont dans la défense de la route de Lindenau, qui couvrait la retraite française de Lützen . Le 16 octobre 1813 s’engagea la bataille de Wachau ; les alliés attaquèrent vigoureusement mais les troupes françaises résistèrent partout sauf vers Markkleberg ou Poniatowski était en nette infériorité numérique . Au centre, le combat fut terrible ; Wachau fut pris et repris 5 fois mais Victor et Lauriston restèrent inébranlables . Il était midi lorsqu’on entendit le canon au nord de la ville : Marmont était aux prises avec Blücher à Mockern, et Margaron avec les autrichiens de Giulay . L’arrivée de Ney permit alors à Napoléon de reprendre l’offensive pendant que les 80 pièces d’artillerie de Drouot couvraient le centre ennemi d’un feu meurtrier . Murat et Kellermann se jetèrent alors sur le centre ennemi et poussèrent jusqu’à Gülden – Gossa . Napoléon décida à ce moment de faire donner la Garde, mais les autrichiens de Merveldt attaquèrent en direction du pont de Dölitz ; la Garde dut alors arrêter son mouvement pour parer au danger . Une partie fut détachée pour aborder les autrichiens et fit 2000 prisonniers dont leur général . Le dernier assaut de Maison contre Gülden – Gossa fut l’épilogue de cette bataille meurtrière . Napoléon songea à ce moment à la retraite, mais il la voulait imposante et en bon ordre . »
Source : « Dictionnaire de la grande armée » A. Pigeard, Tallandier, 2002
Durant les combats, 1 officier des Fusiliers Grenadiers est blessé .
Pertes françaises : 20 000 tués et blessés Partes alliées : 30 000 tués et blessés
18 octobre 1813 Leipzig (Allemagne) : la « bataille des nations » :
Le régiment combat toujours avec la 2é division du général Curial .
La bataille de Leipzig (suite)
« Les alliés reprirent partout l’offensive en formant un cercle concentrique pour enfermer les français dans la ville de Leipzig . Le principal effort de Schwarzenberg se porta sur le village de Probstheida, centre du champ de bataille, mais Drouot et son artillerie firent un horrible carnage des alliés ; Schwarzenberg, qui avait perdu 12 000 hommes dans ces attaques, renonça à entamer les lignes françaises et termina la bataille au sud par une terrible canonnade . Au nord les français résistèrent dans le village de Schönfeld qui fut pris et repris 7 fois . C ‘est au cours de cette 2éme journée que la plus grande partie des troupes saxonnes et wurtembergeoises passa à l’ennemi, laissant des brèches énormes dans les rangs français . Napoléon accourut avec la cavalerie de Nansouty et combla les vides, et, partout, sauf vers la Partha, les français réussirent à conserver leurs positions au prix de terribles sacrifices . Cette bataille fut indiscutablement la plus meurtrière de l ‘empire, la bataille de Leipzig obligea les français à abandonner l’Allemagne, ce qui entraîna la fin de la Confédération du Rhin . »
pertes françaises : 50 000 tués et blessés pertes alliées : 60 000 tués et blessés
Source : « Dictionnaire de la grande armée » A. Pigeard, Tallandier, 2002
La 2é journée de la bataille de Leipzig vue par les fusiliers grenadiers :
Le chirurgien Lagneau : « On nous avait envoyé les 2 divisions de jeune Garde pour assurer la liberté de la route de Mayence, sous les ordres du maréchal Mortier et du général Bertrand, dans la direction de Weissenfels ». Durant la nuit : « Ma brigade, qui était restée avec le quartier général, eut beaucoup de peine à franchir la ville ».
Le terrible coût de la bataille de Leipzig :
Durant les combats, 2 officiers des Fusiliers Grenadiers meurent de leurs blessures, 9 autres sont
blessés , soit 25% des officiers hors de combat . La situation du régiment effectuée après la bataille
nous donne 828 hommes, soit une perte de 686 hommes , 45 % ! Ce chiffre terrible s’explique aussi par le fait que les blessés sont abandonnés sur place La bataille de Leipzig est donc bien un coup fatal. Bien que ne combattant pas durement à la bataille d’Hanau (voir 30 octobre 1813), les fusiliers vont perdrent encore 140 hommes d’ici janvier 1814, et…sachant qu’ils ne recevront que peu de renforts, l’avenir semble bien sombre. Le typhus tue beaucoup en cette fin 1813, et les désertions des conscrits des fusiliers, les fameux « Marie Louise », se multiplient : le moral est brisé après Leipzig.
19 octobre 1813 Leipzig (Allemagne) – L’armée entame la retraite en direction de l’ouest, seul passage encore libre . Le pont de Lindenau est détruit prématurément en laissant 25 000 hommes sur l’autre rive de l’Ester . Les fusiliers grenadiers, avec la jeune garde passent avant cet épisode, les troupes sont en désordre . Lagneau : « Nous nous retirons en passant autour de Lützen ».
20 octobre 1813 Prés de Leipzig (Allemagne) Blessé le 18 octobre 1813 à Möckern, pendant la bataille de Leipzig, le général Friederichs, premier major du régiment des fusiliers grenadiers en 1807, ne survit pas à l’amputation de sa cuisse gauche .
Agé de 40 ans, il commandait la 22é division du VIé corps d’armées . « C’était un excellent et très
brave officier, qui joignait à ces qualités morales l’avantage d’être le plus bel homme de toutes
les armées françaises »,.
source : mémoires du général Marbot.
22 octobre 1813 Erfurt (Allemagne) - Napoléon accorde 3 jours à l’armée pour se réorganiser après la retraite de Leipzig . Les fusiliers grenadiers font le compte des pertes, et elles sont lourdes…
« Erfort, ou Erfurt, grande, peuplée, forte et riche ville d’Allemagne, capitale de la Haute Thuringe » (Vosgien)
La Garde Impériale est organisée en 6 divisions (2 »vieilles », 4 « jeunes ») :
2é division d’infanterie de la Jeune Garde : général de division Curial
1ére brigade (dite « brigade de fusiliers ») : général de brigade X
Régiment des fusiliers chasseurs : 851 hommes
Régiment de fusiliers grenadiers : 828 hommes
2é brigade (dite « brigade des vélites ») :général de brigade X
Bataillon des vélites de Turin : 557 hommes
Bataillon des vélites de Florence : 737 hommes
Artillerie : 219 hommes, 8 canons
Train d’artillerie : 187 hommes
23 octobre 1813 Erfurt (Allemagne) – Lagneau : « Nous sommes à Erfurt. Il fait froid et la Terre est couverte de neige. Nous nous y reposons pendant 3 jours. On se réorganise un peu, mais l’ennemi avançant en masses profondes, il faut songer à suivre notre chemin ».
25 octobre 1813 Eisenach (Allemagne) – L’armée française atteint cette ville, à
l’entrée des défilés de Thuringe, elle les franchit et suit la route de Vach, Hünfeld, Fulde, Schülter.
La jeune garde, avec les fusiliers grenadiers, ferme le marche .
Lagneau nous dit qu’avec le régiment il est à Vacha le 26, le 27 à Hunnfeld, le 28 à Schlüchtern.
30 octobre 1813 Hanau (Allemagne) - Les 2 régiments de fusiliers y sont signalés, et
sont engagés contre les austro-bavarois du général de Wrede .
« Hanau, belle ville et comté d’Allemagne, au cercle du Haut Rhin en Wétéravie, dans une vaste
plaine, sur la riviére de Kunt . Haguenau est la capitale du comté d’Hanau. « (Vosgien) Cette ville
est située à quelques kilomètres à l’est de Francfort.
La bataille d’Hanau
« Le général bavarois De Wrède se flattait alors de pouvoir arrêter les français en retraite et de détruire leurs dernières divisions dans la vallée du Main . En effet, les français ne disposaient à Hanau que de la Garde impériale, des débris des 2é, 5é et 11é corps et de ceux des 2é, 3é, 4é et 5é corps de cavalerie, sans compter les restes des 4 régiments de Gardes d’honneur : en tout un peu plus de 30 000 hommes . Le général bavarois se posta alors en avant de Hanau, avec la rivière Kinzing dans le dos . En voyant les malheureuses dispositions de ce général, Napoléon s’exclama « Pauvre De Wédre, j’ai pu le faire comte, mais je n’ai pu le faire général ! » . Napoléon ordonna alors une attaque avec le peu de troupes dont il disposait et Drouot s’élança résolument avec l’artillerie de la Garde . Les bavarois pensaient avoir affaire à toute l’armée française et ils furent déjà très ébranlés lorsqu’ils reconnurent les bonnets à poil de la Garde qui les chargaient . Quelques charges de cosaques de Czernitchev se heurtèrent ensuite à la cavalerie française de Nansouty qui entraîna les cuirassiers, les grenadiers ç cheval et les gardes d’honneur . De Wréde dut finalement s’enfuir pour échapper à une entière destruction et abandonna aux français la route de Francfort .
Forces françaises : 30 000 hommes ; pertes 2000 à 3000 tués et blessés .
Forces austro – bavaroises : 43 000 hommes ; pertes 1700 tués, 3100 blessés . »
Source : « Dictionnaire de la grande armée » A. Pigeard, Tallandier, 2002
La bataille d’Hanau vue par les fusiliers grenadiers :
Le régiment n’a pas à combattre durement, était il en seconde ligne ?
Aucun officier des Fusiliers Grenadiers n’est tué ou blessé durant cette bataille .
Lagneau nous apprend que les fusiliers grenadiers y sont bousculés par la cavalerie de la Garde :
« Nous suivons la direction qui nous était donnée, lorsque vinrent nous traverser au grand trot les
dragons de notre Garde, qui paraissaient aller à une chose plus pressée et, contrariés de l’obstacle
que leur présentait notre division, qui défilait, ils éloignèrent nos baïonnettes avec leur bottes, de
sorte que je reçus, dans cette mêlée, un coup de sabre à plat sur mon chapeau. J’avais bien envie de
me fâcher contre l’officier, un peu étourdi, qui me l’avait lancé, sûrement sans intention qui me
fût personnelle. Mais ce n’était pas le cas, vu l’utilité de la charge, qui fut en effet des plus brillantes
et des plus efficaces ». Admirons le langage châtié de notre chirurgien, et imaginons celui des
fusiliers, qui a dut être autrement plus fleuri et imaginatif !
2 novembre 1813 Prés de Mayence (Allemagne) - Le régiment arrive au Rhin, qu’il traverse pour la dernière fois. On prend la route de Luxembourg.
Lagneau : « Dans ces circonstances bien tristes d’ailleurs, la retraite n’est plus entravée. Napoléon suit la route de Mayence, nous la jeune Garde passons un peu à droite, vu l’embarras des chemins et nous traversons Francfort ». Peu après il arrive à Mayence : « Encombré de traînards, de dépôts de divers régiments et les hôpitaux pleins de malades attaqués du typhus, qui y fait de grands ravages ».
Notre chirurgien oublie de dire que l’armée vient de perdre de tiers de ses effectifs, soit 30 000 hommes, par le typhus en une semaine.
16 novembre 1813 Napoléon décrète une réorganisation de la Garde Impériale (extraits) :
2éme division de la vieille garde
Général de division Curial - 8000 hommes
1er régiment de fusiliers chasseurs 1er régiment de fusiliers grenadiers
Régiment de flanqueurs grenadiers Régiment de flanqueurs chasseurs
Bataillon des vélites de Turin Bataillon des vélites de Florence
Le chiffre indiqué de 8000 hommes semble très théorique. Il indique 800 hommes pour chacun des 10 bataillons de la division, or on en est loin, la bataille de Leipzig à fait des ravages. Le chiffre réel doit être aux alentours de 4000.
22 novembre 1813 Paris (France) – Le chirurgien Lagneau est allé à la capitale sur ordre : « On s’occupe de nous compléter le régiment avec des hommes tirés des conscriptions très anciennes et qui n’ont pas été demandés avant. De beaux hommes, forts, bien développés et intelligents. On y a versé aussi des soldats de différents bataillons de dépôts. Somme toute, c’est une bonne et rassurante organisation ». Lagneau est bien optimiste, puisqu’il le dit lui même : on vide les fonds de tiroirs. Ces hommes arriveront ils au régiment ? Rien n’est moins sûr, voir au 28 décembre 1813.
Décembre 1813 Prés de trêve (Allemagne) – La garde impériale est prés de Trêve, ou commande le Maréchal Mortier . Trêve est aujourd’hui Trier.
Les compagnies des deux bataillons doivent passées à 6 compagnies au lieu de 5 . Une autre source donne 3 bataillons à 4 compagnies . Au vue des effectifs de janvier 1814 pour le régiment (688 hommes), il est plus que douteux que cela s’est fait.
Théoriquement, l’organisation du régiment serait donc :
3 bataillons (à 800 hommes), soit 12 compagnies (à 200 hommes), pour un total de 2433 hommes… sur les registres de Paris. Dans les faits, le maigre régiment est laissé à lui même.
28 décembre 1813 (France) – Conscription :un contingent de 6 000 hommes sur la levée de 300 000 est affecté à la garde.. Un petit contingent de ces 6000 doit normalement constitué les 5é et 6é compagnies des bataillons du régiment des fusiliers grenadiers, mais sont en fait affectés à la « division provisoire de jeune garde ». Les conscrits du régiment y forment un bataillon.
5 janvier 1814 - Luxembourg (Luxembourg )- Composition de la 2éme division de vieille garde . Le document officiel est daté du 1er janvier (S.H.A.T.: XAB 10) , mais Jean Pierre Mir pense à une date postérieure au 5 janvier :
2éme division de vieille garde, quartier général à Luxembourg
général de division Michel
Chef d’état major : adjudant commandant Camille Choisy
Adjoint : Christiani (commandant la division par intérim)
Aides de camp : capitaine Chevreau, lieutenant Lévèque
Commandant l’artillerie : capitaine Egerlé
Régiment de flanqueurs chasseurs : colonel Pompejac
Régiment de flanqueurs grenadiers : major Desalous
Régiment des vélites de Florence : chef de bataillon Defaire
Régiment des vélites de Florence : chef de bataillon Cicéron
Régiment des fusiliers chasseurs : X
Régiment des fusiliers grenadiers : major Léglise
Effectifs sous les armes : 114 officiers, 3031 hommes
Effectif absent : 67 officiers, 991 hommes .
« Luxembourg, ville considérable et très forte des pays bas, capitale du duché du même nom . Elle a été prise par les français après 10 mois de siége, le premier janvier 1794, et réunie depuis à la France. Chef lieu du département des forêts, sa population est de 9002 habitants. » Source « Dictionnaire géographique portatif » Vosgien, 1806
8 janvier 1814 Paris (France) - Le régiment de fusilier grenadier est théoriquement porté à 3 bataillons, de fait, l’état major est augmenté d’un chef de bataillon, d’un lieutenant sous adjudant major, deux adjudants sous officiers et quatre sapeurs .
Est ce vraiment le cas vu les effectifs qui n’atteignent pas ceux d’un bataillon ? L’état major de Paris n’est pas vraiment au courant de la réalité du terrain !
9 au 23 janvier 1814 - Luxembourg (Luxembourg ) - Extrait du journal du chirurgien Lagneau, nous suivons le régiment du Luxembourg à la Champagne :
-«9 janvier. Départ de Luxembourg, l’ennemi a passé le Rhin à Coblentz, le 1er janvier. Nous couchons à un quart de lieue de Thionville, que nous traverserons le lendemain » Lagneau.
-11 janvier. Sept lieues.
-12 janvier. Séjour.
-13 janvier. Départ pour nous diriger sur Langres. Couché à Pont à Mousson.
-14 janvier. Nous devions aller à Toul ou a Nancy, mais nous appuyons plus à droite …Saint Mihiel . Il fait aujourd’hui 18° de froid . Plusieurs de nos fusiliers ont les oreilles gelées .
-15 janvier. Repos.
-16 janvier. Bar le Duc (sept lieues). Pays du Maréchal Oudinot. Pays de bon vin, mais léger et qui ne s’exporte pas.
-17 janvier. Saint Dizier, petite ville (cinq lieues).
-18 janvier. Doulevant. Bourg à 6 lieues de pays. Nous avons déjeuné à mi chemin à Vassy. Pluie tout le jour. Mauvais chemin.
-19 janvier. Brienne. C’est ici ou l’Empereur a fait ses études, à l’école militaire. Monsieur le comte de Brienne, ami de Monsieur de Marbeuf, son protecteur, l’avait souvent avec lui. Ce seigneur était gouverneur de l’école.
-20 janvier. Mote, gros village à une lieue de Bar sur Aube (4 lieues).
-21 janvier. Alville, village à ¼ de lieue de Bar sur Aube.
-22 et 23 janvier. Séjour. »
24 janvier 1814 Bar sur Aube(France) – Le chirurgien Lagneau : « Nous allons , comme les 2 jours précédents, prendre position au delà de Bar, avant le jour, ainsi qu’il est d’usage
quand on se trouve très prés de l’ennemi. On rentre à 10 heures, mais à 11 heures, il débouche sur plusieurs ponts à la fois. Il est cependant repoussé avec pertes considérable à la fin du jour. On dit qu’il a 1500 blessés. Nous en avons bien eu 300 de notre côté ».
Le régiment des fusiliers grenadiers perd 2 officiers, morts de leur blessure, 2 autres sont blessés.
Bléssés :
Capitaine Cailler Pierre, Jean Baptiste, coup de feu à la jambe droite à Bar sur Aube. Est un des
officiers blessés mortellement ?
Fusilier Glénat Jean – classe 1813 – né le 13 06 1793 dans la Meurthe
Fusilier Lourdant François – classe 1811 – né le 03 07 1791 dans le Pas de Calais
25 janvier 1814 Vandoeuvre (France) – Le régiment y est les 25 et 26, le quartier
général de la division est à Troyes.
Maréchal Mortier
Général de division Michel, baron
Chef d’état major : adjudant commandant Camille Choisy
Général de Brigade Gross, adjudant général de la garde
Général de Brigade Christiani, major du 2é régiment de grenadiers à pied
1er régiment de flanqueurs chasseurs – 1042 hommes
1er régiment de flanqueurs grenadiers-285 hommes
Vélites de Florence – 333 hommes
Vélites de Turin- 164 hommes
Fusiliers chasseurs – 1366 hommes
Fusiliers grenadiers – 688 hommes
Sources : site Internet .histofig.com et « la garde impériale et la campagne de 1814 », Jean Pierre Mir, édité par l’auteur .
27 janvier 1814 – Sainte Maure (France) – Journal de Lagneau : « Sainte Maure, gros village à une lieue au delà de Troyes, route de Chalons sur Marne, un peu à gauche, passant à Troyes ».
28 janvier 1814 Troyes (France) – Journal de Lagneau : « Logé faubourg de Crousé, route de Bar sur Seine. Cette ville paraît facile à défendre, surtout du côté de Bar, car il y a 3 ponts, prés les uns des autres, et beaucoup de marais tout autour ».
Est blessé( mais dans quelles circonstances ?) :
Fusilier Lechallony Marie Pierre – classe 1813 – né le 02 10 1793 à Ploëscat (Finistère)
Les fusiliers grenadiers ont besoin d’équipements : un devis daté du jour indique des « gibernes en cuir noir non verni, avec aigle en cuivre ».
Source « Equipements militaires de 1600 à 1870 – tome 5 » M. Pétard, 1988
29 et 31 janvier 1813 Troyes (France) – Journal de Lagneau :
-« 29 janvier. Repos.
-30 janvier. Mouvement sur Arcis sur Aube. Nous couchons sur la gauche, à Sainte Méry .
31 janvier. Retour à Troyes ».
1 février 1814 Troyes (France) – Le chirurgien Lagneau prend du repos le 1er et le 2.
Tiré de l’état d’effectif d’un document de la série Xab , du S.H.A.T. :
2é division de vieille garde, quartier général à Troyes
Général de division Michel, baron
Aide de camp : chef d’escadron Chevreau, capitaine Lévesque
Chef de l’état major : adjudant commandant Saint Charles
Général de brigade : Gros, baron
Aide de camp : lieutenant Delattre
Général de brigade : Christianni, baron
1ére brigade : général de Brigade Gros
- Fusiliers grenadiers : major Léglise
1er bataillon : chef de bataillon Lafargue
2éme bataillon : chef de bataillon Barois
- Fusiliers chasseurs : major Pompejac
1er bataillon : chef de bataillon Deschamps
2éme bataillon : chef de bataillon Bertrand
2éme brigade : Christianni, baron
- Flanqueurs grenadiers : major Desalons
1er bataillon : chef de bataillon Mirabele
2éme bataillon : chef de bataillon Gavardier
- Flanqueurs chasseurs : adjudant major Teissers
1er bataillon : chef de bataillon : X
2éme bataillon : chef de bataillon Rouillard
Vélites de Florence et vélites de Turin : chef de bataillon Cicéron .
Artillerie de la division :
Commandant de compagnie Eggerlé
1ére compagnie d’artillerie à pied
3éme compagnie du train d’artillerie
7éme compagnie du train d’artillerie
Effectifs de l’artillerie : 4 officiers, 144 hommes sous les armes,
10 chevaux d’officiers, 140 chevaux de trait.
Effectifs sous les armes (sans l’artillerie) : 129 officiers et 2724 hommes, 73 chevaux d’officiers et 60 de trait
Effectifs absent : 45 officiers et 2342 hommes, dont 1 sous officier prisonnier de l’ennemi
Cela représente, en comptant les vélites de Turin et Florence comme 1 bataillon chacun, un moyenne de 544 hommes par régiment, 65 hommes par compagnies.
Bataille de la Rothiére (ou 2é journée de Brienne).
« Les français parés Brienne, s’acharnent à poursuivre les prussiens et poussérent alors jusqu’à La Rothiére, espérant toujours couper l’ennemi, mais sans s’apercevoir qu’ils allaient à leur tour être enveloppés par les armées de Silésie et de Bohême . Blücher qui, ce jour là commandait les russes, se jeta sur La Rothiére ; les soldats de Victor, embusqués dans les maisons du village, les reçurent par un feu très nourri qui arrêta leur élan . Honteux d’être tenus en échec par une poignée d’hommes, les souverains alliés ordonnèrent une attaque générale . Blücher, l’épée à la main, se lança sur La Rothiére et s’en empara ; sur toute la ligne de bataille, les coalisés avaient l’avantage . Grâce aux ténèbres, les français purent effectuer leur retraite par les ponts de Lesmont sur l’Aube . »
Source « Dictionnaire de la grande armée » A. Pigeard, Tallandier, 2002
« Le 1er février, bataille de la Rothiére, vers 15h la bataille est générale, la petite armée impériale résiste dans les villages de la Rothiére et de Dienville, et en est chassés par les alliés . Le maréchal Oudinot à la tête de 2 divisions de jeune garde et des batteries volantes contre attaque et avance jusqu'à l’église de la Rothiére, occupant quelques maisons de ce village, au cours de cet engagement le général Decouz qui commande la 2é division de jeune garde est grièvement blessé . Vers 10 heures du soir, le village de la Rothiére fut cédé aux russes, mettant fin à la bataille ou les alliés eurent un avantage longtemps disputé par la valeur que déploya une armée réduite ».
Jean Pierre Mir « la garde impériale et la campagne de 1814 », également utilisé pour les noms de fusiliers et officiers blessés ou tués en 1814.
Le Lieutenant Roland François est blessé d’un coup de feu à la jambe droite à la bataille de la Rothiére, le 1er février (né le 23 avril 1779 à Auriebat (Haute Pyrénées).
Pertes du régiment des fusiliers grenadiers du 15 janvier au 1er février :
16 déserteurs
6 morts
2 février 1814 Paris (France) - Morts des suites de leurs blessures à l’hopital de la
Garde, (Je pense qu’ils ont été blessés à la bataille de La Rothiére ) :
Fusilier David André – classe 1813 – né le 27 12 1793 à Limoges (Allier)
Le 5 février : Fusilier Ayme Jean François – classe 1812 – né le 02 08 1792 à Tarascon (Bouches
du Rhône)
3 au 6 février 813 Troyes (France) – Journal de Lagneau :
-« 3 février. Départ de Troyes, couché à Bréviande.
-4 février. On va jusqu’au delà de Saint Thibau. On revient coucher à Saint Thibau. Il y a eu des
pourparlers entre le Maréchal et le Prince de Hesse Hombourg, auprès duquel je me suis trouvé
aux avant postes. Ils conviennent d’une suspension d’armes jusqu’à demain ; cependant l’ennemi
attaque sur notre gauche et il est battu, à 9 heures du soir .
-5 février. On revient aux maisons blanches, ou l’on barricade le pont (3/4 de lieue) ».
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